Newsletter du Lundi
15/04/19

Paru dans la newsletter du

Les lendemains industrieux de SXSW

Qui ?

Henri Jeantet, co-fondateur stratégie & design du studio d’innovation Unknowns.

Quoi ?

Un survol panoramique de l'édition 2019 de SXSW d'Austin.

Comment ?

Tout était bien rangé, cette année à Austin, en tout cas pour ceux qui s’étaient habitués au bazar éclectique du South By Southwest. Bien rangés les stunts des séries ou films,  installés en rang d’oignon sur deux rues, chacun chez soi avec son petit jardin. Bien rangées les fêtes, au point qu’il faut chercher pour retrouver une foule Indy et alternative dans le backyard d’un motel douteux. Bien rangées, aussi, les ambitions révolutionnaires de la tech, qui font place cette année au pragmatisme, à la normalisation et au travail.

Pragmatisme, comme avec les nombreuses conférences sur l’intelligence artificielle, qui se concentrent désormais sur deux axes clés : la pédagogie et les applications métiers.

Pédagogie, avec la multiplication des conférences visant à faire baisser la fièvre des années précédentes, en permettant à chacun de comprendre le fonctionnement de la boîte noire du machine learning, et donc des limites structurelles des technologies s’appuyant sur l’IA d’aujourd’hui. Pour Cassir Kosyrkov, Chief Decision Scientist chez Google (oui, oui.), l’IA est avant tout une manière de demander aux machines de faire des choses que nous ne savons pas décrire, mais dont nous avons des exemples, avec des règles uniques et précises,  : coder les règles qui permettent de reconnaître un chat est impossible, mais entraîner une IA sur des millions d’exemples, c’est possible. C’est donc parce que l’IA n’est pas si intelligente qu’elle doit être soumise à la fois à des protocoles de test sévères, mais aussi à une supervision humaine.

Pas de Skynet en vue cette année, donc. Mais de nombreuses démonstrations d’application dans tous les secteurs, (médias, santé, entertainment, transport), et des approches pragmatiques. Josh Clarck, le brillant fondateur de BigMedium, ne parle plus, comme l’an dernier, des enjeux éthiques de l’IA, mais de la manière concrète de la penser comme un matériau de base pour designer. Et d’insister sur l’enjeu de designer avec l’IA, et non pour elle. De s’assurer qu’elle sert bien les objectifs fixés par l'homme.

Le message est clair, et il est partout : l’IA n’est pas magique, et elle ne peut résoudre que des problèmes précis. En dehors de ces cas d’usages, mieux vaut s’en passer. Et il n’y a pas que l’IA qui passe à la moulinette du pragmatisme : Big data, Blockchain, Healthtech, tous les buzzwords sont concernés.

Même les gros mots changent de sens. "Régulation", par exemple, qui faisait l’objet de plusieurs conférences. Pour Tom X Lee, Président du One Medical Group et pionnier dans le domaine de la santé aux États-Unis, la régulation est inévitable et indispensable. Elle présente une double opportunité : c'est une barrière à l’entrée,  un actif pour ceux qui la maîtrisent. Et c'est une expertise, qui peut devenir en elle-même un sujet d’innovation et de service : Compliance as a service anyone ? On est loin du rejet épidermique de toute régulation par les libertariens de la Silicon Valley, et plus proche de l’opportunisme économique américain traditionnel.

Pragmatisme, donc, mais aussi normalisation, voire volonté de banaliser l’impact et des enjeux des technologies, pour des acteurs qui entendent pérenniser leur position. Ainsi, Vikrum Aiyer, de Postmates (qui livre les marchandises à vélo), appelle à rétablir la dignité du travail des indépendants, qui sont près de 40 millions aujourd’hui aux États-Unis. Pour cela, il souhaite s'assurer que ses acteurs bénéficient d’une protection sociale minimale (santé et retraite), tout en préservant la flexibilité de cette force de travail. Et de commencer à évoquer un système détaché du travail salarié, voire un système universel... Bref, quelque chose qui commence à ressembler à la sécurité sociale (ce qui ne manquera pas de faire sourire les Européens de la salle). Pour les acteurs qui ont réussi, il s’agit désormais de se fondre dans le paysage, plus que de revendiquer un statut à part.

C’est aussi simplement, presque banalement, que Scott Hanselman raconte l’histoire collective de la création de son pancréas artificiel. Un système qui, comme il l’explique tranquillement, lui permet de ne plus passer sa vie à essayer de ne pas mourir. Construit patiemment, par toute une communauté, bout par bout, ligne de code par ligne de code. Un système qui fonctionne encore avec des pompes à insuline de quinze ans d'âge, parce que les plus récentes sont bloquées par les fabricants. Qui recycle les capteurs de sucre grâce à des piles de montres et des imprimantes 3D. Un système qui change la vie des diabétiques, banalement et quotidiennement.

Il est des banalités formidables : la modestie est peut-être le meilleur jour de la technologie. Le virage pragmatique est donc une bonne nouvelle. La technologie, parce qu’elle est intégrée par tous les secteurs et les acteurs, est en train de devenir plus qu’une ambition en elle-même, un outil au service de toutes nos ambitions. Ça fait peut-être de moins belles soirées, mais sûrement de meilleurs lendemains.

 

 

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