Newsletter du Lundi
08/07/19

Paru le

SXSW 2018 : pour la tech, les choses sérieuses commencent

Qui ?
Henri Jeantet, co-fondateur du cabinet de conseil en innovation unknowns.

Quoi ?
[Article partenaire] Le point sur les grands enjeux du festival SXSW 2018, où se rendaient à nouveau les équipes d'unknows.

Comment ?

On avait quitté Austin il y a un an, sous la pluie et en plein doute, on l’a retrouvée cette année sous le soleil et bien assagie. Comme un lendemain de fête, quand la réalité nous rattrape, et qu’il faut prendre ses responsabilités. Facebook, Trump et la Russie sont dans toutes les têtes, comme la preuve que le monde enchanté de la Silicon Valley fait partie du vrai monde, et qu’on peut lui demander de rendre des comptes. Les choses sérieuses commencent, et l'ambiance s’en ressent : pas de fausses manifestations, moins de stunts de start-ups, moins de promesses et de certitudes. Mais du sérieux, et un peu de trouille.

L'optimisme historique du secteur de la Tech américaine (faire d’abord, se poser des questions ensuite) commence à se fissurer. Pour Margaret Stewart, VP of Product Design chez Facebook, cet optimisme doit être tempéré pour prendre en compte les (mis)Use cases, ces usages malveillants des produits. Car ils sont de la responsabilité de ceux qui les conçoivent. Une vision bien éloignée de celle de plateforme neutre, défendue ardemment par Zuckerberg lui-même. La responsabilité des designers et des développeurs est un sujet central du SXSW, cette année, à en juger par le nombre de conférences abordant le sujet.

La question de la responsabilité émerge, parce que les promesses d'hier se sont concrétisées, et que les premiers retours d’expérience sont là : fragilisation de la démocratie par les réseaux sociaux et les ingérences russes, début de la dislocation sociale résultant de l’automatisation massive, conséquences psychologiques de notre addiction aux smartphones et aux réseaux sociaux, monopoles des GAFAs et de leurs homologues chinois, etc. Les conséquences de la révolution numérique ne sont plus les fantasmes de cassandres, mais des réalités tangibles et mesurables, et qui font peur.

Cette injonction à la responsabilité vient aussi d’une forme de vertige qui saisit de nombreux acteurs et observateurs de la technologie. Pour un certain nombre de sujets, les promesses font place à la mise en œuvre. L’IA en tête cristallise les angoisses de nombreux intervenants et en particulier de l’invité surprise de l’année, Elon Musk, qui voit dans l’intelligence artificielle la cause de la troisième guerre mondiale, et la raison de notre exode sur Mars (Ah, et au fait, le lancement de sa première fusée vers Mars aura lieu en 2019). Que faire de l’IA ? Comment la concevoir,  l’entraîner,  designer ses interfaces ? L’heure n’est plus aux promesses, mais aux mains dans le cambouis.

En revanche, tant que les usages restent lointains et les promesses abstraites, rien ne change : pas question de retenir son ambition, ni son optimisme, ni sa confiance dans l’auto-régulation. Dean Kamen, inventeur frénétique, lance ainsi son programme de production d’organes humains, ARMI, qui vise à faire pousser des pièces de rechange pour notre corps à partir de cellules souches. Un projet enthousiasmant, bien sûr, mais qui interroge sur le rapport au corps, sa consumérisation voire sa nature même. A l’ancienne, on fonce, pour les questions éthiques, on verra après.

Entre la peur et le rêve irresponsable, il s’agit bien de trouver des moyens de prendre cette responsabilité, de penser et construire des produits différemment. Et là revient le vertige, face à la complexité de penser un produit dans l’ensemble de ses composantes, y compris ses impacts potentiels. La tentation est forte de se défausser sur la régulation ou la responsabilité individuelle. Certains, pourtant, assument leur responsabilité et commencent à faire émerger un nouveau pragmatisme humaniste, qui fait de la lucidité une condition de l’optimisme.

Pour Mike Cartwright, CTO chez Digital Town, nous n’avons jamais autant eu les moyens de rendre la technologie "evilproof". Ainsi, Digital Town s’appuie sur la blockchain peut créer une monnaie  qui ne peut se dépenser que localement, une réponse à l’extraction de valeur des géants comme Uber ou Airbnb.

Pour le brillant designer Josh Clark, fondateur de Big Medium, à l'inverse, il ne faut surtout pas faire confiance aux technologies, mais les forcer à construire le monde que nous désirons. A l'opposée des techno-suprémacistes qui voient dans la machine une façon de mettre l’homme au pas, il prône une approche humaniste et volontariste : puisque les intelligences s'entraînent sur des données historiques et donc biaisées par le monde actuel, il s’agit de choisir dès aujourd'hui les biais que nous voulons donner aux IA, afin qu’elles construisent un monde meilleur, et non une caricature du nôtre.

C’est maintenant que se décide notre futur, et ni la peur ni le déni n’offrent de solutions. En remettant l'humanisme au cœur de nos ambitions, avec lucidité et responsabilité, la technologie pourra tenir toutes ses promesses.

Henri Jeantet

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