Ouverture des données : pourquoi c’est complexe, mais important

jpmathieu

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Qui ?
Jean-Pascal Mathieu, directeur exécutif conseil et innovation de Razorfish.

Quoi ?
Une tribune sur l'ouverture des données et ses enjeux, au moment où la loi Lemaire compte imposer l'open data par défaut. Ou la version moderne de l'adage "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée".

Comment ?

A l’heure des débats sur la loi numérique et l'open data, nous sommes souvent un peu perdus devant la diversité et la profondeur de ces questions. Dans "données", il y a :
- les données privées possédées et gérées par les administrations, par exemple le montant des revenus déclarés aux impôts par un foyer fiscal.
- les données anonymes, privées ou concaténées, qui peuvent par exemple résulter d’un retraitement d'autres données, par exemple la répartition des profils familiaux des clients d’un magasin donné, qu’une banque peut construire avec sa connaissance de ses clients et de leurs dépenses.
- les données publiques (les horaires de la SNCF, le trajet des camions de poubelle ou le budget du CNRS)
- les données personnelles visibles pour l'utilisateur, par exemple son nom, son adresse et son historique d’achat sur un site de e-commerce.
- les données personnelles invisibles pour l’utilisateur, par exemple ses données de parcours sur un site web.
- les données sociales, posts, utilisation des réseaux sociaux, cercles amicaux, abonnés, invisibles sans accès (Facebook par exemple) ou partiellement publiques (Twitter par exemple)
- de plus en plus de données générées par des capteurs en tous genres, à commencer par l’accéléromètre, le GPS et la caméra de nos téléphones, les capteurs de présence, la triangulation de position par le wifi, les capteurs de température, d’humidité...

S’il s’agit de savoir si la donnée doit être ouverte ou pas, la diversité des cas évoqués dans cette liste implique évidemment un raisonnement au cas par cas. Mais cela ne devrait pas empêcher l’application de grands principes simples et universels, comme en son temps celui de la neutralité du net, réaffirmée dans la loi Lemaire, qui a su imposer le cadre qui a permis au web de devenir ce qu’il est.

Quelques grands principes dans l’air du temps  :
1. Une donnée privée devrait toujours appartenir à son générateur, tant d’un point de vue moral que patrimonial. Toute personne devrait pouvoir accéder à ses données (que savent vraiment les GAFA sur moi, directement ou par déduction et recoupements?), en disposer à sa guise (droit à l’oubli, droit à la portabilité), et en recueillir les dividendes s’il y en a.
2. Une donnée publique devrait toujours être ouverte quand elle n’entre pas en conflit avec le respect de la vie privée ou la sécurité de la nation.
3. Une donnée ouverte devrait toujours être ouverte à tous sans distinction. Sinon ce n’est pas une donnée ouverte. Toute tentative de conditionner l’ouverture de la donnée, par exemple à la réciprocité-ne pas l'offrir à un acteur qui garde secrètes les siennes, peut se discuter, mais on ne parle alors plus d’open data mais de commerce (imposable) de la donnée. (et alors, retour au point 1)

La vertu de tels principes simples, appliqués au marketing et à l’innovation, serait immense. Être libre de l’usage de sa donnée pousserait le consommateur à être beaucoup plus ouvert à son partage pour en tirer des bénéfices, sans être paranoïaque, et rendrait les interactions des marques plus pertinentes. Ouvrir toute la donnée publique sans restriction serait l’opportunité de centaines d’innovations et d’améliorations de la performance surgies "de nulle part", de l’idée folle d’un apprenti informaticien de 14 ans qui va créer un mashup aux labs structurés des grandes organisations.

Si la proposition de loi et les consultations qui l’ont précédée vont sans ambiguïté dans cette direction, le risque est grand que les centaines d’amendements présentés ne transforment la loi Lemaire en une usine à gaz. Il serait question, selon certaines informations du cabinet de la ministre, de conditionner l’accès des données publique à l’ouverture de ses propres données, et/ou de le faire payer (modèle freemium). Car derrière l'open data, se pose la question des GAFA, qui gardent leurs données et ne paient pas suffisamment d'impôts. Mais comme l'a dit Alfred de Musset, "il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée", si elle est ouverte, sa serrure est sans objet...

Jean-Pascal Mathieu

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