Newsletter du Lundi
16/09/19

Paru le

Les 5 questions que pose la FinTech

Qui ?
350 acteurs de la FinTech et des institutions étaient rassemblés dans... un skatepark ! A contre-courant des salons dans lesquels on se rassure sur la fructueuse collaboration à imaginer entre les FinTech et les banques, ici pas de langue de bois.

Quoi ?
Les meilleurs moments de la Conférence Bordeaux FinTech, organisée par le cabinet Montaigne Patrimoine et Digitall Conseil.

Comment ? 

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1/ Pourquoi les FinTech font-elles peur aux banques ?

Entre deux tables rondes, un manager de la Caisse d'Epargne confie son désarroi devant l'ampleur du chantier de la transformation à mener  en interne, même à l'échelle locale. Un investisseur de la banque privée du LCL désespère de sa direction, si frileuse à investir dans des start-up. Le directeur de la Bank of Scotland, incognito, fait le plein de bonnes idées et capte les problématiques du moment. La transformation digitale des banques tient du chemin de croix (voir notre article à ce sujet)... et les start-up entendent bien les bousculer.

Quand Jean-Pierre Corbel demande au 5 start-up de son panel à quoi elles rêvent, il en résulte ainsi une vraie cacophonie, chacune ayant un plan pour s'insérer dans la chaîne de valeur... ou la briser.

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Les FinTech se définissent par leur ADN technologique, mais leurs innovations finiront par être intégrée ou copiée par les banques. En revanche difficile pour les établissements bancaires d'être aussi rapides et flexibles que ces acteurs ultra-spécialisés. Crédit.fr, par exemple, calcule le score d’éligibilité d’une PME en 15 secondes et promet une réponse en moins de 48h.

Chacune des Fintech est ainsi une "piqûre de moustique pour les institutions" parce qu'elle attaque une micro-activité. Les morsures sont de plus en plus nombreuses. Selon McKinsey, 12 000 "moustiques" menacent à terme entre 20 et 60% des profits des acteurs traditionnels. Si une technologie comme FX4biz ouvre de nouveaux marchés aux  banques, d'autres jeunes pousses veulent remettre en cause les marges figées dans le marbre. Marie Quantier, qui propose des conseils financiers personnalisés et automatisés, refuse ainsi toute coopération avec les banques tant que la chaîne de valeur ne sera pas repensée. Dans le conseil en investissements financiers, les distributeurs s'accordent une commission de 40%. Et le conseil n'est pas toujours à la hauteur.

2/ Qui mettra la main sur la relation client ?

Dans la bataille des marges, David et Goliath ne doivent pas perdre de vue l'utilisateur. "Le vrai combat des FinTech a lieu dans un horizon temporel très court. Il faut faire en sorte que nos services soient adoptés par les utilisateurs" rappelle Mourtaza Asad-Syed de Yomoni. "Pour rester dans la course, il va falloir se spécialiser. On ne va pas vers la simplification, le modèle de la banque généraliste est de plus en plus difficile à maintenir" : cet avertissement de Jérôme Traisnel n'est pas destiné qu'aux banques. "Pour ne pas se faire manger par la deuxième vague des FinTech, la première vague va devoir trouver des verticaux dans lesquels elle est la meilleure." C'est la condition sine qua non pour pouvoir résister aux GAFA - les grands absents de l'événement - qui tous, ont des projets dans le domaine du paiement et de la finance.

Au-delà de l'UX, sur laquelle les start-up de la première vague ont beaucoup misé pour se différencier, notamment dans le crowdfunding, les FinTech doivent désormais construire leur avantage concurrentiel par la technologie. Exemple avec Fundshop et ses robots gavés de data, qui évaluent l'aversion au risque de l'individu pour lui prodiguer en temps réel conseils personnalisés et propositions de placements. 5 milliards d’euros sont déjà gérés en direct aux Etats-Unis et les taux de croissance des robots-advisors attestent d'une appétence similaire en France.

3/ Les FinTech peuvent-elles faire tomber toutes les barrières ?  

