Newsletter du Lundi
09/12/19

Paru le

J-D. Chamboredon : « ce n’est pas en basant tout sur les entreprises du CAC 40 qu’on créera les nouveaux Criteo ou Blablacar »

Qui ?
Jean-David Chamboredon, Président-Exécutif du fonds ISAI & Co-Président de France Digitale.

Quoi ? 
Une interview, en réaction à la chronique assassine de Techcrunch qui critique l'écosystème français des start-up et son manque d'ambition.

Comment ?

- Que vous a inspiré la chronique de Techcrunch sur l'écosystème français ?

C'est un peu caricatural, mais il n’y a pas de fumée sans feu. Le chroniqueur de Techcrunch a parlé à des gens qui ont exprimé leurs frustrations sur la relation start-up/grands groupes, ça se sent ! La présence des grands groupes dans l'écosystème est un phénomène récent, un peu maladroit, et tout le monde aimerait bien que ça change. Cela fait 16 ans que j'investis dans ce secteur... Au moment de l'éclatement de la bulle, les grands groupes ont plié leurs gaules puis nous ont ignorés. En 2002-2003, nous sommes devenus des lépreux... C'est d'ailleurs ce qui fait que notre communauté s'entend si bien : nous avons été lépreux ensemble ! Dix ans après, les grands groupes se sont réveillés, mais avec l'attitude d'une poule qui trouve un oeuf. Ils ont nommé des gens de bonne volonté pour interagir avec l'écosystème, qui vivent un décalage fort avec leur Comex et n'ont que peu d'influence sur la culture dominante. Exemple: ces personnes ont compris qu'il ne fallait pas investir en direct trop tôt, sous peine d'avoir un droit de vie ou de mort sur une start-up. Mais leurs patrons, pas encore...

- Etes-vous aussi critique sur le manque d'ambition de nos start-up ?

Peut être, mais cela s'explique aussi par les difficultés que rencontrent les entrepreneurs, qui nuisent à leur niveau de confiance à court terme. Prenons l'exemple d'une boite BtoB dont les clients sont des entreprises : vendre aux grands groupes est difficile en France. Les services achat imaginent qu'ils "prennent une sage décision" en achetant à des boites américaines et qu'ils prennent des "risques inutiles" avec des petites boites locales. Aux Etats-Unis, les gens se projettent différemment dans le temps. Les entreprises achètent et font du "test and learn". En France, l'achat est considéré comme un process à moyen terme. La perception du risque n'est pas la même... Pour les start-up B2C, le capital est moins abondant qu'aux US. Pour assumer les coûts marketing, nos start-up sont tentées de réaliser des "partenariats" en collaboration avec de plus gros acteurs. Elles n'ont pas assez de cash leur permettant d’y aller à fond en frontal. Ceci dit, il n'y a pas beaucoup d'exemple de succès basés sur cette stratégie.

- L'auteur de l'article ne comprend pas pourquoi Blablacar ne s'implante pas aux USA. Qu'en pense l'actionnaire ?

Blablacar a les moyens de ses ambitions. Ce n'est pas une religion, mais des choix relatifs. Il y a un meilleur ROI aujourd'hui pour Blablacar à s'implanter en Russie ou en Inde qu'aux Etats Unis. Le coût de pénétration du marché n'est pas le même. Il existe un plan Amérique du Nord, mais il reste dans les cartons.

- La Silicon Valley ne souffre-t-elle pas d'egocentrisme ? Autrement dit, d'autres modèles ne sont-ils pas envisageables ?

Jon Evans est peut être un peu étroit d'esprit. Mais je suis d'accord avec lui, ce n'est pas en basant tout sur une collaboration avec des entreprises du CAC 40 qu'on créera les nouveaux Criteo ou Blablacar. En même temps, si les grandes entreprises avaient une meilleure stratégie d'achat, d'investissement ou d'acquisition, l'écosystème s'en porterait mieux.

- L'article parait 15 jours avant Viva Technology, la grand messe du rapprochement entre start-up et grands groupes, où ces derniers "parquent" les start up...

C'est un peu le syndrome du petit alligator tout mignon. Les grands groupes aiment dorénavant bien les start-up, mais ne voudraient pas qu'elles grandissent trop vite. Si elles le font, certains seraient tentés de les tuer pour en faire des sacs à main.

- Comment se positionne la France dans le monde ?

J'aime bien le classement Compass, qui analyse les villes-clusters du monde. Il est bien fait. Paris est onzième sachant que 6 villes américaines sont dans le top 10. Paris est derrière Londres, Tel Aviv, Singapour ou Berlin. En termes qualitatifs, nous sommes bien classés. Mais en termes quantitatifs, nous n'avons pas la même dynamique que Berlin, par exemple, pour la croissance du capital investi et la création de valeur. Le cadre législatif et fiscal n'incite pas à la prise de risques et notre écosystème s'auto-limite avec parfois une dose d'auto-flagellation bien inutile...

- Finalement, cette position des grandes entreprises ne reflète-t-elle pas le poids de l'Etat ?

En France, on a souvent besoin du blanc-seing de la puissance étatique pour bouger. Aux Etats Unis, tant que l'Etat ne fait rien, on se porte bien !

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