Newsletter du Lundi
18/10/21

Paru dans la newsletter du

En plongée, 20 000 lieues sous les metaverses

Qui ?
Frédéric Josue, dirigeant de 18M.io.

Quoi ? 
Un papier qui s'interroge sur l'accélération soudaine des metaverse, 30 ans après le livre Snow Crash, qui les annonçait.

Comment ? 
En matière d’impact des technologies à long terme, on sait toujours à quoi s’attendre. Tout est une question de source… et d’intérêt. Là, on parle de Metaverse, imaginé en 1992 soit il y a près de 30 ans dans le livre Snow Crash. Nous connaissions le web graphique 2D de Tim Berners Lee, créé la même année, nous voici maintenant dans un internet spatial qui devrait voir le jour dans 5 ans, selon Zuck. 

Pourquoi cette accélération soudaine ? Parce que la firme californienne doit changer son image. Les Facebook Files du Wall Street Journal  ne font qu'accroître la pression à changer d'univers. Facebook promeut le metaverse tout azimut pour faire oublier qui elle est.   “As long as you can make technology seem fresh and new and cool, you can avoid regulation,” explique ainsi  Joan Donovan research director of the Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy at Harvard University au Post.

Le metaverse, le web spatial c’est quoi ? A la hache, on s’accroche… le web spatial ou Web3 est un mix d’intelligence artificielle, de data mining, de machine learning et de recherche en langage naturel. Il comprend l'AR, la VR, les objets connectés dont les smartphones, les smart glasses et autres casques immersifs, les capteurs autonomes et surtout l'informatique décentralisée sous protocole blockchain.

Pour comprendre la notion de metaverse, il faut se replonger dans Convergence Culture de Henry Jenkins, et The Art of Immersion de Frank Rose.

Le metaverse fluidifie les barrières entre monde physique et monde virtuel. Il unifie, grâce à la technologie, l’ensemble des espaces, c'est une sorte de grand baptême version tech une immersion globale (tous types d’éléments), et totale (tout est connecté et donc atteignable, voire monétisable).Dans ses strates, on peut creuser, creuser, un sujet, une topographie, un corpus de données, il y a toujours de la matière, à l’image des fractales et ça c’est F.Rose qui l’explique.

 Ainsi, dans une app de cartographie type Googlemap, vous naviguez en 3D dans la ville, accédez aux sous-sols et étages des bâtiments, vous pouvez même franchir la ligne de Kármán (si si). Ajoutez à cela la VR et vous pouvez aller dans Yellowstone pour une course à pieds alors que vous n’y avez jamais mis les pieds. Ajoutez une couche supplémentaire de mondes en CGI Computer Generated Image, créés ex-nihilo par les géants du jeux vidéos, producteurs d’algorithmes à créer de l’addiction qui font flipper les chinois , et dont les départements éthiques font autant pour les enfants, qu’Instagram pour les jeunes adolescents comme nous le rappelle le Wall Street Journal...

Là où Convergence de Jenkins parlait de contenus et d’interactions sociales élémentaires, aujourd’hui, il s'agit d’un véritable monde transactionnel - avec des sous. Ce qui fait ainsi la force et l’intérêt de ces mondes physico digitaux, c’est la façon dont ils sont connectés au monde tangible, et son économie réelle, l'augmentant, par l’adjonction d’une économie virtuelle alimentée aux tokens (les cryptomonnaies). 

Cette connexion espace physique et digital se fait grâce à l’Internet des Objets (IoT), ses capteurs, ces contrôleurs, et  aux smartphones. 2 milliards d’objets connectés et interconnectés (bientôt grâce à la 5G, c’est sa vocation) se vendent ainsi chaque année dans le monde.

Une illustration de cette immersion dataminé ? Ant Forest de Alipay/baba. Grâce à l’IoT, l’app monitore l’intégralité des bonnes actions effectuées en faveur du développement durable au cours d’une journée au cœur de la ville connectée: utiliser un vélo, prendre l’escalier, préférer une facture électronique. Chaque bonne action  est   valorisée grâce à des coins, un instrument financier associé à une utilité (utility token) qui donnent ensuite lieu à la plantation d’un arbre,  et alimente votre crédit social. On le sait depuis Black Mirror,  le social crédit peut être discriminatoire

 Cette connexion globale va ainsi encore plus loin grâce aux crypto-monnaies qui unifient ces mondes en leur apportant une cohérence économique. Ces monnaies devraient être la norme des moyens de paiement dans une décennie. Le Salavador vient d'ailleurs  d'annoncer qu'elle choisit le bitcoin comme monnaie nationale. C’est bien toute l’idée de FB mais également d' Epic Games avec Fortnite, créer un monde fermé, connecté au monde physique qui bat sa propre monnaie, un peu comme le collier à boules du ClubMed, inventé en 1957 par Jean-Pierre Bécret. 

Le maillon faible de l’économie réelle, basée sur la monnaie fiduciaire (les billets et les pièces de monnaie), est la fraude, relative aux produits vendus (scam) comme aux transactions (du fait d’une l’unicité des registres comptables). On ajoutera la non solvabilité comme autre souci majeur. 