Dans le crowdfunding, 70 plateformes ont vu le jour en France en quelques années, boostées par la levée des barrières légales (lire notre article sur le sujet). Surprise : se lancer en Europe n'est pas plus compliqué qu'aux Etats-Unis, car les différents états ont des législations différentes quant il s'agit de finance. Même LendingClub, pionnier américain de la FinTech, est obligé de s'y déployer Etat par Etat.
Une fois l'aspect légal résolu, il faut encore réussir à convaincre le client final. Pour Olivier Goy de Lendix, plateforme de prêt aux TPE et PME "Les prêteurs sont très enthousiastes. En revanche il existe une barrière psychologique forte du côté des emprunteurs, qui souffrent encore du syndrome de Stockholm. Victimisés par les banques pendant des années, ils redonnent quand même une chance à leur banquier au lieu de faire appel au crowdfunding". L’utilisateur des FinTech est un early adopter, jeune et tech-savvy. Pourtant, dans le secteur de la banque et de l'assurance, "un bon client a de l'argent, il est âgé. Dans les agences, on remplit encore les contrats d’assurance sur papier carbone. C'est l'âge de pierre", lâche Daniel Collignon de Spirica (Groupe Crédit Agricole Assurances).

Autre barrière de poids pour l’écosystème français : 30 milliards de dollars d’investissement de retard sur la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Et ce, alors que la France pèse lourd sur le marché bancaire mondial.  Les Fintech françaises ont-elles une chance dans cette course ? A l'échelle mondiale, l’investissement dans les FinTech a augmenté de 201% en 2014. Les banques rentrent dans la course, en France (lire notre article sur les coulisses du rachat de Leetchi par Crédit Mutuel Arkea) et à l'étranger (comme Barclays à Londres). "En ce moment je n'investis presque pas à titre personnel", avoue Nicolas Steiner, un business Angel londonien.

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4/ Que se cache-t-il derrière le paiement ? 

Le chèque, né au XIXème siècle, est toujours là. Les nouveaux modes de paiement mobile, pourtant sans friction, peinent à s'installer. "Il est difficile de tenir un discours de bonne expérience de paiement, personne n'aime payer". Jérôme Traisnel, avec sa start-up Slimpay, veut faire disparaître cette étape. Plus besoin de carte bleue, à l'âge de l'accès c'est un l'abonnement basé sur l'usage qui doit s'imposer. Mais qui pourra bien vaincre Google et Apple (lire notre article) dans ce domaine ?

Dans le paiement, les bitcoins passionnent les foules depuis deux ans. Mais comme un train en cache un autre,  la vraie innovation du BitCoin qui fait trembler les banques est le "blockchain", une technologie qui embarque la confiance et la certification directement dans le réseau. L'intermédiation de la banque n'est plus nécessaire. "Comme si on n'avait plus besoin de notaire pour assurer la vente d'un bien".

Cofondateur de Paymium, Gonzague Grandval est un spécialiste du Bitcoin. Il avertit les institutions : le modèle repose sur la transparence, l'universalité et le peer-to-peer. Si le plan des banques est de recréer un Bitcoin propriétaire, il ne fonctionnera pas. L'ensemble du secteur découvre l'ampleur des implications de la blockchain depuis quelques mois seulement. Certains se lancent : le Nasdaq a ouvert une place de marché en août basé sur la blockchain.

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5- Quelles seront les Fintech de demain ? 

Stéphane Mallard, responsable innovation à la Société Générale a entraîné un public en pleine digestion sur le terrain  de l'intelligence artificielle (voir la vidéo de sa présentation). Illustration avec la reconnaissance d'image de Google par exemple : le robot peut apprendre que le chat est roux sur une photo parce qu'il a traité les milliers de requêtes "chat roux" sur Google et observé que les internautes choisissaient cette image.

Watson d'IBM était le super héro de la présentation : il trouve 6 molécules utiles contre le cancer en 2 semaines alors qu'une équipe de recherche humaine peine à en trouver une seule sur un an. "Les grandes banques sont très discrètes mais toutes l'utilisent". Watson permet de personnaliser la relation client, en avalant en quelques minutes des bibliothèques entières de données. Depuis 2014, un cousin de Watson, VITAL, siège même au board de Deep Knowledge Ventures, et donne son avis au même titre que les autres membres sur les décisions d'investissement. Le miracle a un coût, interfacer une intelligence artificielle avec l'IT d'une banque, c'est au minimum 30 consultants IBM à plein temps. Un robot de luxe.

Eric Charpentier, fondateur de Payname, se fait le chantre du "cobanking", une banque en ligne collaborative. L'événement bordelais a lieu au Darwin Eco-Système, car toute une frange de la FinTech marie technologie et entrepreneuriat social. "Nos membres sont particulièrement intéressés par les projets qui ont un impact environnemental. Nous ne sommes pas pour autant des beatniks ni des doux rêveurs, ajoute Stéphanie Savel de Wiseed. J'ai dans mes équipes un docteur en biophysique et une docteur en micro-économie".

Monelle Barthélemy

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