Newsletter du Lundi
10/02/20

Paru le

F. Marsella, Village CA : « Nous avons déjà trouvé nos bureaux à New York »

Qui ?
Fabrice Marsella, maire du Village by CA, premier incubateur ouvert par le Crédit Agricole, en plein cœur de Paris.

Quoi ?
Une interview pour comprendre les ambitions du Crédit Agricole pour accompagner les start-up, à travers la France mais aussi à l'étranger.

Comment ?

Quels sont les objectifs du village by CA ?

Il s'agit d’identifier et faire émerger des projets innovants, à la fois en interne et en externe. On le fait en France, mais aussi, bientôt, à l’international. Ensuite, nous voulons aider au développement commercial d’entreprises innovantes. Le village cherche aussi à créer un réseau qui soit profitable  pour le Crédit Agricole, les partenaires et les start-up.

Comment décrivez-vous votre "Village" ?

Nous sommes installés dans un très bel immeuble, 55 rue de la Boétie [l'ancien siège de l'UMP] : 5 000 mètres carrés en plein cœur du quartier des affaires parisiens, face à la Fondation du Crédit Agricole, dans un quartier où l’on retrouve aussi énormément d’entreprises du CAC 40. Nous l’avons pensé comme un écosystème complet lié au business et à l’innovation. On y trouve donc une pépinière prête à accueillir une centaine de startups sur quelques 2 000 mètres carrés..

Le Crédit Agricole n'est pas la seule partie prenante du projet : pourquoi avoir fait appel à des partenaires externes ?

Nous avons une vingtaine de partenaires, dont une dizaine d'"ambassadeurs". IBM par exemple, ou BETC dans la communication, Sanofi dans la santé, GDF Suez pour l’énergie et l’environnement… Nous avons essayé de bien faire correspondre ces partenaires avec les domaines d’excellence du Crédit Agricole. Chaque partenaire dispose d'un droit de vote au sein du comité. C’est important pour nous, parce que nous n'avons pas la prétention, en tant que banquier, d’avoir une bonne connaissance de l’ensemble des secteurs sur lesquels travaillent les entreprises du village et sur les innovations qu’elles tentent de développer. Croiser les regards nous permet d'avoir un oeil de spécialiste pour chacun des secteurs concernés.

Quels sont les autres "habitants" du village ?

Nous avons donc la pépinière, les partenaires, le Crédit Agricole et des PME d’excellence. Une PME d’excellence, c’est une entreprise qui a déjà deux ans d’existence, les moyens de louer son espace au prix du marché, et qui a souhaité rejoindre l’aventure du village.Elles veulent louer des bureaux – l’adresse attire - mais aussi participer à la vie du village. C’est un engagement. Il n'y a pas si longtemps, elles étaient encore des start-up : à leur tour d'apporter leurs retours d'expérience aux jeunes pousses. Elles sont aussi présentes dans le village à travers d'événements et du partage de leurs technologies, ce qui nous permet d'ailleurs de proposer des services supplémentaires.

Un exemple concret de "PME d'excellence" ?

Saooti, qui vend des plateformes de web-radio : elle propose désormais au Village une plateforme dédiée, disponible pour le plus grand nombre, diffusée sur le web et sur les applications mobiles. Saooti nous apporte la technologie, son plateau et une journaliste qui nous accompagne pour nous apprendre un métier qui n'est pas le nôtre, celui d'animer une web radio sur l'innovation. Cet exemple représente très bien l'idée que je me faisais du Village : un espace où il y a du troc, de l'échange et de l’entraide.

Quels autres services apportez-vous aux start-up qui vous rejoignent ?

Nous jouons beaucoup sur cette notion d'échange, dès que c'est possible. Pour se développer, une start-up a besoin de se faire connaître, se faire des références... Bref, développer son réseau. Nous demandons donc à chacune de nos start-up de mettre leurs produits et services à disposition de tous les habitants du village qui participent à leur promotion en les utilisant. Le Village compte aussi des experts parmi ses habitants : un cabinet d’avocat, des comptables, une entreprise spécialiste dans les subventions publiques... Ils sont présents sur le site à jour fixe et offrent un premier niveau de conseil gratuit, puis, quand ça devient plus spécifique, font bénéficier les start-up du Village d'un prix préférentiel.

Le Village vient à peine d'ouvrir, mais avez-vous déjà un exemple d'émulation collective ?

