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24/02/20

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Creaday : 4 nuggets pour favoriser la créativité

Qui ?

Brian Solis (en photo), spécialiste analyste du digital, Yves Béhar, fondateur de Fuseproject et Marc Turiault, neuro-scientifique à l'université de Genève.

Quoi ?

Le 11° Créa Digital Day, organisé par l'école genevoise CREA, qui réunissait 1 400 personnes, autour de la créativité. Nous en avons retiré 4 principaux enseignements.

Comment ?

"C’est un rendez-vous de début d’année, comme un petit village concentré de networking, cela nous aide à nous projeter dans le futur", explique Manuel Diaz, qui dirige Emakina France et soutient cet événement. A l'issue de la journée, nous avons retenu quatre petits tips du quotidien pour nourrir votre créativité. Et comme c'est l'heure du déjeuner, nous les avons transformés en nuggets.

1. Le temps de la déconnexion 

Les notifications de nos appareils brident notre créativité. Ces applications, dont le business modèle vise à nous garder captifs le plus longtemps possible, apprennent à nos cerveaux à être interrompus. Brian Solis, l'un des meilleurs spécialistes américains des réseaux sociaux, en est devenu le critique principal. Il pose la question : ”C’est vous qui tenez la technologie ? Ou bien c’est la technologie qui vous tient ? Quand est-ce devenu normal de ne jamais lâcher son téléphone ? Scroller, swiper et partager en permanence, interfère avec notre rapport avec le monde extérieur. On profite moins de la vie." Il détaille ensuite les travers de chaque réseau social. Snapchat rend les conversations éphémères et soustrait la profondeur des interactions sociales. Instagram glorifie l'image d'une vie parfaite et affecte la confiance en soi et le bonheur personnel. Youtube suggère et lance automatiquement des vidéos en quelques secondes, dérobant du temps. Facebook polarise les relations, renferme les communautés et isole.

"La pensée et la société ont été piratées par la technologie. L'individualité et les technologies comme l'intelligence artificielle et le machine learning sont au centre des conversations. Alors que la priorité, c'est l'homme."
Libérer son potentiel créatif est une question de temps, mais aussi d’ancrage dans le moment présent. "On parle de 'multitâche', alors qu’en fait, on passe d’une tâche à l’autre, on ne vit pas dans le moment. Ces moments de jonglage ne libèrent pas notre plein potentiel”.
Il se s'agit pas d’arrêter d’utiliser des app et autres plateformes mais de s’en désintoxiquer, pour les utiliser à bon escient, et de ne plus gâcher un temps considérable. Car la créativité est une question de temps.
En effet, pour le designer Yves Béhar, qui travaille avec Samsung, Apple mais aussi avec des start-up, “il faut du temps pour faire émerger les bonnes idées.” Fondateur de Fuseproject, il a intégré cette règle dans le design de ses locaux : les bureaux sont modulables. Chaque collaborateur a le sien, qui peut être tourné à tout moment pour une session de collaboration.

L’inspiration n’est pas dans l’instant. Elle vient de l’observation. Et observer, ça prend du temps. Pour Marc Turiault, neuro-scientifique à l'université de Genève, “l'un des aspects de la créativité, c’est de regarder les données du problème telles quelles sont et d'éviter de synthétiser : il s'agit d’observer. Deux certitudes  : nous sommes tous créatifs, nous avons cette plasticité synaptique". Il n’y a pas d’inspiration divine, mais des gens qui ont bien regardé. Tout le monde peut être créatif. Mais la créativité, ça se travaille. Pour avoir de bonnes idées, il faut être capable de prendre en compte l’ensemble des éléments, dans le détail, sans les synthétiser, mais en les observant. Plus on pratique, plus notre cerveau se reconfigure et améliore notre capacité à être créatif. Le travail de préparation pour observer, ça s’appelle le talent. Mettre en place des nouveaux dispositifs d'observation, c’est la créativité. Et en plus c’est bon pour le cerveau.“ Pour résoudre un problème, en général, les entreprises posent la question et se concentrent sur le problème à résoudre. "C’est ça, le truc classique. Mais alors, on passe à côté de l’exploration de la question. Or, c'est pendant cette exploration que l'on fait des liens et que l'on trouve une solution."
Certains éléments influent négativement sur la créativité, comme le stress : “les sciences cognitives nous l’ont appris. Il faut nous reconnecter à nos informations sensorielles pour diminuer l’anxiété. Pour la créativité, la chose la plus importante est d'être en connection avec ses sens, ce qu’on voit, ce qu’on entend”.
Le temps est aussi valable dans la relation avec le client. Pour créer un bon design "la clé est de travailler avec les gens, de développer une symbiose, un rapport humain. Avec ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent créer". Pour Yves Béhar, plus la collaboration avec le client s'inscrit dans le temps, meilleur est le design "Ça se fait en 5-10-15 ans de collaboration. J’ai dû trouver un mécanisme pour qu’on puisse travailler à long terme avec les mêmes incentives".
2. Prendre des risques, quitte à échouer 

