Ce qui reste de Fleur Pellerin ? Le crowdfunding

fleur Pellerin

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Qui ?
Fleur Pellerin, ex-ministre déléguée au Numérique, qui avait fait du financement participatif l’un de ses sujets de prédilection.

Quoi ?
Ce qu’il faut savoir sur le financement participatif en France, en partenariat avec la Fédération Française des Télécoms.

Comment ?

Le financement participatif existe sur internet depuis la fin des années 1990, mais c’est l’Américain Kickstarter qui a popularisé le concept, depuis sa création en 2009. La France n’est pas en reste : MyMajorCompany s’est lancé deux ans avant Kickstarter, mais en se limitant à la musique, avant de devenir généraliste en 2012. Depuis, Ulule, KisskissbankbankSmartAngels, Wiseed ou encore le petit dernier TheChampFactory (dédié au financement de projets sportifs) lui ont emboité le pas, jouant sur le don, le prêt ou l’investissement des internautes, selon les modalités propres à chaque plateforme.

Face à cette nébuleuse, l’ancienne ministre déléguée au Numérique, Fleur Pellerin, avait fait de la régulation du financement participatif un axe majeur de sa politique, pour donner à la France « la médaille d’or du crowdfunding ». Son projet de réglementation, présenté en février 2014, vise à permettre aux PME de lever entre 100 000 et un million d’euros auprès du grand public. Les plateformes de financement sous forme de prêt ou de prise de participation au capital n’auront donc plus à composer avec les contraintes de l’AMF. Les sites de financement participatif par prêt, avec ou sans intérêts, doivent toutefois détenir l’agrément d’établissement de crédit. Ce frein légal explique que le nombre de sites dédiés au « crowdequity » soit plus restreint.

La version la plus populaire du crowdfunding reste celle de l’appel aux dons, qui n’est pas impactée par cette réglementation. L’intérêt de cette pratique est de pré-tester un concept avant de le lancer, tout en se créant une communauté large d’internautes autour d’un projet sans que leur participation ne soit trop élevée (une cinquantaine d’euros en moyenne). Souvent, mais pas obligatoirement, ces dons appellent contrepartie : les porteurs du projet peuvent proposer une première version de leur produit ou un accès privilégié à leur service. La start-up française Lima, par exemple, proposait des versions particulières de leur produit (une alternative à Dropbox) en échange des dons récoltés sur Kickstarter. Les quatre Français à l’origine du projet ont rencontré un succès inattendu, puisqu’ils ont réuni la somme voulue en 48h, pour obtenir, au bout des 60 jours de campagne une enveloppe d’un million de dollars. Avec en prime, une belle visibilité dans les médias du monde entier.

Les modalités de fonctionnement des plateformes varient avec le mode choisi. Si Ulule et Kisskissbankbank acceptent tous les projets et remboursent les dons des internautes lorsque les objectifs de financement ne sont pas atteints, le site de financement participatif en capital Wiseed choisit la stratégie inverse du tri en amont. Il sélectionne les projets qui lui paraissent fiables et les soumet au vote de la communauté avant de les proposer au financement de tous. Pour donner une meilleure visibilité à ces plateformes de financement et aux différents services qu’elles proposent, l’une des mesures lancées par Fleur Pellerin a été la création avec la BPI de tousnosprojets.fr, moteur de recherche du crowdfunding français.

Les banques et autres établissements de prêts ne regardent pas forcément ces évolutions d’un bon œil, mais certaines ont décidé d’en prendre leur parti et se sont directement alliées avec ces plateformes. Chez MyMajorCompany, Axa est devenu mécène des projets solidaires : dans le cadre de ce partenariat, l’entreprise peut financer jusqu’à 60% d’un projet. Et chez Wiseed, l’Atelier BNP Paribas a décidé de parier sur les projets innovants en sélectionnant lui-même cinq projets qui répondent à ses enjeux d’innovations, pour les implémenter au sein de l’entreprise.

Attention toutefois : ces modes de financement ne sont pas exempts de limites, surtout s’ils accentuent le risque pour les petits investisseurs de voir des projets tomber sous l’escarcelle de grands groupes. Le rachat d’Oculus Rift par Facebook pour 2 milliards de dollars fera sans doute date : s’il s’agissait d’une excellente nouvelle pour les fondateurs de l’entreprise, elle l’était moins pour les 9 522 internautes qui avaient donné 2,4 millions de dollars sur Kickstarter en 2012. Ces particuliers n’ont pas vu le moindre centime de la transaction…

Mathilde Saliou

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