Newsletter du Lundi
16/09/19

Paru le

Comment Transdev prépare la riposte à Google, Uber, Lift et Blablacar

Qui ?
Jean-Marc Janaillac, PDG de Transdev, avec Yann Leriche, Directeur de la performance et Nicolas Samsoen, Directeur de la stratégie.

Quoi ?
La présentation de la stratégie d'innovation de ce groupe mondial de transport public, filiale de la Caisse des Dépôts et de Veolia, bien déterminé à prendre part à la révolution en cours dans le domaine des transports.

Quoi ?
- 83 000 collaborateurs dans 20 pays
- 43 000 véhicules en exploitation
- 22 réseaux de tramway
- 6,6 milliards d’euros de CA en 2014
- 70 millions d'euros consacrés au digital sur 3 ans
- 300 "experts digitaux" dans le monde

Comment ?

Après la fusion chaotique de Veolia Transport et de Transdev en 2009, soldée par la vente de nombreux actifs destinée à résorber sa dette abyssale, Transdev entend désormais amorcer une nouvelle phase de son développement. "Le groupe va mieux" martèle ainsi son PDG, Jean-Marc Janaillac, arrivé aux manettes en décembre 2012. "Nous avons aujourd'hui de nouvelles marges de manœuvre, que nous allons en grande partie consacrer à l'innovation" ajoute-t-il. "Un monde nouveau va naître, dans lequel nous souhaitons clairement nous impliquer. Nous y voyons beaucoup plus de potentialités que de risques. Des entreprises ont déjà pris de l'avance : ce sera un bataille difficile mais nous entendons bien avoir notre place." Le ton est donné.

Vers la fin de la distinction entre transports publics et individuels ?

La restructuration achevée, Transdev se prépare donc à affronter les évolutions inévitables de son secteur. "Jusqu'à présent, il y avait une très forte différence entre le transport public et la voiture individuelle, mais cela est en train d'évoluer". Pourquoi ? Les smartphones ont ouvert la porte à de nouveaux services, comme Blablacar, Uber, Lift et les services de VTC, qui brouillent ces frontières entre transports publics et privés. Les habitudes et les attentes des consommateurs ont aussi changé : l'usage prend le pas sur la possession, avec de nouveaux services comme ZipCar, Autolib, Car2go ou DriveNow.

Un autre changement d'envergure impacte le modèle économique des acteurs comme Transdev : la baisse des ressources des collectivités locales, qui financent une grande partie des coûts des transports collectifs. Au même moment, les Uber, Tesla ou Blablacar disposent de ressources quasi illimitées grâce à leurs levées de fonds successives. Pour résoudre l'équation, Transdev a décidé de ne pas se limiter à son marché traditionnel, celui du transport collectif, mais de viser celui du transport au sens large, voiture individuelle incluse, en s'appuyant sur son expérience dans les transports à la demande (taxis, transport médicalisé...) aux Etats-Unis ou aux Pays-Bas. "Nous allons avoir deux métiers : le métier d’opérateur de transport, et le métier d’intégrateur de services de mobilité" explique Nicolas Samsoen.

70 millions d'euros sur trois ans

Pour mener cette transformation, 70 millions d'euros seront investis dans l'innovation, sur trois ans, autour de deux axes : l’amélioration de la performance de ses métiers existants et la création de nouveaux services. Cinq pôles d'innovation décentralisés ont été définis : Helsinki en Finlande, Pasadena en Californie, Hilversum aux Pays-Bas, Aix-en-Provence et Paris en France. "Chacun travaille ainsi dans des écosystèmes différents. Quand on opère dans les campus d'Apple et de Yahoo! dans la Silicon Valley, forcément, on a une vision différente de celle de Paris" explique Yann Leriche. La stratégie d'innovation repose aussi sur l'"indulgence" : "on se donne le droit à l'échec : si on n'échoue pas assez, c'est sans doute qu'on n'innove pas assez".

A Paris, la Transdev Innovation Factory est dirigée depuis août 2015 par un employé de longue date du groupe, venant de Californie : Rahul Kumar. Il a en charge l'incubation de projets de rupture, au sein d'"un espace spécifique où les méthodes de management ressemblent à celles des start-up, où " le droit à l'erreur est encore plus fort."

Le chantier de l'Open Data

L'un des premiers chantiers concerne l'ouverture des données. "Nous allons ouvrir l'ensemble de nos services via des API, pour donner accès à la fois à nos données et à nos services eux-mêmes." Aux Etats-Unis, par exemple, Ztrip, le système de réservation des limousines et shuttles gérés par Transdev va être ouvert à des tiers, pour permettre la réservation partout, y compris hors de l'écosystème Transdev. "Nous voulons donner à tous ceux qui le souhaitent la possibilité d'intégrer nos services, et intégrer aussi les services des autres. Le risque, c'est que demain, un acteur crée un écosystème fermé et bloque toute innovation" détaille Nicolas Samsoen. Une pique en direction de la RATP et de la SNCF, courtisées depuis près d'un an par Transdev, sans succès.

