Newsletter du Lundi
14/09/20

Paru le

#Digiworld Summit : Opérateur télécom cherche business model

Qui ?
Leo Apotheker, ex-PDG de SAP et HP (en photo), Stéphane Richard, PDG d'Orange, Stéphane Roussel, PDG de SFR, Hans Carsten Schloter, PDG de Swisscom, Terry Denson, VP Global Strategy de Verizon, Anne Bouverot, directrice générale de la GSMA, Nicolas Cote-Colisson, responsable télécom chez HSBC, François Barraut, le président du conseil d'administration de l'IDATE et Yves Gassaut, PDG de l'IDATE.

Quoi ?
Deux jours au Digiworld Summit organisé par l'Idate, qui se tenait à Montpellier les 14 et 15 novembre dernier. Pour sa 34e édition, le Digiworld Summit réunissait opérateurs télécom, équipementiers et producteurs et diffuseurs de contenus (chaînes TV, VOD, jeux vidéo...). "Nous comptons 39 membres et souhaitons en accueillir 11 de plus - sur invitation uniquement - avec l'ambition d'être le think tank européen référent internationalement sur le sujet" explique François Barraut, le président du conseil d'administration de l'IDATE.

Comment ?
Premier keynote speaker à la tribune, Leo Apotheker plante le décor : "tout ce qui a été pensé pour le monde analogique doit changer" avertit-il. Autrement dit, en pleine tempête, le secteur des télécoms doit se trouver un nouveau modèle économique. Le principal challenge : absorber l'explosion des usages des données, poussée par l'insatiable appétit des consommateurs pour les usages vidéos et mobile, ainsi que par la multiplication des terminaux connectés. Le phénomène n'en est à qu'à ses prémices : 15 milliards d'objets devraient être connectés d'ici 2016.

Les opérateurs se trouvent de plus en plus réduits à un simple rôle de tuyau et souffrent, en vrac, du manque de stabilité législative, de la fiscalité, de la politique anti-concentration de l'Union Européenne, de la course au low cost et à l'illimité, de la saturation de leurs réseaux par les services "over the top" (OTT) qui captent toute la valeur, et ainsi de suite. Résultat : les marges sont en berne, les capitalisations boursières fondent, les caisses se vident et il est de plus en plus difficile d'investir pour innover, voir même juste pour maintenir la qualité du service. Pour mieux enfoncer le clou, la veille de l'ouverture de Digiworld, Vodafone annonce pour la première fois un chiffres d'affaires en baisse, miné par la crise européenne : en quelques mois, 800 000 Espagnols et Italiens ont abandonné leurs forfaits chez l'opérateur. Le 15 novembre, même son de cloche chez Bouygues sur le marché Français, qui lui souffre de l'arrivée de Free : il regagne des clients, certes, mais ses marges fondent.

Au défilé des pleureuses, Stéphane Richard, le patron d'Orange, décroche la palme d'or : après une longue litanie de griefs, il appelle à une "remise en cause profonde de la vieille politique industrielle européenne, qui donne la priorité systématiquement aux consommateurs." Stéphane Roussel, le nouveau PDG de SFR est plus mesuré : sur 10 minutes de discours, 5 sont pessimistes ("réalistes") et 5 se veulent optimistes. Parmi les raisons d'espérer, la maturité des clients, de plus en plus sensibles à la qualité du réseau. Avec les smartphones, les consommateurs se montrent plus exigeants et une partie d'entre eux seraient prêts à payer davantage pour un meilleur service. SFR est le premier à lancer la 4G, à Montpellier et Lyon d'ici à fin décembre 2012, puis à Marseille, Strasbourg, Lille et Toulouse au premier trimestre 2013. Orange lui emboîtera le pas début 2013, après son premier test à Marseille. "Si on fait cet investissement, c'est que, évidemment, il y a un espoir. Le forfait ne peut pas se vendre à 10 à 20 euros. Il existe un vrai segment de clients prêts à payer pour cela " commente Stéphane Roussel.

Au fil des interventions, l'investissement dans le réseau apparaît comme l'élément clé de différenciation pour les opérateurs. Pourtant, "il y a une déconnexion entre les volumes d'investissements nécessaires pour les réseaux et l'incapacité à en tirer un profit" explique Anne Bouverot. "Qui voudrait investir sur un cube de glaçon en train de fondre ?" résume Nicolas Cote-Colisson, d'HSBC. "Ces dernières années, les régulateurs ont transféré la valeur des acteurs historiques vers les nouveaux venus. Quand la législation évoluera, les investisseurs seront plus qu'heureux d'investir dans le secteur pour développer les réseaux." Avec les réseaux de nouvelle génération, viendront les services, nouvelles sources de revenus pour les opérateurs : "mais les services seront avant tout la clé du portefeuille, pas le portefeuille. Ce sont les services qui vont permettre aux opérateurs de vendre des tuyaux et des accès et de dégager de la valeur. Leurs revenus additionnels ne seront que la cerise sur le gâteau."

Dans ce paysage morose, Swisscom en Suisse et Verizon aux Etats-Unis font figure d'exceptions. Hans Carsten Schloter, le PDG de Swisscom a fait rêver l'auditoire avec le détail de ses nouvelles offres mobiles, proposant des prix différenciés en fonction de la rapidité du débit proposé. "En un peu plus de 5 mois, 12% de la population suisse a adopté ces offres", explique-t-il. A son avantage, Swisscom est présent sur un marché épargné par la crise où il bénéficie de plus de 50% de part de marché. Le marché américain fait lui aussi figure de paradis pour les Telcos, avec 4 opérateurs là où l'Europe en compte une centaine. Verizon s'en sort le mieux. Terry Denson explique ce succès par les efforts d'investissements dans les réseaux de nouvelle génération (LTE/4G, Fibre très haut débit) entamés depuis plusieurs années, au moment où les concurrents se contentaient d'optimiser leurs réseaux sans les repenser en profondeur. Autre innovation, marketing cette fois-ci : au sein d'une offre unique, les clients de Verizon peuvent ajouter un, deux ou trois terminaux, PC, mobile ou tablette.

Certes, les marchés Suisses et Américains sont particuliers, mais voilà de quoi donner des idées. L'arrivée de la 4G mobile va permettre aux opérateurs d'augmenter leurs prix tout en proposant des offres différenciées selon la performance du réseau. Deux autres pistes se détachent : en appeler au régulateur pour obtenir des conditions plus favorables (fiscales, réglementaires ou en ouvrant la voix à des opérations de concentration) ou faire payer les services OTT pour les débits consommés. Sur ce dernier sujet, Orange, frôlant la schizophrénie, prend régulièrement l'opinion publique à partie, tout en passant discrètement des accords avec Google (négociation de contreparties financières, collaboration sur une version d'Android plus respectueuse des réseaux) et en devenant lui-même un acteur de l'OTT avec Dailymotion ou Deezer. Devra-t-il, suivant sa logique, payer Free, SFR et Bouygues pour l'usage de leur bande passante ? Free, de son coté, a opté pour le bras de fer, en bridant Youtube pour faire du consommateur l'arbitre de cette guerre des réseaux.

Benoit Zante

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