Newsletter du Lundi
16/09/19

Paru le

La Russie ajoute la réalité virtuelle à ses outils de propagande

Qui ?
Marina Kosareva, journaliste pour RT, et Eduard Chizhikov, Head of RT360.

Quoi ?
Les premiers retours d'expérience du journalisme augmenté grâce à la réalité virtuelle, présentés lors du MipTV 2017.

Comment ?

Depuis un an, RT, le média international de l'Etat russe, a décidé de produire massivement du contenu en réalité virtuelle et des vidéos à 360°. "Nous avons plus de 100 vidéos à l'heure actuelle, pour 21 millions de vues : nous sommes probablement n°1 de ce marché" estime ainsi Eduard Chizhikov. Ces contenus sont diffusés sur une multitude de plateformes et d'applications, dans plusieurs langues, et pas uniquement pour les casques de réalité virtuelle. Youtube et Facebook hébergent tous deux des vidéos 360, visibles sur PC et sur son site, RT propose aussi des reportages mixant vidéos traditionnelles et scènes à 360°.

"Avec la réalité virtuelle, on évite la distraction et le multi-tasking, le spectateur est totalement dans le film, il n'est pas distrait par d'autres écrans" explique Eduard Chizhikov. Le taux d'adoption des casques de réalité virtuelle est encore faible : RT propose donc de regarder la plupart des reportages à la carte : "flat", en 360 ou en immersion.

S'ils se développent de plus en plus à mesure que la chaîne gagne en expérience, ces reportages restent techniquement complexes à produire. "Pour quelques minutes de vidéo, on peut passer jusqu'à 4 mois pour les projets les plus ambitieux, ça prend beaucoup de temps". C'est le cas notamment du projet "Space 360", filmé au cœur de la Station spatiale internationale.

L'objectif principal de ces investissements est de produire des "outils pédagogiques", en immergeant totalement le spectateur dans l'action. Et tant pis si les  sujets sont un brin orientés : si l'on en croit le portail 360 de la chaîne, l'Europe est à feu et à sang, entre manifestations violentes, scènes de "guérilla urbaine," attentats terrorismes et incendies de camps de migrants... Alors que la Russie brille avant tout par ses technologies spatiales et militaires. Tout est question de point de vue.

Malgré ces biais, le retour d'expérience de ce pionnier de la réalité virtuelle interpelle : cet acteur a aujourd'hui le monopole de ce type de contenus. La reporter Marina Kosareva est ainsi à l'origine d'un reportage de 5 minutes 40 aux Philippines, "Interviewing Duterte & traveling across Philippines", filmé avec une petite caméra 360, en forme de sphère. "C'est un appareil très facile à intégrer dans un reportage : il s'agit d'une balle que l'on pose au sol et les gens finissent par l'oublier. Mais c'est un objet si petit et si cher que l'on a parfois du mal à se dire qu'on va le laisser au milieu de la scène, avant d'aller se cacher." D'autant plus lorsque Marina Kosareva et ses équipes filment les prisons ou les bidonvilles de Manille... Pour ces scènes, elle s'est faite accompagner de militaires.

Les caméras 360 ne sont pas les seuls éléments de l'arsenal technologique de la journaliste. "On peut aussi combiner les drones et la caméra 360 . Mais ensuite, c'est extrêmement complexe à monter. L'idéal est de s'en servir comme des bande-annonces, avant la diffusion du reportage en entier" estime-t-elle. Elle met en aussi avant l'un des intérêts de ces nouvelles technologies de tournage pour les journalistes : "le sujet est beaucoup plus naturel : ce n'est pas pareil que lorsque vous arrivez avec un trépied et une grosse caméra. Les gens ont tendance à oublier qu'ils sont filmés, c'est l'un des gros avantages du  360°".

Si la journaliste avoue finalement préférer les tournages traditionnels, elle reconnaît que la VR est une évolution inévitable. "Le docu-réalité est de plus en plus populaire et c'est encore plus intéressant à 360°, notamment pour parler aux nouvelles générations. Il y a encore plein de choses que l'on peut faire avec, dont on n'a pas encore idée."

Benoit Zante

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