(Web) Mobile : comment la Chine nous surpasse

Laure de Carayon

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Qui ?
Laure de Carayon, organisatrice de China Connect à Paris et supporting partner du Global Mobile Internet Congress 2014 qui se tenait à Beijing les 5 et 6 mai. Un événement de 15 000 personnes à la (dé)mesure du marché Chinois.

Quoi ?
A quelques semaines de la méga-introduction en bourse à New York d'Alibaba, un point sur ce qu'il faut savoir sur le marché Chinois du web et de ses acteurs, désormais déterminés à s'étendre bien au-delà de l'Asie.

Comment ?

1/ L’internet mobile permet aux Chinois de s'affranchir des acteurs traditionnels de l'économie (l'Etat en tête)

Les grands acteurs du web chinois (Baidu, Alibaba, Tencent...) voient leur rivalité exacerbée sur un marché de 618 million d'internautes, dont 80% se connectent via mobile, alors que de nouveaux entrants essayent aussi de se faire une place. C'est le cas de Yongche, le Uber Chinois, qui vient, comme en Europe et aux Etats-Unis, bouleverser le marché traditionnel des taxis, mais aussi de l'automobile en général. Son PDG explique : "bientôt, vous n'aurez pas besoin d’acheter une voiture, ce sera juste un simple objet que vous commandez quand vous en aurez besoin". Mieux : "beaucoup de sociétés internet ont une capitalisation beaucoup plus importante que les constructeurs automobiles : elles peuvent les acquérir."

Dans le même esprit, les services financiers en ligne et les messageries intégrant le paiement permettent de s'affranchir du passage par la case "banque de dépôt" : 42% des internautes Chinois utilisent déjà leur mobile comme moyen de paiement. Surtout, grâce à l'internet mobile, les opérateurs de paiement peuvent toucher les habitants des Tiers 3 et 4, avant que les banques traditionnelles ne le fassent. Et souvent avec des produits extrêmement attractifs, à l'image de Yuebao (Alibaba) qui offre un intérêt annuel de 6%...

Enfin, la vidéo en ligne remet en cause l'hégémonie des chaines d’Etat : de plus en plus de portails comme IQiyi, filiale de Baidu produisent leur propres contenus et ambitionnent de ne plus du tout compter sur la télé qui achète de plus en plus cher les licences de programmes étrangers. Sur ce terrain, le mobile est là encore le principal facteur de croissance : - 70% des internautes chinois regardent des vidéos sur tablettes et téléphones.

2/ Les opérateurs utilisent le Mobile Gaming comme produit d'appel pour convertir les chinois au mobile

Un élément important qui va convertir encore davantage de Chinois à l'internet mobile est le mobile gaming. Le marché a explosé en 2013 avec 300 millions de joueurs sur smartphones. Mais seulement 80 jeux génèrent plus de 1 millions de yuans de revenus/mois (plus de 100 000 €) et seulement 20, plus de 10 millions. Pour accompagner ce mouvement, les 3 opérateurs publics China Mobile, China Unicom et China Telecom ont annoncé le programme "Double 100" qui ouvre les plateformes et offre aux développeurs un meilleur environnement pour la distribution de leurs jeux. L'objectif est de soutenir 100 jeux pour qu'ils atteignent un revenu mensuel de plus d'un million de yuans.

3/ La voiture connectée séduit "BAT" (Baidu-Alibaba-Tencent)

Après Baidu qui a annoncé "CarNet" au Beijing Auto Show, Tencent a lancé "Lubao": une Box qui fonctionne avec smartphones et offre une conduite "eco" (indication ratio consommation/prix, diagnostic auto) couplée à une application qui propose de l'info trafic en temps réel, des informations sur les accidents, un GPS, Street View, une intégration avec WeChat et une analyse de la qualité de la conduite. Pour Tencent, "les cartes sont la fondation de l’internet mobile". Alibaba, de son coté, a totalement racheté depuis quelques semaines le services de cartes et de géolocalisation AutoNavi, dont il possédait déjà une partie du capital.

4/ Paiement, e-commerce, search : les applications de messageries voient toujours plus loin

86% des internautes Chinois utilisent une application de messagerie instantanée telle que WeChat, soit 500 millions de personnes. Ce marché suscite donc toutes les convoitises. Ainsi, la messagerie Tango (co-fondée par un Français aux Etats-Unis, mais dont Alibaba détient 20%) se lancerait en Chine d’ici la fin de l’année avec des contenus US et des possibilités d'interaction avec des experts, sur la santé notamment. Avec Alibaba à son capital, nul doute que le volet e-commerce de Tango sera lui aussi innovant. Quant à Shenma ("quoi"), une application de messagerie qui fait aussi moteur de recherche et navigateur internet, lancée par UC Web et Alibaba en Joint Venture, elle vise 200 millions d'utilisateurs d'ici à la fin de l'année. Elle en a déjà séduit 100 millions depuis son lancement en avril ! Pour son PDG, les noms des moteurs de recherche sur PC devraient être différents de ceux des mobiles, car leurs usages sont différents... une pique envers Baidu qui porte le même nom sur les deux écrans. Le Google Chinois aurait vivement (mal) réagi en pointant du doigt le "risque" de cet acteur "inconnu".

Sur ce marché des applications "couteau-suisse", WeChat reste le leader incontesté... Au point de fragiliser le Twitter chinois, Sina Weibo, qui a subi une baisse sensible du temps passé sur sa plateforme de microblogging... Mais son PDG s'est voulu rassurant : "Sina Weibo est la source de TOUTE information publique" a-t-il affirmé, en opposition aux échanges privés des messageries.

5/ La santé, "nouvelle frontière" du web chinois ?

La santé via mobile est tenue possible par l'amélioration de l'accès Internet. La 4G est désormais déployée dans les principales grandes villes et la data mobile a connu une croissance de 61% en un an. En parallèle, tous les smartphones et tablettes  intègrent toujours plus de capteurs, qui permettent désormais de vérifier une inflammation ou de détecter des cellules cancéreuses à distance. Le professeur japonais Hiroshi Ishiguro, récemment nommé l’un des 50 scientifiques les plus influents d’Asie, a fait la démonstration du mélange du réel et du virtuel en dialoguant sur scène avec un androïde (les robots, pas la plateforme pour smartphone de Google). D'où sa question : "les androïdes peuvent ils être plus humains que les humains ?" Sa réponse : "nous allons bientôt avoir une société androïde. Nous avons besoin d’apporter de l’émotion à l’intelligence internet". Nous utiliserons de plus en plus d’androïdes pour imiter des interactions humaines. Les avatars délivreront des messages aux malades, se rendront aux conférences, et travailleront dans les grands magasins"...

Laure de Carayon

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