Newsletter du Lundi
16/09/19

Paru le

J. Burkovic, Bankin : « la FinTech n’est pas un danger pour les banques, c’est leur seule chance de survie. »

Qui ?
Joan Burkovic, CEO de Bankin, une application pour gérer son argent, indépendante des banques, qui, après la France, vient de se lancer au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne.

Quoi ?
Un entretien pour comprendre comment la nouvelle réglementation européenne va booster la FinTech.

Comment ?

- En Europe, comment les banques perçoivent-elles les nouveaux entrants de la FinTech ?

Selon leur taille, elles n’ont pas toutes les mêmes réactions. Les petites banques nous accueillent à bras ouverts car elles n’ont pas les moyens de développer une bonne application bancaire seules. L'expérience sur mobile devient centrale, si le client est mécontent des services bancaires en ligne dont il bénéficie, il risque de partir ailleurs.

Les grandes sont les plus fermées mais elles tiennent en réalité deux discours. Officiellement, elles font tout pour stopper les tiers indépendants pour garder la main sur la relation client. Elles craignent que leurs clients ne se mettent à préférer les agrégateurs à leurs applications. Mais en off, elles sont de plus en plus nombreuses à utiliser nos briques technologiques pour améliorer leurs services mobiles.

- Les Fintech vont-elles remplacer les banques ?

La FinTech n’est pas un danger pour les banques, c’est leur seule chance de survie. A force de les bloquer, elles vont offrir sur un plateau un marché sans concurrent au premier des GAFA qui arrivera dans ce secteur. Car c’est eux les vrais dangers : Apple développe Apple Pay, Facebook a obtenu une licence bancaire en Angleterre, Google est le principal apporteur d’affaire sur les crédits bancaires... Chacun s’est attaqué aux besoins fondamentaux des individus, le prochain sur la liste est la banque.

- C'est donc forcément un GAFA qui l'emportera ? 

Le marché va se structurer autour d'un leader de la relation bancaire et ce ne sera pas une banque. La multi-bancarisation et la renégociation des crédits s'installent dans les usages : on prend un crédit dans une banque A et un produit d'épargne dans une banque B. Le leader de la relation bancaire donnera une vue d'ensemble à l'utilisateur et saura distribuer le produit bancaire le plus adapté, en mettant en concurrence toutes les banques sur chaque projet. Les GAFA ont la capacité de se faire une place. Mais dans l’idéal il faudrait que ce soit un acteur européen. Et bien sûr, on aimerait bien que ce soit nous.

- La Commission Européenne veut réviser la "Directive Services de Paiement" (DSP2). Bankin a pris la tête du lobby des agrégateurs. Que se passe-t-il ?

Les usages ont précédé les mesures législatives : les nouveaux acteurs n'avaient pas de statut officiel et régulé. La directive a décidé d’inclure aussi les agrégateurs, c’est-à-dire ces services qui rassemblent l'ensemble des comptes sur une seule interface

- Qu’est-ce que cela va changer pour vous ?

On gagne notre légitimité. Certaines banques ont fait campagne contre nous auprès de leurs clients. Elles ne pourront plus. Les standards et les audits qui suivront vont rassurer tout le monde, même si dans les faits, on les respecte déjà. La différence, c'est que tous les agrégateurs d’Europe y seront soumis. C’est une protection pour nous car si un acteur est défaillant, tout le marché en pâtit. La DSP2 nous ouvre aussi la possibilité d’opérer des paiements ou des virements internes ou externes. Mais avant de se lancer dans ces directions, nous allons d’abord poser la question à l’utilisateur, étudier les technologies et discuter avec les régulateurs.

- Comment réagit le secteur bancaire ?

Les banques nous ont longtemps considérés comme "borderline". Aujourd'hui, les agrégateurs sont au centre des attentions - Boursorama a racheté la start-up Fiduceo en mars 2015 . Elles sont de plus en plus nombreuses à venir nous voir pour améliorer leur service client sur mobile. Bankin propose trois briques technologiques : l'agrégation de données (le rapatriement fiable et la standardisation des informations provenant de 350 banques en Europe), l'identification et la qualification des transactions (la couche qui donne de l'intelligence aux données) et  une interface. C’est cette dernière qui, dans le cadre d’une collaboration avec un partenaire nous demande le plus de temps car elle implique des ressources dédiées chez nous.

- Est-ce que cela signifie que les banques sont prêtes à collaborer ?

Les banques craignent que cette loi ne les oblige à créer des infrastructures coûteuses pour transmettre les informations bancaires que nous affichons dans notre application. Mais il existe d’autres solutions. Cela fait 4 ans qu’on se débrouille très bien sans elles pour rapatrier les données. Parfois, les infrastructures créées vont même l’encontre de l’expérience utilisateur. En 2012, une banque a bâti une API qui permettait à des acteurs tiers de se brancher sur leurs services. Mais cette API est tombée en panne et  nous sommes revenus à notre méthode : impossible vis-à-vis de nos utilisateurs d’avoir un service qui cesse de fonctionner plus de quelques minutes. Avoir la main sur le système permet de réagir très vite. Quand il faut remonter le problème qui relève de la maintenance de l'API à une banque, ça peut prendre plusieurs semaines.

- Vos projets ? 

On offre déjà une solution multi-bancaire et notre crédibilité est installée. Nous affichons 1,2 millions de téléchargement, avec un churn (taux d'abandon) très faible.  Nous testons des choses : un partenariat avec Empruntis pour des renégociations de crédit auprès de nos utilisateurs qui remboursent des prêts à 4%. C'est gagnant-gagnant : l'utilisateur a l'impression d'avoir les cartes en main pour mieux gérer son argent. Nous avons aussi  plein d'idées pour valoriser le conseil financier, et même aller jusqu'à la souscription depuis le mobile ou avec un conseiller financier dédié. Nous préparons notre prochaine levée de fonds pour les réaliser.

Propos recueillis par Monelle Barthélemy

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