Newsletter du Lundi
24/06/19

Paru dans la newsletter du

Quand Facebook bat sa propre monnaie, que reste-t-il aux Etats ?

Qui ?

Fortnite, Facebook, mais aussi Margrethe Vestager et Elisabeth Warren, mais encore Fabien Aufrechter ou le DJ Marshmello (en photo).

Quoi ?

Une réflexion sur les "metaverses", ces univers virtuels autosuffisants, à l'heure où Facebook s'apprête à battre sa propre monnaie.

Comment ?

33,9 % des utilisateurs de WeChat passent plus de 4h par jour sur l’un des 580.000 mini-programmes du meta-ecosystem… Des apps retail, santés, administratives, de loisir, éducatives qui se construisent par effet miroir de leurs besoins. Ce que les Chinois appellent le C2B, pour Consumer to Business. Un monde constitué qui compterait près de 1 milliard d’utilisateurs, organisé en une somme de liens d’interdépendance. L’intelligence artificielle vous y prend la main. Elle vous fait circuler au cœur de ce monde, et, grâce aux métadonnées qui tissent des liens entre les différents services, monétise votre parcours. Tencent Holdings, société mère de WeChat, est la première major mondiale du jeu vidéo, ne l’oublions pas.

Fortnite, avec ses 250 millions de joueurs est le jeu vidéo le plus populaire du monde. Détenu par la société Epic Games, 40 % appartiennent à Tencent Holdings. 20 % des joueurs américains passeraient plus de 16 heures par semaine sur le jeu. Un DJ du nom de Marshmello y a joué devant 10 millions de personnes en février dernier. Pour mieux maîtriser son développement, la société a créé son propre moteur de création de monde, laissant Unity3D et Unreal de côté. L’univers intègre chaque jour plus de services pour sa communauté : social, paiement, engagement des marques notamment autour de problématiques de développement durable etc... Et déjà 3 Mds$ de transactions ont été effectuées. Fortnite est tellement prégnant qu'il est seul dans la mire de Netflix qui a déclaré « Notre attention n'est pas portée sur Disney+, Amazon ou sur les autres. Nous sommes en compétition (et perdons bien plus) face à Fortnite  que face à HBO».

« L'utilité d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ceux qui l'utilisent », disait Metcalf. Repensez au Club Méditerranée ou à quelconque autre resort all inclusive. Vous pénétrez un univers, on fait en sorte que vous y restiez un maximum de temps et surtout que vous y consommiez. Facebook (Instagram, Whatsapp… Occulus VR soit 4,8 milliards d’utilisateurs) et sa crypto-monnaie participent de la même logique : « Quand un GAFA crée sa monnaie, ça lui permet non seulement de créer son monde mais surtout de l’imposer à ses partenaires et à ses utilisateurs. Au point de mettre les États devant le fait accompli et de leur imposer une réalité ingérable puisqu’impossible à appréhender avec leurs codes », explique  Fabien Aufrechter, Directeur d’Havas Blockchain. Code is law nous dit Fabien, ces mondes s’imposent par leurs fondements systémiques, qu’ils soient technologiques, constitutionnels, éthiques ou commerciaux. Battre sa propre monnaie et faire en sorte que les utilisateurs consomment de façon endogène, sans hésiter parfois à créer des logiques communautaires exclusives. Le physique est une source d’inspiration.

La commissaire européenne Margrethe Vestager et la sénatrice américaine Elizabeth Warren réfléchissent donc à ces « quasi Etats constitués »,  les tech companies. Se pose la question de la société civile, du vote citoyen, de la santé mentale, du développement durable, des problématiques climatiques, de la libre concurrence et de la démocratie. Rien que ça.

Stendhal disait que les gens des villes avaient cette capacité à anticiper sur les événements de la vie, car ils lisent des romans. Les métaverses, Snow Crash de Stephenson ça vous dit quelque chose ? Des mondes virtuels en capacité de se régénérer, croître voire se dupliquer. Des mondes où une autorité centralisée bat sa propre monnaie. Où, grâce à l’intelligence artificielle, on anticipe vos besoins, vos envies. Des espaces où, grâce aux neurosciences, vous êtes enfermés dans des boucles addictives et votre attention est sans cesse stimulée, captée, devisée et monétisée... Des espaces agréables, expérientiels, gamifiés, où l’on exploite nos vulnérabilités, et l’on satisfaisait des besoins reptiliens, basiques. Des espaces où l’on vous renvoie à votre nature d’homo laborans (coucou Hannah Arendt)... Brute et animale.

La science-fiction, même si elle s’enferme dans un heroic fantasy un peu réac, nous a donné des clefs de compréhensions. Si le marketing se rapproche du storytelling, la politique ferait bien de s’inspirer des industries culturelles, appréhendées comme un grand ensemble allant du roman au film, en passant par le jeu vidéo.

Clément Labréa

 

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