Newsletter du Lundi
14/01/19

Paru le

F. Péchiodat, My Little Paris : « Ce sont les intuitions et non les business plans qui nous font avancer »

Qui ?
Fany Pechiodat, fondatrice de My Little Paris.

Quoi ? 
Une interview à propos des nouveaux projets du groupe My Little, et notamment l'application Mind.

Comment ? 

- Pourquoi lancer Mind, une application de méditation ?

Avant de lancer un nouveau projet, la seule question que l’on se pose, c’est “qu'est-ce qu'on a envie de faire ?” Ce sont les intuitions et non les business plans qui nous font avancer. L’idée de Mind est née il y a quelques mois : avec l’équipe, on avait la sensation que les réseaux sociaux et le mobile avaient empiété sur le temps de repos de nos cerveaux. On ressentait souvent en fin de journée un sentiment de surchauffe. On s’est donc mis à la méditation, en organisant des sessions au bureau. Mais ce n’était pas évident de trouver un endroit suffisamment calme et un horaire qui corresponde à tout le monde.

Avec deux professeurs, Martin Aylward et Fabrice Midal, on a donc cherché à développer une application qui s’intègre vraiment à la vie quotidienne, pour nous et nos lecteurs, avec des programmes de 10 minutes par jour, une sorte de gym de l’esprit à faire chez soi, dans les transports, en marchant pendant son temps de trajet pour aller au travail, ou avant de s’endormir. Pour l’impatiente que je suis, les débuts ont été difficiles, mais les premiers bénéfices se sont faits ressentir au bout de trois semaines.

- Quel est le lien entre la méditation et vos autres activités, média et e-commerce ?

Nous aimons explorer de nouveaux territoires, en lançant ce que nous appelons des “start-up dans la start-up”, comme l’application Mind, qui bénéficie de l'écosystème My Little Paris. Grâce au lien que nous avons créé au fil des années avec nos 3 millions d'abonnés, nous sommes capables d'identifier leurs préoccupations et aspirations. Ensuite, la puissance de nos médias nous permet de tester des choses, puis de faire connaître rapidement nos produits ou services à grande échelle.
Le point commun entre tous nos projets, c’est notre exécution. Une des clefs du succès de My Little Paris, c’est l’humain, le fait main, ce contact direct avec nos lectrices. Ce qui me passionne, c’est ce défi de mixer le côté "home made" à la technologie.

- Pour beaucoup, My Little Paris reste encore associé à la newsletter : quelle est la place du mobile dans votre activité ?

Après plusieurs tentatives, 2015 a marqué notre virage mobile : 40% de nos revenus publicitaires sont maintenant réalisés sur le mobile. C’est l’une de nos plus grandes satisfactions, car elle est le résultat d’un important changement culturel en interne. En trois ans, la communauté mobile est devenue la communauté numéro 1 de My Little, par le seul bouche à oreille. My Little App compte 1,2 million de téléchargements. Et puis le mobile, c’est aussi les réseaux sociaux, avec Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter et plus récemment Facebook Live, où nous expérimentons beaucoup.

- Ce virage mobile a-t-il été difficile à mener ?

Il a fallu passer d’une culture web à une culture mobile : chaque métier a dû se réinventer. L’équipe technique s’est transformée pour penser mobile, adopter une nouvelle culture et intégrer des nouveaux profils. Les équipes éditoriales ont fait évoluer leur ton, pour être plus court, plus incisif. Chaque texte doit être comme une allumette qu’on craque tous les matins. Car le plus difficile n’est pas de créer une application que les gens téléchargent, mais de créer du contenu addictif pour qu’ils y reviennent tous les jours. L’équipe commerciale a de son côté inventé de nouveaux formats. Tout comme la newsletter, le mobile touche à l’intime, mais on y tolère encore moins d’être dérangé. Une publicité intrusive n’est tout simplement pas possible, c’est donc un canal encore plus exigeant.

- Il y a deux ans, My Little a rejoint AuFéminin, un groupe international. A 100 personnes, comment faites-vous pour conserver votre état d’esprit start-up ?

Pour continuer à innover, nous avons une règle : chaque année, 15% du chiffre d’affaires doit être réalisé avec des activités qui n’existaient pas l’année précédente. Pour cela, tout est question d’environnement et de stimulation : très vite je me suis rendue compte que l’enjeu n’était plus tant d’être créative moi-même mais d’instaurer un environnement capable de booster la créativité des équipes. Il faut à la fois structurer la société pour gérer la croissance et être capable en même temps de tout bousculer régulièrement, c’est ce que j’appelle “organiser le chaos”.

- Que vous a apporté le rapprochement avec AuFéminin ? Où en êtes-vous de votre développement international ?

AuFéminin est une ancienne start-up, rachetée par un grand groupe de média, qui sait que pour que My Little donne tout son potentiel, il faut nous laisser notre indépendance sans toucher à notre culture et nos modes de fonctionnement. Donc très peu de choses ont changé. Mais AuFéminin, et plus généralement le groupe Axel Springer, ont été un accélérateur dans notre expansion internationale : après le Japon et la Grande-Bretagne, nous avons lancé My Little Box en Allemagne début 2016. Depuis quelques mois, tout s’accélère, notamment à Tokyo, où les Japonaises adorent la “parisian touch” de la marque.

- Comment voyez vous My Little dans 5 ans ?

Dans le numérique, cela n'a pas de sens de faire des business plans à long terme. La meilleure illustration est le succès de My Little Box, qui a été lancé sur un coup de tête, comme une expérience. Aujourd’hui cette activité représente plus de 50% de nos revenus. Ce qui compte avant tout, c'est la mission que vous attribuez à votre entreprise. Pour nous, c’est que le monde virtuel enrichisse le monde réel et pas l’inverse. Le digital a tellement élargi le champ des possibles qu’on peut parfois passer la journée devant son ordinateur et se couper de la vraie vie. Notre but est au contraire d’inciter à passer à l’action et de donner aux gens des envies. L'envie d’aller dans un quartier où on n’a jamais mis les pieds, l’envie de se lever de son canapé pour aller voir une expo, l’envie d’ouvrir un livre ou de traverser Paris pour une assiette de gyozas. Notre métier, c’est de rendre les choses appétissantes. En résumé, lire on-line mais vivre off-line. Nous lançons sans cesse de nouveaux projets, en France et à l'international, en respectant toujours ce qui fait notre identité : la créativité et l'aspect artisanal. Il y a encore beaucoup de territoires que My Little peut investir. Nous ne nous interdisons rien. Mais une chose est certaine : nous allons entrer de plus en plus dans le monde physique.

- "Entrer dans le monde physique" : c’est à dire ?

Nous lançons en juin 2016  la Maison de vacances de My Little Paris, au coeur de Paris. Après plusieurs années d’existence online, on a voulu incarner notre marque dans une maison et son jardin de 1000 m2 où les Parisiens pourront prendre leur temps, pour échanger, se rencontrer, dîner, discuter.... On aura de conférences d’entrepreneurs à suivre dans un hamac comme des cours de tarte aux pommes dans la cuisine, des “slow diners” à la bougie et un cinéma en plein air pour regarder des films de Jacques Tati. On a aussi prévu un jardin de méditation pour pouvoir essayer Mind. Notre but est que chaque moment dans cette maison ait un goût de vacances.

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