Oui, plusieurs même ! Une start-up que nous avions recrutée avant même que le Village ne soit sorti de terre, VideoTelling, qui créé des vidéos pédagogiques. Nous l'avons rencontrée à un moment où nous cherchions les mots pour bien faire comprendre notre écosystème. VideoTelling nous a conçu gratuitement une vidéo, dans cet esprit de troc qui anime le Village. En échange, nous les avons mis en avant sur notre site et lors du lancement. Ils vont bientôt nous quitter, parce qu'ils n'ont plus assez d'espace ici pour loger toutes leurs nouvelles recrues ! Un second exemple : Parkadom, qui s'occupe de la gestion de nos places de parking. C'est une application qui permet de trouver facilement où se garer dans Paris. Cela nous permet d'être à moitié prix par rapport à un parking habituel ou d'offrir des places de parking pour des évènements. Tout est fait de cette façon dans le village, sur le mode du partage.

Comment choisissez-vous les start-up qui rejoignent votre pépinière ?

Aujourd’hui, il y a déjà 60 startups dans le Village, soit à peu près 200 personnes. Nous avons reçu 500 dossiers et nous avons choisi ces entreprises selon des critères objectifs et subjectifs. Il doit s’agir d’entreprises qui ont à minima 6 mois d’existence, et jusqu’à 36 mois. Nous n'acceptons pas du tout de professions libérales, car nous cherchons avant tout des start-up innovantes qui souhaitent développer leurs produits et services. C’est à ce moment là qu'intervient notre subjectivité, en mobilisant l'ensemble des partenaires du Village, et notamment leurs directeurs de l'innovation.

Etre une start-up du domaine bancaire est-il un avantage ?

Non, nous sommes une pépinière généraliste. Les startups rejoignent les domaines d’excellence du Crédit Agricole : vieillissement et santé, énergie et environnement, logement, agriculture et agroalimentaire. Ce sont tous des secteurs où l’on est déjà fortement présent, leader, quand ce ne sont pas ceux dans lesquels on tente de le devenir.

Qui vous a accompagné dans la mise en place du Village ?

Accompagner au quotidien des start-up, c’est un métier à part entière : la Pépinière 27 savait le faire, et nous, pas forcément. Nous avons quelques personnes de cette pépinière qui travaillent avec nous au quotidien, à la fois sur les sujets administratifs et pour l'animation du Village, notamment via des ateliers et des moments d'échanges entre chaque acteur. En plus, nous avons la chance d'avoir tous les partenaires, très proches des start-up. Ils peuvent faire le choix de devenir parrains, pour leur apporter leur expertise. Chaque partenaire s’est positionné sur plusieurs domaines (marketing, communication, comptabilité, etc) pour donner du temps aux start-up confrontées à ces problématiques.

Quel est votre modèle économique ?

Le Village est une SAS, une entreprise à part entière, qui certes appartient au Crédit Agricole mais a son propre budget de fonctionnement. Etant donné qu’on loue l’espace au prix du marché, notre chiffre d'affaires est en partie conditionné par le prix auquel les start-ups nous louent cet espace, mais qui est à peu près la moitié du prix réel. La différence est couverte par le Crédit Agricole et la participation des partenaires.

Pour l'instant, le Village by CA a été lancé à Paris, mais à long terme, avez-vous des projets d'expansion ?

Nous avons des projets qui commencent à se développer en région, avec les caisses régionales du Crédit Agricole. A chaque fois, le Village adapté à la réalité de la région : s’il existe déjà des pépinières, nous chercherons plutôt à trouver comment s’intégrer au paysage, via des bureaux ou d’autres formes d’aide. Si cela n’existe pas et que la caisse régionale souhaite se lancer dans ce type de projet, nous réfléchissons alors à la façon de donner forme à un nouveau village.

Et à l'étranger ?

C'est aussi vrai à l’international : nous avons deux projets en cours, l’un à New-York et l’autre à Hong-Kong. L'idée, c'est de faire en sorte qu'avec un badge Village, on puisse se rendre dans chacun des sites à l'international. A New York nous avons déjà trouvé des bureaux : ça avance assez vite. Mais sans attendre le Village, nous avons aussi des partenaires qui ouvrent des bureaux de passage pour nos start-up lorsqu'il y en a besoin. Très récemment par exemple, une de nos start-up avait besoin de se rendre au Canada pour l'ouverture d’une filiale et avait donc besoin d’un bureau là-bas. L'un de nos partenaires a mis à disposition un bureau pendant toute une semaine.

Propos recueillis par Mathilde Saliou

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