Newsletter du Lundi
18/03/19

Paru le

A. Tascan, Sava Transmedia : « un social game coûte 20 fois moins qu’un jeu vidéo »

Qui ?
Alain Tascan, le fondateur de Sava Transmédia, une société basée à Montréal. Auparavant, il a notamment fondé et dirigé Ubisoft Montréal et Electronic Arts Montréal.

Quoi ?
Le premier entretien d'une série consacrée aux acteurs du transmedia, "Around the Transmedia World", réalisé pour Petit Web par Laurent Guérin, producteur de "Detective Avenue".

Sava Transmédia, c'est quoi ?

Sava Transmédia est un éditeur, développeur et distributeur de jeux sociaux sur tous les écrans : ordinateurs, mobiles, tablettes, télévision intelligente. Notre challenge est donc de réussir à fabriquer du contenu qui va mettre en relation les joueurs : car la révolution n’est pas technologique, elle est sociologique.
Les jeux sociaux influent les comportements entre les individus. Ainsi, lorsque tu reçois une note plus professionnelle ou amicale d’un de tes contacts Facebook par exemple, ton comportement a changé avec cette personne là parce que tu as eu une interaction préalablement par l’intermédiaire du jeu...
Chez Sava Transmédia, on va explorer ces comportements émergents et sociaux qui sont nouveaux, pour l’instant basés sur des choses très simples comme dans «Farmville» -je t’envoie des graines de tournesol tu m’envoies des graines de soja- ou plus complexes comme dans «Empires and Allies» -où on peut s’attaquer- à encore plus sophistiquées avec «The Sim Social» -où on peut faire du flirt ensemble et s’embrasser. C’est ça qui nous intéresse, c’est comment ces jeux là vont changer les comportements sociaux des gens. C’est à dire qu’à force de jouer ensemble ils vont commencer à discuter...
Bien sûr, ça existait déjà comme dans les jeux hardcore comme les MMO mais ça ne touchait qu’un certain type de joueurs. Aujourd’hui vu l’accessibilité des jeux Facebook ou des jeux mobiles, ça touche tout le monde, et plus seulement la «génération Nintendo». Quand j’étais dans les consoles, on fabriquait des jeux pour 200 millions de personnes au maximum, en additionnant tous les différents modèles de consoles, et en majorité des gens de 15 ans. Aujourd’hui, rien que Facebook c’est déjà 700 millions de personnes. On a une audience différente, plus sophistiquée et plus variée.

Pourquoi avoir choisi le mot «transmédia» ?

On est obligés dans les noms de boîtes canadiennes de dire ce qu’on fait.
Le mot «digital» n’expliquait pas vraiment ce qu’on voulait faire. En effet, on va construire des propriétés intellectuelles et nous souhaitons qu’elles vivent non seulement sur les plateformes digitales mais également dans le monde réel... Un exemple : sur nos jeux en production, on discute avec le monde du jouet pour voir quelles déclinaisons on peut faire dans le monde réel, et le mot «transmédia» couvrait bien ce qu’on voulait faire, la variété des plateformes, des écrans et aussi le monde réel.

"Transmédia" : un buzzword ou pas ?

Oui. Comme à un moment toutes les boîtes finissaient par "soft".
Aujourd’hui on conçoit à travers les médias, en adaptant pour chaque plateforme parce qu’on ne joue pas à un jeu sur iPad comme on joue sur iphone.
On ne communique pas de la même façon suivant les outils utilisés donc c’est vrai que même si c’est un buzzword, ça correspond à une réalité qui n’existait pas finalement il y a quelques années.

Les jeux Sava Transmedia proposeront des expériences différentes selon chaque plateforme ?

C’est vraiment ça l’idée, mais en comprenant comment ça se passe sur chaque plateforme. Facebook par exemple c’est 3 à 5 fois par jour pour des sessions de 5 à 10 minutes. Le téléphone, c’est 4 à 5 fois par heure pour des sessions de 10 à 30 secondes.
Sur iPad, l’expérience est encore différente : dans son lit, sur un canapé, avec des sessions un peu plus longues. L’ordinateur c’est encore différent et et la télévision aussi... L’idée, c’est comment peut-on trouver des jeux qui respectent ça ?
Quelle partie du jeu va avoir du sens et de la valeur sur quelle plateforme ? Par exemple, de mon point de vue, on pourrait commencer à jouer à «Empires and Allies» en construisant sur un ordinateur, et puis après, tout le côté «bataille», tu pourrais le faire aussi sur ton téléphone.
Maintenant on est dans de l’exploration, on peut avoir une vision mais il va falloir la vérifier... C’est le public qui va décider.

Le premier produit Sava Transmédia c’est pour quand ?

Fin 2012... Mais le contenu est secret... On a ouvert nos portes il y a un mois et demi, on est à peu près 30 personnes déjà, on avance sur notre agenda, on va monter gentiment à 40-50, on a commencé deux productions et on va peut-être en rajouter une troisième, justement pour construire cette expertise.
On a donc recruté beaucoup de jeunes qui vivent dans ce monde là, qui sortent de l’école et ensemble, on est en train de découvrir à vitesse grand V le nouvel alphabet de ce genre de divertissements. Non seulement au niveau de la technologie, mais aussi au niveau de la consommation, sur des modèles de jeux qui n’existaient pas il y a 3 ans.

L’investissement de départ dans Sava Transmédia n’a pas été communiqué...

Effectivement. Ce que je peux dire c’est qu’il n’y aucun rapport avec l’investissement sur un jeu vidéo. L’investissement sur les jeux vidéos est de 40-50 M$ avant la mise en marché. C’est de l’ordre de 20 à 30 fois moins que les jeux sociaux même si ça bouge beaucoup car les jeux deviennent plus compliqués donc ça prend plus de temps et plus d’argent. Le grand changement c’est quand on active la publicité et la promotion. Dans le jeu vidéo par exemple, il faut réserver les campagnes télévision et presse 6 à 7 mois avant la sortie du jeu, mais on ne sait même pas encore si le jeu est bon. Alors que là, on fait un «soft opening» du jeu, et ensuite on est capable de voir si ça marche ou pas et de déclencher le marketing online plus rapidement. J’ai la chance d’avoir des investisseurs qui me font confiance, qui partagent mon point de vue et qui ont envie comme moi de produire des propriétés intellectuelles canadiennes car sur les 10 grosses sociétés de jeux vidéo à Montréal aujourd’hui, il y en a 9 qui sont des propriétés étrangères... Pourtant il y a un vrai mariage de longue date entre la technologie et les arts au Québec, plus une compréhension du monde nord-américain. L’ensemble fait qu’ils sont sans doute un peu plus créatifs que la moyenne.

Quelles innovations et société innovantes avez-vous remarqué ?

En transmédia, il y en a pas encore beaucoup. Mais ma dernière expérience de jeu, c’est «The Sims Social» qui vient de sortir. C’est l’un des premiers jeux où tu peux avoir des relations qui ne sont pas des relations d’attaque ou de jardinerie avec ton graph social. Moi j’ai appelé un ami qui avait uriné sur mes plantes en lui demandant pourquoi il avait fait ça ! Encore une fois, ces jeux vont engendrer de nouvelles formes de communication... Du côté des sociétés, Zynga est non seulement le numéro 1 mais celui qui fait le plus de choses... Electronic Arts à mon sens va devenir un acteur majeur en faisant des acquisitions par exemple. J'ai aussi beaucoup de respect pour Digital Chocolate.

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