Newsletter du Lundi
09/12/19

Paru le

Guy Mamou Mani : « à chaque fois qu’un DSI est promu responsable du digital, on a gagné »

Qui ?
Guy Mamou Mani (@Guy_mm), président du Syntec Numérique et coprésident du Groupe Open.

Quoi ?
Une interview coup de gueule sur la transformation numérique de l'Etat et des entreprises, avec le patron d'une ESN ("Entreprise de Service Numérique", puisqu'on ne peut plus dire SSII) de 3 200 salariés.

Comment ?

- A quoi sert le Syntec Numérique, que vous présidez depuis 2010 ?

Notre mission première est la défense de la profession, ainsi que le soutien à tous ceux qui sont concernés par la révolution numérique. Par exemple, en se battant pour le crédit impôt recherche qui est remis en cause en permanence. Nous avons aussi un rôle dans la formation et une dimension sociale, avec l'élaboration de la convention collective. Plus généralement, nous nous donnons pour mission de porter le numérique comme solution aux grands enjeux de notre pays, auprès des entreprises, parce que c'est l'élément clé de leur compétitivité, et auprès des politiques, pour la modernisation de l'état. Un exemple : quand Marisol Touraine explique comment elle compte faire 10 milliards d'euros d'économie, sans une seule utiliser le mot "numérique" ou "e-santé"... Elle n'a rien compris : on ne fera jamais d'économies sans le numérique. A nous de l'expliquer et de faire des propositions.

- Le gouvernement a pourtant l'air d'être de plus en plus sensibilisé à ces questions...

Oui, il faut le souligner et ne pas bouder notre plaisir. On change d'état d'esprit : on entend enfin le président évoquer l' importance de l'entrepreneuriat. Les politiques ont compris que pour résoudre le chômage, ce n'est pas de nouveaux impôts dont on a besoin. Mais l'évolution est lente. En Hollande, Open vient de gagner un contrat sur quatre ans avec 71 écoles primaires et secondaires, pour les équiper d'une solution d'enseignement en ligne, dans le cloud. Si je devais faire ça en France, qui serait mon interlocuteur ? Les millions d'employés de l'Education Nationale ? Tout de suite, ça prend des dimensions phénoménales, alors qu'aux Pays Bas, c'est comme si j'avais affaire à une entreprise. Pourtant la France a beaucoup de points forts sur le numérique, c'est là dessus qu'il faut se concentrer, pas sur nos points faibles. Notre jeunesse, notre système de formation, nos écoles sont enviés dans le monde entier.

- Les entreprises aussi doivent se transformer. En ont-elles toutes conscience ?

Tous les secteurs sont en train de comprendre que le numérique est le vecteur inéluctable de leur transformation. S'ils ne le font pas, ils vont mourir. Regardez quelques annonces récentes. Vivek Badrinath, qui quitte la direction de l'innovation d'Orange pour rejoindre Accor, où il est membre du Comex. A la SNCF, Guillaume Pepy qui dit que son concurrent est Google et recrute Laurent Kocher chez Keolis pour porter la transformation numérique. BMW qui explique qu'il ne construit plus de voitures, mais des solutions de mobilité. C'est un changement total de paradigme, dans tous les secteurs.

- Les SSII - pardon, les ESN - comme le Groupe Open sont-elles les mieux placés pour accompagner la mutation des entreprises ?

Quand nous avons renommé les SSII en ESN (Entreprises de Services Numériques), ce n'était pas pour renommer un "aveugle" en "non voyant". C'est vraiment pour illustrer les nouvelles activités et comportements de SSII. Notre métier est en train de changer également. D'après les chiffres du Syntec, le secteur est en croissance de 1.2%. Mais 90% du marché est en déclin et 10% connait une croissance de 25%, ce sont les SMACS. Social, Mobile, Analytics, Cloud et Security : tous les outils de transformation numérique. Un groupe comme Open s'est lui aussi transformé, avec de grands projets de rationalisation informatique, en made in France, là où les grands groupes concurrents vont proposer la même chose, mais à Bangalore. Et une spécialité, l'innovation. Cent personnes à Lannion travaillent sur la mobilité. A Nantes, nous avons un centre dédié au testing. A Grenoble et Lyon, des spécialistes de l'internet des objets (trains connectés, compteurs intelligents,...). Cette activité est d'ailleurs très souvent en partenariat avec des grands industriels. Sur ce sujet, on est encore qu'à la préhistoire.

- Concrètement, en quoi votre métier a-t-il changé ?

Un exemple : le testing. Avant, si un client voulait mener des tests, il demandait tant d'hommes pendant X mois. Maintenant, nous lui demandons combien de lignes fait son application, combien de tests il souhaite et on les réalise, peu importent le nombre d'hommes et de jours. On s'intéresse aux usages et aux problèmes des clients pour répondre directement aux besoins, on change totalement de business model. Tout cela transforme le rapport aux ressources humaines, notamment. Bien sûr, nous faisons encore de la régie, mais le changement est avéré. C'est quelque chose dont on parle depuis 4-5 ans, mais qui commence à être une réalité seulement depuis un an. Il fallait aussi que la technologie évolue. Aujourd'hui, on assiste à la convergence entre les besoins des clients et la révolution technologique qui la soutenait. Ceux qui ne se transforment pas ne survivront pas.

- Vous venez d'annoncer une acquisition dans le domaine de la banque, pourquoi ?

Smart Trade Services est une acquisition de taille relativement peu significative, avec 70 personnes, mais sur une niche très pointue : l'ingénierie de finance dans les banques, qui vient doubler l'effectif de notre pôle banque/assurance, qui pèse  un tiers de notre CA. Toutes les grandes banques sont nos clients. Surtout, les banques et les assurance sont en première ligne sur cette nécessité de transformation. Ils ont tous peur de Google. Mais je leur dis comme le Pape : "n'ayez pas peur". A force d'avoir peur, vous ralentissez et les concurrents vous dépassent. Bien sûr, il faut avancer avec prudence, en faisant attention à la confidentialité et à la sécurité. Le Kenya est le pays le plus avancé en terme d'innovation bancaire, pour une raison simple : il n'y avait ni banque, ni téléphone. L'avènement de la mobilité a permis de passer immédiatement à la banque mobile. Pendant ce temps en France, c'est pathétique, parce que c'est plus compliqué, car il faut se transformer : les SI ont quarante ans, il y a des agences, des milliers d'emplois... pourtant il faut mener cette transformation.

- Vos interlocuteurs évoluent-ils eux aussi ?

Historiquement, les interlocuteurs des SSII étaient les DSI. Aujourd'hui, les interlocuteurs des ESN sont les métiers ou les DSI qui ont évolué. 30 à 40% des budgets  informatiques sont déjà dépensés hors des DSI. Notre rôle est d'accompagner cette fonction dans son évolution. Par exemple, chez PSA Peugeot Citröen, nous sommes rentrés au départ sur la partie informatique, maintenant on est pleinement dans le numérique. A chaque fois qu'un DSI est promu responsable de la transformation digitale, on a gagné. Parce que la réalité, c'est que le numérique ne fonctionne pas sans l'informatique. Toutes les boites digital native l'ont bien compris : elles sont centrées sur la technologie. Melty, KissKissBankBank, BlaBlaCar, reposent avant tout sur de la techno, mais au service d'une problématique sociétale. L'informatique est le moteur, le numérique l'enveloppe.

Propos recueillis par Benoit Zante

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