Newsletter du Lundi
23/11/20

Paru dans la newsletter du

F. Trésal-Mauroz, Prodigious : « la sortie du confinement a été un bordel sans nom d’annonceurs ou d’agences, voulant faire comme si de rien n’était »

Qui ?
Frédéric Trésal-Mauroz, Co-Président de Prodigious, la société de production du groupe Publicis.

Quoi ?
Une interview sans fard  sur les mutations accélérées du secteur, à l'occasion de la parution des 8 tendances de la production pendant le lock down.

Comment ?
Les campagnes qui sortent actuellement, tournées dans la période antérieure, paraissent complètement décalées. Fallait -il les sortir quand même ? 

Effectivement, elles ont été tournées dans un environnement social et culturel très différent et apparaissent obsolètes.  À l’échelle du marché, la sortie du confinement a été un bordel sans nom d'annonceurs ou d'agences, qui voulaient recréer des films ou des contenus comme s'i'l ne s'était rien passé. Nous recevions des scripts de gens dans les boites de nuit, qui s'embrassent. Ou dans des stades ! On nous demandait tel grand photographe américain. Certains films étaient des vrais péplum, grandiloquents. On était télé transportés dans la pub des années 80. Nous avons dû envoyer des notes aux agences, en leur demandant d'arrêter de rêver debout. Et en imposant qu'aucun script ne parte chez le client avant d'avoir été revu par la production. Certains sont encore dans le déni complet. On nous demande de travailler comme avant, alors que 90 % des équipes sont toujours en télé travail. On reçoit un brief à minuit, il faudrait être prêt à 9 h du matin. On nous accuse de ne pas être agiles, alors que nous tournons aujourd'hui dans des contraintes sanitaires drastiques.  Nous avons énoncé 84 règles, que nous avons établies avec le syndicat des producteurs indépendants, avec qui nous étions en conflit dans la période précédente... Après cette première phase et le gros travail pédagogique qui a été fait, les choses sont à peu près rentrées dans l’ordre et intègrent désormais les nouvelles contraintes sanitaires en production.

Que changent ces règles ? 

Nous avons rouvert les plateaux depuis deux semaines. Et il n'y a pas que du négatif. Ca faisait trois ans que nous voulions mettre en place le travail en vidéo (remote). On nous rétorquait que cela ne marcherait jamais. C'a a été mis en place en une semaine et ca ne gène plus personne. Autre gain, l'agilité, justement. Pour obtenir une équipe réduite sur le plateau, les annonceurs et les agences ne sont, pour le moment, plus invités . Les équipes de 50 sur le plateau, c'est fini. Mais ils peuvent suivre la production  en ligne.On nous a menacé de nous retirer le projet, mais nous avons tenu bon. Et au bout de trois jours, tout le monde s’est réjoui. Les clients nous ont dit 'ça va plus vite, c'est plus précis, on travaille mieux'. Nous sommes en train de casser une culture qui est là depuis 50 ans. L'idée devient reine, tout en garantissant le niveau d’exécution exigé mais qui s‘adapte à ces nouvelles formes de production. Comme en témoigne la vidéo en selfie d'Eva Longoria, qui s'est fait une teinture chez elle. Un véritable game changer.

Où en est l'activité chez vous ? 

Pendant le confinement tous les scripts ont été retravaillés. Les tournages ont repris pour les réseaux sociaux et le digital. Aujourd'hui, nous sommes 400 et nous allons devoir faire évoluer nos profils. Il va falloir s'interroger sur le maintien de certains plateaux. Et de certaines fonctions. A l'inverse, de nouveaux profils vont nous rejoindre. Il y aura plus de films avec des budgets moindres, à la logique UGC, comme le film d'Orange avec l'agence La Chose. Mais ce type de film demande de la préparation en amont. Et un gros travail de production en aval. En amont, des conseils stratégiques en production vont se multiplier, en en aval, les makers, créatifs qui réalisent tout eux mêmes, vont aussi beaucoup être demandés. La plateforme Marcel est justement là pour sourcer ce type de personnes. A l'opposé, des métiers star il y a encore deux mois vont devoir évoluer, comme les monteurs PP1 ou les étalonneurs, pour intégrer ces nouveaux moyens en production

Le travail à distance peut aussi donner une vie nouvelle à vos plateaux, pour créer des environnements en réalité augmentée ou en 3D...

Effectivement, ces technologies, qui étaient disponibles depuis 2 ou 3 ans, vont être davantage utilisées.

 

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