Newsletter du Lundi
14/09/20

Paru le

U. Diegel, iHealth : « La France est en retard dans la santé connectée »

Qui ?
Uwe Diegel, PDG de iHealth Europe.

Quoi ?
Un zoom sur le pionnier de la santé connectée - et son patron haut en couleur - à l'occasion d'une conférence organisée par le Groupe Marketing des anciens de Sciences Po.

Comment ?

"Quand j'ai été voir Apple en 2009, personne n'avait envie de faire de la santé connectée" se souvient Uwe Diegel, alors fabricant d'appareils à usage médical. A cette époque, les early adopters de l'iPhone étaient des jeunes, en bonne santé, pour lesquels l'usage des tensiomètres, oxymètres et autres glucomètres n'étaient pas une préoccupation. Uwe Diegel obtient alors d'Apple le droit d'utiliser la marque "iHealth", "ce qui serait tout à fait impossible aujourd'hui".

Avec ses pèse-personne connectés, ses trackers d'activités et ses tensiomètres reliés à des applications mobiles, iHealth a depuis constitué un écosystème qui a séduit "des millions de clients", plutôt fidèles, puisque "66% des gens qui achètent un produit iHealth en achètent un deuxième." Dans l'aventure, Uwe Diegel s'est associé au groupe chinois Andon Health, dans lequel le géant Xiaomi a investi 25 millions de dollars en 2014. Cet étonnant sud-africain né en Nouvelle-Zélande d'un père allemand et d'une mère suisse a décidé de s'installer en France, pour y diriger la filiale Européenne d'un groupe qui se présente comme Californien, mais à capitaux chinois et dont le siège social est aux Iles Caïmans...

Depuis la sortie du premier iPhone, la perception de la santé a beaucoup évolué : "aujourd'hui, la santé est quelque chose de positif : ça a changé mon business. Notre premier produit a été lancé en 2010, pile au moment où les mots magiques sont apparus : le quantified self, la santé durable, la connected health, etc." Avantage marketing indéniable : "nos produits deviennent des achats positifs : on peut donc les vendre plus chers, mais aussi faire en sorte que les gens les utilisent davantage."

Mais ce boom de la santé connectée a aussi ses limites : "il est devenu trop facile de développer de nouveaux produits. N'importe qui peut mettre son idée sur une plateforme de crowdfunding, sans l'aval d'un médecin. C'est en train de gadgétiser l'industrie. Il faut distinguer santé et bien-être connecté. Prendre la mesure est facile. C'est ce qu'on en fait qui est important." Pour conserver son avance, iHealth met donc un accent tout particulier sur la R&D, avec 54 projets en cours de développement. 80% concernent des évolutions de produits existants : tous les 18-24 mois, il faut renouveler les gammes. 15% sont des produits de "révolution" : "il s'agit de prendre une technologie existante pour lui donner une nouvelle fonction." Enfin, 5% sont des produits "moonshots" (une terminologie empruntée à Google) : "ce sont des produits pour lesquels il faut développer de nouvelles technologies, comme pour la glycémie non invasive. Souvent, les médecins nous disent que c'est impossible. Mais le fait qu'on ne sache pas le faire aujourd'hui ne veut pas dire qu'on ne pourra pas le faire demain !"

Au cœur de la santé connectée, la question des données s'avère cruciale : elle suscite de nombreuses interrogations et peurs. "Mais à l'heure actuelle, les données de santé n'ont aucun intérêt. Elles ne sont intéressantes qu'en tant que données anonymes." Agrégées, elles permettent en effet de faire avancer la recherche médicale. Sur ce sujet des données, la France a le standard de sécurité le plus élevé. De quoi expliquer - en partie seulement - le choix de Paris comme tête de pont européenne d'iHealth. "J'aimerai bien dire que c'est pour le business que je suis ici, mais c'est surtout pour le plaisir. Je l'aurai installée à Berlin ou Londres, ça aurait été pareil. De tous les pays développés, la France est celui qui a le plus de retard dans la santé connectée. Les pays nordiques ou la Grande-Bretagne sont, eux, très en avance. Aux Etats-Unis, nous vendons plus d'appareils connectés que non connectés. C'est entré dans les mœurs."

Au dernier salon IFA à Berlin, iHealth a présenté un tensiomètre révolutionnaire par son modèle économique : il est proposé gratuitement par les mutuelles partenaires à leurs clients. En échange, celles-ci versent 50 centimes par mois et par appareil à iHealth. L'intérêt ? Limiter les risques et donc les hospitalisations. En Israël, un test avec des capteurs de glycémie a permis de réduire de 38% le taux d'hospitalisation des patients suivis. En Espagne et en Grande-Bretagne, iHealth travaille avec AXA sur des programmes de prévention réunissant des millions de membres. "En France, ce n'est pas possible..." (lire notre article à ce sujet ici).

Benoit Zante

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