Sur les réseaux digitaux, à fortiori sur les metaverses, exit la Fiat monnaie, cette monnaie émise et contrôlée par les banques centrales et les gouvernements. On utilise des crypto-monnaies, produites et distribuées grâce au « mining », contrôlée par aucune autorité centrale et qui permet  une traçabilité des transactions, exit donc la fraude. Le FBI s'ennuie déjà…Sur cette base, le moyen de paiement du metaverse devient notamment le NFT pour Non Fungible Token, basé sur un protocole blockchain. C’est un type spécial de jeton cryptographique qui représente un objet numérique tel une image, une vidéo, un fichier audio, auquel est rattaché une identité numérique qui est reliée à un ou parfois plusieurs propriétaires. Grâce à ce jeton, les actifs sur les réseaux digitaux appartiennent aux usagers, ils sont inaliénables, infalsifiables. Associé aux crypto-monnaies, au cœur des metaverses, les transactions entre pairs sont sécurisées, la non solvabilité étant écartée de façon décentralisée (registres multiples).

Prenez l’exemple des Blockchain Games tels Axie Infinity du studio vietnamien Sky Mavis. Ce sont des play to earn games, où les joueurs gagnent des actifs, ici des crypto-monnaies ou des NFT, transférables dans le monde réel. Ces NFT appartiennent ensuite aux joueurs, et plus à l’éditeur de jeu. Concrètement,  je détiens des Axie (« monnaie du jeu » que j’ai acheté dans le jeu auprès des breeders, littéralement des éleveurs, qui fixent leur prix en fonction de l'offre et de la demande -entre 400 et 1000 US$), je joue une partie et si je suis vainqueur, alors je suis rémunéré en SOP token (une cryptomonnaie) que je peux insérer dans mon porte-monnaie électronique. Ensuite, si je le souhaite, je peux faire des achats dans le jeu en achetant des NFT (eg. skins dans Fornite, des épées, ou ici dans Axie des personnages spéciaux), mais je peux également transformer cette monnaie en Ethereum ou en monnaie fiduciaire à l’extérieur du jeu. Ainsi, ces tokens ou ces NFT peuvent être échangés dans le monde physique avec des individus en chair et en os. Le jeu appartient aux plus de 1 million de joueurs quotidiens. Il est totalement décentralisé. On ajoutera que le salaire moyen d’un philippin est de 200 US$ et que sur Axie Infinity des centaines de milliers de gens gagnent en moyenne 500 à 1000 $. On prend la mesure de la création de valeur monde physique - monde virtuel.
Plus près de nous, la dernière levée des vignettes panini de footballer, vendues en NFT Sorare (voir cet article), confirme que la finance elle aussi se met à aimer ces nouvelles frontières. 

Avec ces univers, les marques ne sont pas en reste, en témoigne l’opération de Stella Artois première marque FMCG a pénétrer le metaverse en juin dernier en partenariat avec la plateforme de jeu blockchain gaming Zed Run. La marque a mis au enchères 50 skins digitaux pour une compétition de course de chevaux virtuels.

Pour le lancement de son parfum Phantom, Paco Rabanne fait de même et célèbre l'avenir avec une expérience immersive dans un vaisseau spatial. Celui-ci atterrit dans les Spitalfields de Londres et permet de découvrir "The future of fragrance" et une exposition d'artistes digitaux (voir ci-dessous). Développé avec une couche de neurosciences, le parfum est emballé dans une bouteille en forme de robot argentée dotée d'une puce NFC qui se connecte aux smartphones.

L'interopérabilité de ces metaverses fascine. Dans une salle de sport aux machines connectée, je gagne des tokens en remportant des challenges (courses, combats…) et je peux ensuite cash-out (prendre mes sous) ou redeem (me faire rembourser), soit en achetant du matériel sportif à la boutique, soit en ayant une bonification sur mon abonnement, soit en gagnant des assets dans un autre espace digital (service d’OTT Entertainment tel Amazon Prime, retail tel Aliexpress…) que je visite virtuellement (grâce à des lunettes AR ou mon smartphone) ou de retour à la maison (je visionne un film et les bonus qui m’ont été offerts par Canal+, qui est partenaire de ma salle de sport).

Se pose maintenant la question des codes et règles, voire du système de valeur des metaverses. Les adolescents qui font connaissance dans le monde digital ne savent plus se parler dans le monde physique, comme nous l’explique Philippe Delmas au micro d’Étienne Klein. Se pose la question de la définition de ce système de valeur qui soit de façon systémique : inclusif, fraternel et équitable. Sur ce dernier point, nous ne pourrons pas compter sur les tech companies.

Si le near future est simple à prédire, il est plus difficile de s’y préparer. Même problématiques avec les silent killer en médecine, on n’a peine à s’en préoccuper. Les metaverses seront notre quotidien dans 10 à 15 ans, au sens où ils forgeront ce quotidien, avec leurs outils et leur grammaire. Les acteurs du tourisme , du secteur financier , de la com en ont-ils pris la mesure ?  Et les politiques ? Non, car comme évoqué plus haut : cloud, machine learning, IoT, VR/AR et autres crypto monnaies, sont toutes maîtrisées par les États Unis qui concentrent plus de 75% des investissements dans les technologies profondes (deep tech). Si nous avons d’ores et déjà perdu la partie technologique de ces futures espaces, saurons nous en définir les règles éthiques… Comme le dirait Lacan, la réponse est dans la question.

Frédéric Josue 

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