Newsletter du Lundi
08/07/19

Paru le

Start-up / Grands groupes : peut mieux faire !

Qui ?
Clara Gaymard (en photo) et Gonzague de Blignières, co-fondateurs de Raise, et Olivier Marchal, président de Bain & Company France.

Quoi ?
Les conclusions de l'étude "David avec Goliath" sur l'alliance des jeunes et grandes entreprises, réalisée par Bain&Company et Raise.

Comment ?

Dix-huit mois après une première étude sur le sujet, Raise et Bain & Company ont interrogé 150 entrepreneurs pour évaluer leur perception de la relation entre grands groupes et start-up... et le constat est sans appel : plus d'un quart (27%) des jeunes entreprises interrogées disent percevoir cette année une détérioration dans leurs interactions avec les grandes entreprises. Seuls 18% estiment que les interactions se sont améliorées.

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Avec le développement du corporate venture, la publication de chartes et d'engagements (comme chez BPCE, par exemple), la nomination de référents start-up ou la mise en place d'outils (comme chez JC Decaux), on pouvait s'attendre à beaucoup mieux...

A la décharge des grands groupes, plus de 50% des entrepreneurs interrogés considèrent que les grandes entreprises sont de plus en plus structurées dans leur approche de collaboration. Mais le chemin à parcourir reste encore long, comme l'explique Clara Gaymard : "nous l'avons vu en pratique chez Raise. Des start-up que nous accompagnons travaillent sur un projet avec un grand groupe, et un jour, le cadre en charge du projet change, et c'est 9 mois de travail de perdu. Pour le grand groupe, c'est anecdotique, alors que pour la start-up, c'est une question de vie ou de mort. Nous avons plusieurs exemples de ce type."

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Les récits de ces mauvaises expériences se propagent naturellement à travers l'écosystème entrepreneurial et viennent nourrir le sentiment de défiance envers les grands groupes... "Il y a une grande curiosité de la part des grands groupes, avec parfois une absence de fiabilité dans les engagements qui sont pris. Le cas le plus grave, c'est d'initier un POC [Proof of Concept] qui finalement ne se fait pas et pour lequel la start-up n'est pas payée. Il y en a qui meurent à cause de ça" ajoute la co-fondatrice de Raise. "Ce qui est terrible c'est que souvent,  le grand groupe ne s'en rend  même pas compte" complète Gonzague de Blignières.

Une deuxième explication à ce chiffre, plus positive, tiendrait à la maturité croissante des jeunes entreprises, suscitant en contrepartie des attentes encore plus importantes envers les partenaires, notamment sur les délais de réponse et de mise en oeuvre des projets. Pour y répondre, "certains grands groupes ont su délocaliser la prise décision en confiant des budgets innovation à des Business Units, pour aller plus vite" explique Clara Gaymard.

L'ancienne présidente de GE en France trouve quand même des mérites aux groupes français, en comparaison de leurs homologues étrangers : "ils sont moins arrogants que d'autres. Les groupes français ont cette capacité de remise en cause, qui explique que l'on compte quand même de nombreux champions mondiaux. Ils ont aussi compris que les startuppers pouvaient créer des business auxquels ils n'auraient pas pu penser eux-même."

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Selon l'étude, près de la moitié des grandes entreprises françaises hébergent ainsi un incubateur, accélérateur ou lab (48% en 2017 contre 43% en 2016), contre respectivement 40% et 25% des entreprises allemandes et britanniques. Elles sont également de plus en plus nombreuses à investir dans des fonds de Corporate Venture : près d’un tiers des grandes entreprises sont dotées d’un fonds de Corporate Venture en propre en 2017. Cette tendance s’est encore davantage accentuée en faveur des fonds multi-corporate, c'est-à-dire copartagés par des grandes entreprises : 55% y prennent part en 2017, contre 48% en 2015.

Pour encourager les bonnes pratiques et aller plus loin, Raise, qui est à la fois un fonds d'investissement, une fondation et une structure de mise en relation entre grands groupes et start-up, a lancé le prix de la plus belle alliance entre une jeune et une grande entreprise. Un moyen d'évangéliser par l'exemple. Le premier prix, attribué à Carrefour et Phénix, pour une initiative destinée à valoriser les invendus, se traduira par un prêt à taux zéro de 100 000€ et un accompagnement par Bain&Company pour la start-up. "Pour la grande surface, il devient moins coûteux de recycler que de détruire les stocks. Il ne s'agit pas d'une association, mais bien d'une entreprise avec un vrai business model. Ce qui nous a séduit aussi dans cette collaboration, c'est le fait que Carrefour n'a pas demandé d'exclusivité" explique Clara Gaymard.

Unibail-Rodamco, pour sa collaboration avec Transaction Connect, et Air Liquide, pour son partenariat avec Waga Energy ont aussi été distingués, parmi les 124 dossiers reçus dans la foulée de l'événement VivaTechnology, qui se tenait en juin 2017. Un chiffre largement au-delà des attentes initiales. Olivier Marchal, de Bain & Company, le reconnait : "certains patrons du CAC 40 se sont intéressés à la collaboration avec les start-up pour suivre le mouvement, parce qu'ils entendaient parler d'incubateurs, d'accélérateurs ou de corporate venture dans les dîners en ville. On aurait pu craindre un effet de mode. Mais depuis deux ans, le développement des relations entre jeunes et grandes entreprises impressionne. Les montants investis en Corporate Venture sont aujourd'hui supérieurs en France à ce qu’ils sont au Royaume-Uni et en Allemagne. Il s'agit donc clairement d'une évolution durable de la réalité économique."

Benoit Zante

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