Newsletter du Lundi
23/11/20

Paru dans la newsletter du

L’éthique, au coeur de la crise des réseaux sociaux…

Qui ?
Stéphane Distinguin, Pdg de Fabernovel

Quoi ?

L'exégèse d'une folle semaine au  pays des réseaux sociaux, par le papa des Gafanomics

Comment ?

La folle épopée des réseaux sociaux, entre crise sanitaire,  sociale éthique et économique?

Comme toute la situation qu'on vit, elle est inédite. Il y a beaucoup de rideaux qui se superposent : un sujet sanitaire,
politique, business. Et le numérique, qui n'existait pas il y a vingt ans, est le centre névralgique de ces trois sujets. Au plan business, les plateformes ont besoin d'opérer et d'utiliser la donnée de leurs utilisateurs. Les GAFAM sont tellement riches quils paient leurs collaborateurs pour devenir leurs premiers clients (eat your own dog food). Pas étonnant que les campagnes de boycott modernes commencent par les collaborateurs : Facebook comme Amazon ont connu leurs premières grèves et les premiers départs de dirigeants, suite à ses prises de position récentes. Et des employés de Facebook ont exprimé leur désaccord avec leur société sur Twitter.

Comment distinguez-vous les positions de Twitter, Facebook et Snapchat ?

Tout le monde a une part de la solution. Mais ils ne l'appliquent pas ensemble Le business, ce n'est pas la politique. Et c'est rassurant. En septembre 2019, Facebook a mis en place un comité éthique, composé d'élus, de professeurs de droit...Une sorte de cour d'appel d'une entité dont on ne sait plus trop comment elle est dirigée.

Twitter s'est armé de courage pour faire quelque chose. Mais elle ne va pas jusqu'au bout : beaucoup d'opposants à Hong Kong, ont opté pour Signal et quitté Twitter qui géo localise les tweets et rend les recherches policières plus faciles. Mais apposer un contenu de CNN pour mettre en défaut un message du président, c'est faible. Il faudrait sans doute un mix entre le courage de Twitter et l'instance indépendante de Facebook, qui s'est bien gardée de s'exprimer dans la crise actuelle...  Car l'instance indépendante de Facebook s'exprime dans un temps forcément plus long. Et la crise actuelle est alimentée par un président qui poste des dizaines de tweets par jour...

Que se passe-t-il si les plateformes endossent une responsabilité éditoriale ?

Ca inverserait la promesse, initiée par Google, d'une longue traîne de petits annonceurs. Cela pousserait. un modèle type broadcast extrêmement coûteux. Alors même que les plateformes ont perdu 30 % de leurs revenus dans les trois derniers mois (voir cet article sur la baisse des investissements, et celui là sur la baisse du CPM).Aujourd'hui, les systèmes de modérations emploient des dizaines de milliers de personnes. Mais leur nombre ne sera jamais suffisant pour rendre le contenu des plateformes parfaitement sécurisé. Dans ce cas, le modèle ne tient plus.

Les grandes plateformes sont elles encore légitimes à "ne pas vouloir faire le mal" ?

Le moto de Google, don't be evil, était mégalomane. Et on ne sait plus bien ce qu'il est devenu. Pour moi, le tournant a été l'EG8, en mai 2011. Cet événement organisé par Nicolas Sarkozy avec Publicis a  été l'une des rares prises de parole publiques de Mark Zuckerberg en Europe. Interrogé sur le printemps arabe, Mark Zuckerberg refuse d'assumer la réussite politique de l'engagement sur sa plateforme. Et il a tenu cette ligne depuis, tel un empereur qui ne se cantonnerait qu'à la sphère business de son territoire, reniant ses implications sociales (jusqu'à être qualifié cette semaine de ploutocrate par le FT).Mais aujourd'hui, avec Black lives Matter, il est à la fois question de s'opposer à Trump et de pousser Facebook à enfin assumer ses responsabilités. Et cela pourrait avoir des incidences business fortes, en commençant par l'interne, avec la division des équipes (qui interpellent la direction voir la transcription de la conversation ici) et en continuant par les utilisateurs, beaucoup désertant les plateformes du groupe en signe de protestation. Mais, bon, si on quitte Facebook pour mettre un fond noir sur Instragram...

Et pendant ce temps, Le Health Data Hub a été confié officiellement à Microsoft ...

Pour moi, ce n'est pas définitif. Le cloud a permis la fin des guerres de religion, Oracle contre SAP, etc. Aujourd'hui, il est simple de passer d'Amazon Web Service à Azure. Demain, on pourra choisir une solution européenne, comme OVH

En attendant, c'est Microsoft qui tire les marrons du feu d'un système construit par l'Etat Français, alors que l'on proclame vouloir créer un cloud européen...

C'est vrai, et ce n'est pas si nouveau : Dominique Strauss Kahn avait déjà ouvert l'Education nationale à Microsoft...

 

 

 

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