"Si en 9 mois, nous n'avons pas avancé plus que ça avec la SNCF et la RATP, c'est parce qu'on est dans une logique d'ouverture pure. Nous avons donc décidé de travailler avec des gens qui ont vraiment envie de faire de l'Open Data, comme la Fabrique des Mobilités", un programme d'accélération qui regroupe, notamment, Michelin, Total, Engie, Vinci ou Orange. Sur le sujet de l'Open Data, la loi Macron impose aux opérateurs de transport l'ouverture de leurs données... mais n'en détaille pas les modalités. Or, "le problème des données, quand elles existent, c'est qu'elles sont dans des formats disparates. Il y a encore beaucoup de travail à faire sur la standardisation."

Vers de nouveaux métiers

Dans cette activité d'agrégation et de traitement de données, Transdev s'appuie sur sa filiale Cityway, qui édite notamment le service d'information multimodal Optimod' à Lyon. Une expertise qui a ensuite permis au groupe de décrocher un contrat pour une application du même type à Toronto. L'innovation devient ainsi un moyen de se différencier dans les appels d'offres auprès des collectivités locales autrement que par le prix. Citeway a aussi conçu l'application Fleetme, un système de covoiturage dynamique opéré par la start-up La Roue Verte, en test à Grenoble et Avignon. "Le service est totalement intégré au système de transport public, c'est un complément, plus qu'un concurrent" estime Nicolas Samsoen.

Cette incursion dans le covoiturage n'est pas la seule collaboration de Transdev avec des start-up. A Washington, le groupe a lancé un nouveau service de taxi partagé, reposant sur des algorithmes d'optimisation d'itinéraire développés par la start-up Finlandaise Alejo, acquise en novembre 2014. "Ce projet a été conçu en mode start-up, au sein d'une filiale à part, dans laquelle les fondateurs d'Alejo ont des parts. Au bout de quatre mois, nous enregistrons 2 000 courses par semaine, avec 50 chauffeurs." Le plan d'expansion du service a été accéléré et le groupe décidera à la fin de l'année de l'étendre, ou non, à d'autres villes.

Des partenaires de tous types

A travers le monde, le groupe travaille avec des partenaires de toutes tailles : Salesforce pour le CRM, Colorado (l'agence de Nespresso) pour l'expérience client, Actoll pour le paiement sans contact expérimenté à Grenoble, le Master entrepreneuriat de Polytechnique pour la co-création de services innovants, les collectivités locales,... Le programme Op'tion, développé avec les départements achats cherche à sortir du modèle classique des appels d'offre. "Beaucoup de sociétés font des choses intéressantes, mais ne viennent pas nous voir. Plutôt que de passer des commandes, on a décidé d'expliquer nos métiers et de demander aux gens ce qu'ils peuvent nous apporter." Pour identifier les partenaires potentiels, Transdev peut aussi s'appuyer en France sur la BPI, qui partage un actionnaire commun, la Caisse des Dépôts.

L'interne n'est pas non plus oublié dans ce processus de transformation : les 83 000 employés sont invités à partager leurs idées dans l'"InnovBox" ou via le réseau Yammer. A Reims, par exemple, l'application d'une des suggestions a permis de réduire les contrôles de 35%, tout en verbalisant 20% de fraudeurs en plus... Au niveau mondial, le programme InnovBoost centralise les projets innovants de l'interne. 20% des dossiers présentés proviennent du siège, 40% de France et 40% de l'étranger.

Transdev avance et expérimente donc tout azimut, à la recherche des modèles économiques de demain. Pour ses dirigeants, sept critères feront la réussite de la "MAAS" - pour "Mobilité As A Service", une terminologie inspirée du cloud computing. "Le service proposé doit être à la fois porte-à-porte, sans couture, individualisé, sûr, solidaire, écologique, abordable et agréable" explique Nicolas Samsoen, qui précise : "abordable ne veut pas dire low cost ou pas cher : c'est un modèle économique à inventer, pour faire en sorte que l'argent que nous mettons aujourd'hui dans nos voitures se déplace vers les nouveaux modes de mobilité." Et Jean-Marc Janaillac de citer l'exemple de l'expérimentation Ubigo à Malmö, en Suède, avec un service proposant d'abandonner sa voiture en échange d'une offre de transport multimodal, allant jusqu'à offrir le taxi en cas de retard de train. "Les gens sont prêts à payer si on leur offre un vrai service intégré."

Benoit Zante

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