Newsletter du Lundi
10/12/18

Paru le

DLD New York : « L’attention humaine n’est pas une commodité »

Qui ?
Hélène Fromen, pionnière du Net, ex-Mediapart, qui est en train de lancer Thankyoumotion, une plateforme pour optimiser l'audience des éditeurs vidéos.

Quoi ?
Un regard sur la conférence DLD New York, qui réunissait pendant deux jours les innovateurs et penseurs du web mondial.

Comment ?

Pas de trêve du muguet pour la tech : le 30 avril s’ouvrait la première édition de DLD NYC. "Digital Life Design", pour ceux que l’anthropologie, la politique, les neuro-sciences ou les arts nourrissent d’une inspiration différente de celle que l’on trouve dans les business cases. Et NYC pour ce bel endroit à deux pas de la HighLine au nord du Meatpacking district, au sud des galeries de Chelsea. Vous situez ?

Amusant de réécrire le débat sur l’utilité sociétale de la disruption au pays d’Uber, de Lyft ou d'AirBnb... A l’approche de l’aéroport de LA, les UberX californiens se dont discrets pour ne pas être repérés par les services de transport traditionnels. A New York, le pionnier des VTC a été contraint de dégrader son application pour ne l’utiliser que comme service de réservation géolocalisée de Yellow cabs... La veille notre UberX nous avait coûté une vraie fortune – mais l’accent Chti du chauffeur sénégalais valait bien ça... On n'échappe pas à « la question Uber » ou plus globalement à celle de la disruption avant même d’arriver à DLD.

Et là, Douglas Rushkoff, théoricien des Media et auteur de Present Shock, a joliment secoué les idéalistes de la disruption. Il interroge notre rapport au temps et regrette que les innovations digitales nous plongent dans une perpétuelle urgence au lieu de nous rendre plus smart. L’attention humaine est considérée comme une commodité. Les récentes innovations sont  construites sur un OS défaillant, le capitalisme... Douglas Rushkoff cite l’universitaire français au succès fracassant outre-atlantique, Thomas Piketty, dénonçant "a creative circulative economy that turned into a market cap non creative economy."

Au fil des présentations, le Bingo des clichés gagne une n-ieme expression : "l’empathie est la solution." L’empathie pour produire la transformation comportementale visée par Keith Ferrazzi. L’empathie pour optimiser le partage des contenus publiés par Buzzfeed (Jonah Peretti). Chez Vice aussi (Spencer Baim), le choix des sujets lui-même est dicté par l’humain, l’émotion… l’empathie. Bingo ! Moins anecdotique, "Designing empathy" est l’un des thèmes débattus sur Design and Violence, remarquable projet de curation du Museum of Modern Art présenté par Paola Antonelli, pour interroger de façon transdisciplinaire la relation entre Design et Violence. Si vous ne devez ne lire qu’un article, c’est sans doute celui à propos du "Liberator".

DLD a aussi fait un détour vers les sciences plus "dures". Alex Pentland du MIT Medialab étudie comment les réseaux sociaux peuvent nous rendre plus smart (décidément). L’individu n’est pas uniquement un animal rationnel compétitif. Indépendamment du contenu des échanges et du degré d’intelligence, les échanges eux-mêmes créent de l’intelligence collective et accroissent l’innovation et la productivité de 40%. N’importe quelle interaction en face-à-face, même à la machine à café, ça marche !

Le panel News from the neuro geeks était fascinant, pas uniquement du fait du charme certain des neuro geeks en question : Moran Cerf (NYU), Josha Bach (MIT) et Amol Sarva (knotable). Au palmarès des avancées des neuro-sciences, la stimulation de notre cerveau par un objet non plus seulement wearable mais embedable dans notre peau, l’optimisation de nos apprentissages pendant notre sommeil, celle de nos décisions en fonction de nos compétences individuelles, de nos émotions ou bien du moment auquel nous sommes les plus aptes à les prendre… Un cerveau hybride qui combine l’intelligence artificielle à l’humain dont nous sommes scientifiquement assez proche, et dont il serait temps de se soucier éthiquement.

Enfin, Stefan Sagmeister , artiste autrichien, new-yorkais d’adoption ( The Happy Show à la Gaité Lyrique cet hiver, c'était lui) parle de la beauté, ce qu’elle ajoute au design, un peu comme une human touch, là où Duchamp avait introduit la sexualité comme autre dimension humaine jusque là absente de l’art. Il a conclu son Talk avec l’exemple de la Highline voisine, cette imbrication assez parfaite d’ambition, de développement durable, d’impact économique positif et… de réduction de la criminalité… Sagmeister de conclure : « Civilisation does work. Ultimately we do right ».

Toutes les conférences sont disponibles en vidéo sur le site de DLD... Vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Hélène Fromen

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