Cette ETI fondée en 1903 en est déjà à sa 2e révolution numérique…

Jean Marc Lohier

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Qui ?
Jean-Marc Lohier, Responsable développement et intégration Logiciels du groupe Jouve.

Quoi ?
Le récit en quatre étapes d'une double transformation digitale : celle de Jouve, une imprimerie fondée en 1903, devenue un exemple de la mutation d'une entreprise industrielle vers un modèle de service.

Comment ?

1/ Une réinvention de son métier dès le milieu des années 80

Jouve fait partie de ces ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) discrètes mais très actives sur le front de la transformation numérique. Avec plus de 2 000 salariés, cette imprimerie fondée à Mayenne au début du XXe siècle par un poète en mal d'éditeur a bien changé. Au milieu des années 80, l'entreprise a connu sa première transformation "numérique", avec le Minitel et le CD-Rom. A l'époque, Jouve repense son métier pour dépasser le papier : son activité n'est pas l'impression, mais le traitement des données et des contenus, sous toutes ses formes.

Le groupe se tourne ainsi vers la dématérialisation, pour proposer à ses clients des solutions de numérisation, d'archivage ou de conversion de documents, tout en soutenant la transformation de son activité traditionnelle. "L'actionnariat, familial et de longue date, laisse beaucoup d'autonomie. Cela permet de parier sur l'avenir tout en soutenant les activités plus compliquées" explique Jean-Marc Lohier. A l'époque, Jouve se dote ainsi d'une SSII interne, Jouve IS Solutions, qui compte aujourd'hui 200 personnes.

2/ Un mix de transformation et d'acquisitions

L'entreprise aborde désormais sa seconde révolution numérique, avec la digitalisation de son activité. Elle est devenue l'un des leaders du livre numérique, en proposant des solutions pour transposer des contenus papiers sur le numérique, et inversement. Avec un objectif : "suivre tout le cycle de vie de l'information." En janvier 2015, Jouve a même racheté une agence : Pure Agency, un pionnier du marketing mobile, pour l'intégrer à Jouve IT Solutions.

Alors que Jouve IT compte 50% de clients du secteur public, l'intégration de Pure Agency a permis de diversifier le portefeuille client, avec des références comme Darty, CDiscount ou AccorHotels. "Ils ont plutôt un savoir-faire dans des domaines comme le retail et le tourisme : notre complémentarité permet d'apporter des réponses communes, sur des projets mettant en relations nos deux activités, la création et la technique."

3/ L'innovation comme moteur de la transformation

Une évolution du groupe vers des services BtoC a un temps été évoquée, mais elle n'a pas été concrétisée : "l'idée est plutôt d'extraire certains de nos process internes pour les proposer à nos clients, de sortir des technologies de l'industrie." Exemple avec Jouve Mobile Capture, un service qui peut être embarqué dans des applications mobile pour faciliter les processus d'inscription en ligne, en dématérialisant les pièces administratives. Jouve préfère laisser la relation avec le grand public à ses clients, comme Lulu.com, un site d'auto-édition proposant l'impression de livres à la demande. "Ils n'ont pas du tout d'outil industriel, mais possèdent la capacité marketing pour faire vivre leur site, ce que nous, nous n'avons pas."

Pour innover, l'entreprise s'appuie donc avant tout sur ses clients : "en R&D, nous travaillons toujours sur des usages qui peuvent aboutir rapidement à un pilote chez un de nos clients actuels. Cela permet d'alimenter la conversation avec eux." Une cellule R&D transverse a été constitué, mais chaque patron de Business Unit reste responsable de l'innovation dans son domaine. "Nous sommes attentifs aux domaines qui nous entourent, comme le papier électronique ou la réalité augmentée et nous menons une veille sur ces sujets. Pour une ETI, il est assez compliqué de repérer les start-up intéressantes, car cela peut coûter assez cher. Mais une fois identifié, on arrive à bien parler et à faire des choses : les écarts avec les start-up ne sont pas si importants que cela."

4/ Le défi du recrutement de nouveaux profils

Outre l'acquisition de Pure Agency, qui a permis d'intégrer une trentaine de nouveaux profils, le groupe se dote aussi progressivement de nouvelles compétences : directeurs artistiques, ergonomes, experts du marketing,... "C'est un véritable enjeu RH : pour une ETI, surtout BtoB, il est difficile d'attirer les talents. Mais dès qu'on les rencontre et leur explique nos métiers, ils comprennent." Jean-Marc Lohier interviendra d'ailleurs prochainement à Polytechnique, avec un objectif : montrer que les ETI peuvent être aussi sexy que les grands noms du CAC ou du NASDAQ.

Benoit Zante

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