Newsletter du Lundi
21/06/21

Paru dans la newsletter du

Mais où est donc passée la start up nation ?

 Qui ?
Bernard Benhamou, secrétaire général del'Institut de a souveraineté numérique, Il a également été le conseiller de la délégation française au Sommet des Nations unies sur la société de l'information et a créé les premières conférences sur l'impact des technologies sur les administrations à l'Ena ainsi qu'à Sciences Po Paris. Il enseigne actuellement la gouvernance de l'Internet à l'université Paris-1-Panthéon-Sorbonne.

Quoi?
Une interview sur le thème de la grande promiscuité Etat français - GAFA.

Comment ?
Incendie d'OVH, panne sur les services de l'Éducation Nationale hébergés par Amazon... où est passée la « start-up nation » ?

Aujourd'hui, on assiste aux limites d’une start-up nation dont le cœur est « motorisé » par des technologies non européennes. Les Big techs américaines ont aussi compris que les États européens, après une longue passivité, allaient  durcir les régulations en particulier sur le traitement des données sensibles. Et ces sociétés tentent donc de passer des accords pour verrouiller leur présence auprès des administrations. Dans le même temps, les grands acteurs américains et chinois ont rejoint le projet de cloud européen Gaia-X. Une série d’accords de licence pour les technologies de traitement des données sur le cloud pourrait  aboutir à la construction d’un paysage en trompe-l’œil, où derrière les acteurs européens de l’hébergement se cacheraient des technologies et des sociétés extra-européennes.

Si l’on a beaucoup parlé de l’accident récent d’OVH, les acteurs américains n'ont pas été à l’abri d’accidents d’une dimension autrement plus importante avec le piratage à grande échelle de SolarWinds ou l’utilisation des failles des serveurs Microsoft Exchange. Choisir un acteur américain n'est plus une assurance vie pour les acteurs des administrations. À cela s’ajoutent trois crises démocratiques majeures liées aux données personnelles : les révélations Snowden de 2013, puis l’affaire Cambridge Analytica en 2018 et la récente campagne présidentielle américaine conclue le 6 janvier par l’envahissement du Capitole par des « QAnonistes » coordonnés via Facebook. Il nous faut sortir de la posture de ces dernières années et établir une nouvelle stratégie, en particulier pour les projets les plus sensibles de l’État. Ainsi, l’attribution des prêts garantis par l'État à 630 000 entreprises en difficulté aurait  pu faire l’objet d’une extension de la plateforme Copernic, qui gère déjà les impôts en ligne, plutôt que d’avoir recours à Amazon Web Services ! La société de Jeff Bezos  a en effet montré comment elle pouvait utiliser les données des sociétés hébergées sur sa plateforme pour promouvoir ses propres produits et services (voir aussi notre papier).

En même temps, l'incendie d'OVH met le doute sur la capacité de cette société à héberger nos données de santé…

Je ne le pense pas et sans avoir accès au cahier des charges,  il est difficile d’en être certain. En tout cas,  ils auraient pu monter en puissance s’ils avaient été  associés à certains grands projets publics ! Et d’autres acteurs comme Dassault Système, qui ont fait d’importantes acquisitions en matière de traitement des données de santé étaient aussi à considérer. Ainsi, Bernard Charlès, le patron de Dassault Système, avait apostrophé le Président Macron lors du lancement du Campus de santé numérique en lui faisant remarquer que sa société avait racheté la société Medidata pour 5 Md€ et qu’elle n'avait pas été consultée lors de la conception du Health Data Hub finalement hébergé par Microsoft. La responsable du projet du HDH avait alors interrompu le Président pour tenter de justifier les choix technologiques de cette plateforme…

Mais désormais la pression s’accroît sur les « Big techs » et le vent de la régulation antitrust de ces grandes plateformes se lève aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. Ainsi, les récentes prises de position de Thierry Breton sur l’antitrust et les nominations de partisans déterminés d’une régulation plus stricte de ces plateformes semblent présager d’un changement d’attitude vis-à-vis des Big techs. C’est aussi Tim Wu, qui vient d’être nommé au conseil économique de la Maison Blanche ou Lina Khan qui vient de rejoindre la Federal Trade Commission…  

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