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24/09/18
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Benoit Legrand, ING : « Nous avons noué 150 partenariats avec des Fintechs. Et arrêté 50 »

Benoit Legrand

Le point de vue de : Benoit Legrand

Ancien PDG d'ING Bank en France, désormais Chief Innovation Officer du groupe bancaire néerlandais

    Qui ?
    Benoit Legrand, ancien PDG d'ING Bank en France, désormais Chief Innovation Officer du groupe bancaire néerlandais.

    Quoi?
    Une interview, à l'occasion de la conférence Money 20/20 Europe, qui se tenait à Amsterdam.

    Comment ?

    - Quelle est la méthode d'ING pour innover et éviter de se faire "disrupter" par de nouveaux entrants des services financiers ?

    Elle est à la fois interne et externe. En interne, nous avons notamment un "Innovation Bootcamp", un concours d'innovations pour identifier dans toutes nos Business Unit à travers le monde les idées et les collaborateurs les plus innovants, afin de construire la banque de demain. Nous en sommes à sa cinquième édition. Au quotidien, nous avons développé notre propre méthodologie d'innovation, la méthode "PACE" : un mélange entre design thinking, agile, scrum et lean start-up. Toutes ces différentes techniques ont été reprises pour les adapter à nos sujets. 4 000 collaborateurs y ont été formés, sur les 51 000 que comptent le groupe. Nous avons la chance d'avoir une vraie culture de la disruption en interne, avec l'habitude de faire les choses autrement.

    - Et avec l'externe ? Comment innovez-vous ?

    Nous avons notamment un fonds de "corporate venture", ING Venture, qui dispose de 300 millions d'euros. Il compte aujourd'hui 20 investissements, dont le dernier en date est Fincompare, une fintech allemande qui compare les offres bancaires pour les PME. Nous voulons développer des partenariats stratégiques avec elles, mais pas nécessairement les acquérir. Si on prend l'exemple de la licorne Kabbage, l'objectif n'est pas tant d'avoir une participation dans cette start-up, mais plutôt de pouvoir faire des choses ensemble sur le long terme, dans le cadre d'un partenariat stratégique.

    - Comment ces partenariats se mettent-ils en place ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?

    Nous sommes entrés au capital de Kabbage en 2015. Cette fintech finance des TPE-PME, avec un modèle innovant de scoring, s'appuyant sur les comptes courants de l'entreprise. Nous utilisons maintenant sa technologie pour proposer à nos clients espagnols, français ou italiens, des prêts jusqu'à 100 000€ en moins de dix minutes, avec un taux personnalisé. Une banque qui accorde un prêt en 10 minutes, c'est rare !

    - La collaboration avec les start-up passe-t-elle nécessairement par une prise de participation ?

    Non, au contraire : nous avons mené ces dernières années plus de 150 partenariats avec des fintechs. Et nous en avons arrêté 50 environ. Nous avons la chance d'avoir un profil très digital et disruptif, beaucoup de gens viennent donc naturellement à nous. C'est d'ailleurs amusant de voir toutes ces fintechs qui parlaient il y a encore quelques années de nous remplacer, et qui viennent maintenant nous voir pour travailler ensemble...

    - Pour quelles raisons ?

    Il y a trois causes, en général : soit la solution ne délivre pas ce qui était attendu, soit on se rend compte qu'on arrive à développer en interne des choses plus rapidement ou avec de meilleurs résultats, ou alors le partenaire s'avère trop petit, et il est compliqué de travailler ensemble.

    - Comment faites-vous le tri parmi toutes les sollicitations que vous recevez ?

    Avec le temps, le tri s'opère assez naturellement : sur les 15 000 fintechs du marché, la plupart sont en concurrence les unes avec les autres, certaines faiblissent. Sur de nombreux sujets, c'est le leader qui rafle la mise. Sur les marchés les plus matures, le tri est déjà fait. Dans la conversion de devises, par exemple, ça n'a pas de sens de se lancer aujourd'hui alors qu'il y a déjà un Revolut ou un Transferwise. Le tri se fait aussi par le business : nous voulons avant tout des partenariats qui ont du sens commercialement.

    - Vous développez aussi en interne votre propre Fintech : pouvez-vous nous en dire plus ?

    Oui, nous avons développé Yolt, notre start-up interne, qui est une plateforme de gestion des finances personnelles. Elle agrège les comptes bancaires et propose ensuite des services et du conseil personnalisé pour mieux gérer son argent. Elle n'utilise pas la marque ING et fonctionne avec toutes les banques. Un an après son lancement en Grande-Bretagne, elle a déjà séduit 300 000 utilisateurs. Nous la déployons maintenant en France et en Italie, avec des objectifs du même ordre. Avec Yolt, nous revivons un peu l'aventure ING Direct, qui avait disrupté le marché bancaire.

    Propos recueillis par Benoit Zante

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