Newsletter du Lundi
06/07/20

Paru dans la newsletter du

Gunter Pauli : « Il faut voir les déchets comme des matières premières »

Qui ?
Gunter Pauli,   un industriel belge,  menant différents projets autour de son concept  l'économie bleue, pour un monde zéro déchet.

Quoi ?
L'intervention phare de l'Exploratoryum, organisé par Sylicon Vendée,   les 26 et 27 juin au Ludylab, près du Puy du Fou.

Comment ? 
Créé il y a deux ans par Jean-Michel Mousset à Chambretaud, le Ludylab , ancien entrepôt de charbon, est un lieu d'open innovation qui accueillait un événement sur deux jours (replay ici) . Le 25 juin, Idriss Aberkane lançait le Tour Super France, avec le CERA, centre de réflexion pour l'avenir. Le principe ? un Tour de France qui oublierait Paris, à la rencontre d'élus, d'entrepreneurs et de financiers, mis en relation pour échanger leurs déchets. "On ne s'attendait pas à voir autant d'entrepreneurs dont les projets s'emboitent avec élégance. Les déchets d'une usine deviennent l'achat d'une autre".
Gunter Pauli est le père de "l'économie bleue". L'idée ? Ne pas polluer en s'inspirant de la nature et voir tous les déchets comme des gisements de matière première. "Il y a 40 ans, je me suis posé la question de la façon dont la pomme est montée dans l'arbre. Quand une baleine pompe 1 000 litres sans utiliser de batterie, elle peut nous inspirer sur la manière de se développer. La nature est ma première source d'inspiration".

L'histoire commence en 1986, avec des cailles, au Bénin. L'abattoir produit des déchets qui alimentent des larves de mouche, servant ensuite d'aliments pour les poissons et les cailles. "Le producteur le plus efficace de protéine, ce sont les larves de mouche, à partir d'1,2 kg, on produit 375 kg en cinq jours."
Il y a 23 ans, Gunter Pauli lance la première production d'oeufs sans salmonelle, en recouvrant le sol des cailles en coquillages. L'excrément des cailles sur les coquillages produit aussi de l'engrais.

"Si l'on veut créer des emplois, il faut avoir des problèmes"

Dans la période actuelle, il est bon de le rappeler : "Si l'on veut créer des emplois, il faut avoir des problèmes." En Afrique, l'élevage de poulet a servi à réduire la malaria : les déchets étaient brûlés, à 200 € la tonne. Alors qu'on pouvait cultiver des mouches, qui réduisent les bactéries et font les meilleurs ingrédients pour les poules."

Un produit est interchangeable. Mais en changeant les règles du jeu, en créant des produits uniques, on arrive à créer des emplois dans des zones non compétitives, avec l'intégration de la chaine de valeur. Ainsi, dans le cas de l'élevage des cailles, la production intégrée permet de faire des oeufs, de la viande, des engrais et des insecticides. L'abattoir ne paie plus 200 € pour détruire ses déchets, qui viennent des ressources, dans ce cas, 1000 € et 200 € d'économie. Ce nouveau raisonnement entraine aussi un nouveau modèle d'affaires.

S'inspirer de la nature pour le traitement des déchets

Un cabinet comme Mc Kinsey ne pouvait voir qu'un futur, pour une petite ile des Canaries : devenir une base militaire. Alors que sur l'île, des pêcheurs, des vignerons et des éleveurs subsistaient. Gunter Pauli a proposé un nouveau modèle pour la pêche : ne pas pêcher les femelles avec les oeufs. "Les dauphins et les baleines pêchent avec les bulles qui encerclent les poissons et peuvent discriminer les femelles gravides des autres. Du coup, les pêcheurs ont créé une réserve de 5 km 2 pour les femelles gravides? "Ils ont une densité de stock dix fois plus élevée que l'Espagne et sont les seuls à faire cela."
Les éleveurs ont produit du lait transformé en yaourt et fromage. "Pour ne pas être confrontés à la concurrence internationale, il fallait augmenter le contenu des nutriments. Du coup, les gens mangent 30 % de moins mais avec la même valeur nutritive, et on lutte contre l'obésité."
Enfin, l 'ile est devenue autosuffisante en énergie en exploitant l'eau de son volcan. "Et le village est le premier à utiliser des voitures électriques avec un cerf-volant , qui utilise 5 % seulement du mémoriel nécessaire à une éolienne. Il poursuit :"Imaginons une voiture électrique achetée par 3 familles, avec une remise de 60 %. Dans le cas où la voiture roule 16 h par jour, elle ne paie pas l'électricité."

La conférence ouvre de très jolies perspectives. Et même si l'un des investisseurs de Gunter Pauli, présent aussi ce jour là, émet des doutes sur la rentabilité des projets créés; et même si la fiche Wikipedia consacrée à l'industriel souligne le flou de certains de ses projets, le concept d'économie bleue résonne sacrément avec l'époque actuelle. Post confinement, quand chacun a fait pousser des pommes de terre sur son balcon, une autre façon de considérer l'économie en s'inspirant de la nature apparait fondatrice.

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