Malgré les Failcons organisés par des entreprises comme Microsoft, l'entreprise n'accueille pas avec bienveillance l'échec. Or pour le cerveau comme pour les gens, les réprimandes et la stagnation n’encouragent pas la créativité, au contraire. Marc Turiault, le rappelle : “si on nous brime tout le temps, pour la dopamine, c’est terrible”. Pour renforcer les prises d'initiatives “il suffit de replonger ces personnes dans un univers où ils peuvent apporter des solutions et être libres de faire des choix. Pour favoriser la créativité, il faut valoriser les erreurs, ne pas les ressasser”. Expérimenter et valoriser ce qu’on apprend de nos erreurs, permet aussi d’évoluer et de stimuler la créativité. L’apprentissage est un processus créatif.

3. Apprendre, c’est être créatif

"La créativité peut-être libérée en lui consacrant un peu de temps chaque jour pour l’entraîner. Quand, d'un côté on gâche son temps dans des distractions, de l’autre, on le stoppe, en pratiquant notre expression créative personnelle", rappelle Brian Solis.

Marc Turiault remet en cause l'idée reçue sur le cerveau droit et le cerveau gauche. "Les histoires de cerveau gauche et droit, ça n’existe pas, les 2 hémisphères travaillent ensemble. Et l'on a besoin des deux pour être créatif". Pour apprendre, il faut lâcher ses certitudes. "Une fois qu’on croit avoir compris quelque chose on s’y accroche un peu quoi. Ca fait que finalement notre cerveau une fois qu’il a construit ses règles il a tendance à se fixer. Avoir un cerveau figé c’est pas le top. Pour apprendre il faut faire des liens entre le connu et l’inconnu. Quand on se remémore un souvenir, on crée à chaque fois. Si l’on est capable d’apprendre, alors on est créatif. Les mêmes structures synaptiques sont impliquées à la base". Sortir de ses certitudes est une façon de garder son travail : "L’IA va détruire la plupart des emplois. Seuls ceux qui sont créatifs vont d’en sortir."

Apprendre à être créatif, ça commence par oser créer, avec des outils qui se sont simplifiés. Les étudiants de CREA Genève prouvent sur scène qu’avec un panel d’outils simples, la création est à la portée de tous. Un pinceau, surligneur, gomme, filtre… suffisent déjà à 300 000 millions d’utilisateurs (dont 15 millions d’entreprises) pour raconter des histoires sur Instagram. Côté filtres : finies les oreilles de chat ou de chien, maintenant n’importe qui peut proposer de nouveaux formats et animations sur la plateforme. Et celles-ci peuvent être spectaculaires : Mike Manh (@mikemanhworks) a ainsi créé une cape d’invisibilité à la Harry Potter. L’application Spark.AR propose de réaliser ses propres filtres en réalité augmentée. Depuis son lancement, elle compte 1 milliard d’utilisateurs.


4. Promouvoir la diversité et l'échange 

La Silicon Valley, creuset de l’innovation mondiale, accueille 50% de migrants. Et ce n’est pas un hasard. “Cette culture fait la promotion de son individualité. Les gens viennent d’ailleurs, leurs études, leurs idées sont très différentes les unes des autres. Cette diversité fait le succès de la Silicon Valley” souligne Yves Béhar. Il poursuit : "Je suis arrivé ici à 23/24 ans. Le fait qu’on m’écoutait, ça a été une expérience folle. Cela a même changé la structure de mon cerveau, parce que lorsqu'on est jeune et qu’on vient d’une culture plus statique, on veut lancer des idées, apprendre et c’est ce qui a été très nouveau et révélateur pour moi. Cette mentalité à eu un impact à travers le monde. Quand je travaille partout dans le monde, les gens cherchent aujourd'hui cette même ouverture : un écosystème d’idée de soutien et d'apprentissage par cette connexion humaine." Finalement, le voyage vers la Silicon Valley est le début d'une exploration sans fin : "Cette notion de la vie comme une aventure et un projet de découverte, j'y pensais en venant en Californie. Et c’est aujourd’hui toujours central dans ma façon de penser, d’innover de prendre des risques. Je ne démarre pas forcément un projet sur la notion business ou de technologie. C’est vraiment l’idée de l’aventure et de l’exploration. Ainsi a vu le jour "Happiest Baby Snoo", l’un de nos projets, qui a pris six ans à aboutir. Cette start-up veut soutenir les parents et les bébés les six premiers mois de leur vie. C’est l’intention qui est importante. Si le but de nos clients est purement commercial on les comprend moins et on en sera moins fiers."

Rencontrer des personnes différentes fait sortir de sa zone de confort, ouvre à de nouveaux possibles. En entreprise, offrir à chacun une place pour s’exprimer est propice à la création. "Celui qui parle le plus en réunion n’est pas le plus créatif, au contraire”. Ultime avertissement : Marc Turiault souligne que : “les équipes les plus créatives, sont celles dans lesquelles le temps de parole est distribué assez équitablement”.

Tiphaine Marchioni-Blanco

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