Newsletter du Lundi
09/12/19

Paru dans la newsletter du

SXSW : le procès géant des GAFA

Qui ?

Frédéric Josué, Conseiller Executif Havas Group / Membre du Cortex Havas.

Quoi ?

La synthèse d'une édition de SXSW centrée sur l'éthique, où les GAFA, Facebook en tête, ont passé un très sale quart d'heure.

Comment?

La parole s’est libérée cette année : le monde de demain ne vous appartient plus, faute d’engagement éthique. L’Intelligence Artificielle, la robotique, le génome, la voiture autonome, l’essor de la 5G, verront tous leurs déploiements freinés faute de consensus international sur le sujet. Pour les lanceurs d'alerte de SXSW, la machine tech s’est emballée, les Etats ont trop laissé jouer les boys clubs de la tech, mettant en péril des équilibres nationaux précaires.

Harcèlement sexuel, fake news, amplification des complots anti-vaccinaux, néonazis… ou suprématistes, discriminations sur la base de données vendues à des tiers, abus de positions dominantes sur la presse, les producteurs de contenu, les distributeurs, les petits producteurs, atteintes aux démocraties, manipulations politiques, d’individus, compromission avec les milieux militaires, cyberattaques, et même le Docteur Frankenstein qui fait joujou avec l’une des plus fascinantes révolutions de ce début de siècle Crispr Cas9… Pas un panel qui n’évoque l’un de ces sujets avec force.

Too big to fail, too big to jail

La Silicon Valley prend cher cette année de l’avis de tous et chaque débriefing d’agence le soir dans les Airbnb s’en fait l’écho. Le berceau de la tech US  est hors sol, à l’image de  Peter Thiel de créer des floating islands au large de San Francisco pour faire leur Biz, loin des états, loin des lois. Dans un monde qui explose la Loi des Grands Nombre, en termes de MarketCap comme de rémunération, le sentiment d’impunité a trop longtemps régné « too big to fail, too big to jail » résume un directeur marketing d’un grand retailer français lors de ce debriefing. Mais la société civile a frappé du point en 2017, d’un « Schwerpunkt » cher à Clausewitz. Jonathan Taplin avait ouvert la danse en septembre avec son « Move Fast and Break Things », il y eu également Tristan Harris avec la plateforme « Time Well Spent », ou encore "Hooked" de Nir Eyal.

En tête de file, Roger McNamee, ancien conseiller proche et financier de Mark, et l’auteur de “Zucked: Waking Up to the Facebook Catastrophe”. Selon ce dernier « tout le business model de Facebook est déployé à l'abri des regards derrière le rideau », ie sans le consentement des utilisateurs. Pour lui, la sénatrice Elizabeth Warren a raison de vouloir démanteler les tech companies. "Le problème est endémique, quand le business model suppose de traquer l'âtre humain, d'exploiter les données personnelles pour la prévision comportementale et d'utiliser le machine Learning et l'IA pour exploiter les gens et rendre ces prévisions encore plus rentables. "Sans modification fondamentale du business model des GAFA, les problèmes continueront.

"Uber a une culture de violation de la loi"

La jeune Susan Fowler clame : « enough with whisper networks ! ». Et invite les femmes à libérer leur parole face à toutes les formes de harcèlement. En 2017, elle a tout balancé sur Uber menant à la démission de son CEO Travis Kalanick.  « Uber avait tout, sponsorisait toutes les activités et association féminines, une politique inclusive exceptionnelle, des femmes au board etc… sur le papier, c’était une société fantastique. Mais Uber a une culture de violation de la loi, c’est un système ». Fragile face à son micro, mais sacrément déterminée, elle poursuit : « Peu importe le nombre de femmes, de gens de couleurs, d’handicapés etc… dans votre société, s’ils sont maltraités. L’important c’est de respecter la loi. L’important c’est de reporter les mauvais agissements ». Quand la salle applaudit, elle reprend les 3000 personnes d’un signe comme pour leur dire, « ce n’est pas une démarche personnelle », invitant chacun à partager son histoire « stories can change your life ».

Le public n'écoute plus les réponses de Facebook

Facebook est aussi en position délicate : Shaarik Zafar, directeur des affaires Publiques de Facebook, les limites ont été franchies. Le panel a traité du fait que tous les mouvements politiques contestataires débutent sur FB aujourd’hui. Le problème est qu’il est impossible d’y qualifier l’information. Les produits de grande consommation viennent avec des descriptifs, des labels, pas les informations sur les réseaux sociaux. Wajahat Ali Op-Ed journaliste du NYTimes a ainsi poussé Shaarik Zafar dans ses retranchements :  « si vous offrez à des théories complotistes une plateforme, cela amplifie toujours leur message. Ca instille un doute et forcément sur internet, il y aura des références qui permettront de valider ces doutes ». Avec un ton moqueur, il insiste « Facebook ne fera rien pour corriger le problème, c’est une société privée. On doit, entre individus, intervenir à titre personnel. C’est la digital litteracy et l’importance du digital footprint ». La salle rigole.

En effet, ce qui rend ce théâtre différent des discussions des années précédentes, c’est qu’il semble à l’audience que les réponses de Facebook ne sont même plus dignes d’être écoutées. La fin de ce panel, vous la connaissez, puisqu’elle est relatée ici. c’est la très  éprouvante prise de parole du journaliste allemand Richard Gutjahr qui grâce à la justice de son pays, a fait plier Facebook qui refusait de soustraire la diffusion de vidéos néonazies et complotistes.

WhatsApp fait disparaitre 2 millions de faux profils chaque jour, Facebook, 1 million

Changer un système prend du temps. La société civile, Etats comme citoyens, pourront certainement contrecarrer le manque de volonté des tech companies. Ces sociétés, si elles le peuvent, transformeront leur modèle, leur système. Ainsi Whatsapp fait disparaître 2 millions de faux profils par jours, Facebook 1 million. Mais différencier un trailer de film de guerre, de la vidéo de l’attentat terroriste de Christchurch n’est pas donné à une Intelligence Artificielle… L’upload de vidéo sur Youtube ou une quelconque plateforme sociale devrait être validé par un être humain. Ce serait un autre modèle, impossible à scaler.

De retour à Paris l’un de mes fils, 12 ans, me presse de le laisser participer à la manifestation internationale pour le climat Fridays For Future. Sur son Whatsapp un thread spécial où se trouve un appel de ses camarades (du même âge) à sécher les cours et également des éléments de langages pour arriver à persuader les parents. Inouï… la radicalité politique saute trois générations et sur le réseau social racheté par Zuckerberg, elle se répand aussi pour faire le bien. Louison Thunberg se tient devant moi, son smartphone à la main : « même si tu m’empêches d’y aller j’irai quand même ». Ce sera donc la génération tech radicale.

Frédéric Josué

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