Quand Adobe donne 1000$ et une barre chocolatée à tous les employés qui veulent innover

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Qui ?
Suresh Vittal Kotha, VP of Strategy, Adobe.

Quoi ?
Une interview, pour comprendre la stratégie d'innovation d'Adobe, en interne, avec ses clients, ou par ses acquisitions, à l'occasion de l'Adobe Summit 2015 qui réunissait  4 000 personnes à Londres.

Comment ?

- L'histoire d'Adobe est marquée par des acquisitions successives, notamment d'entreprises françaises comme Neolane en 2013 ou Fotolia en 2014. Est-ce que cela signifie que vous ne savez pas innover en interne ?

Acquérir des entreprises nous permet d'innover, de recruter et de rester "fresh" tout en créant de la valeur, mais nous avons aussi de très nombreuses innovations organiques ! Par exemple, sur la grande scène du Summit, nous avons fait des démonstrations d'interfaces interactives multi-écrans directement issus de notre Lab. Nous travaillons aussi en permanence sur de nouveaux algorithmes, qui sont intégrés à nos produits pour les améliorer, comme l'"auto-tagging", qui permet de reconnaître automatiquement le contenu d'une image. La démarche d'innovation trouve sa source à la tête de l'entreprise : notre PDG, Shantanu Narayen, vient de la R&D, il est obsédé par l'innovation.

- Que faites-vous pour encourager l'innovation de vos collaborateurs ?

Outre les Labs, nous avons  plusieurs initiatives, dont la KickBox, un kit qui permet à chaque employé qui le souhaite de bénéficier de 1000$ pour développer son projet. Tout repose sur la confiance : il n'y a aucun compte à rendre, la somme est distribuée à tous ceux qui la demande. Si vous encadrez l'innovation avec trop de process, il devient difficile d'innover ! Nous préférons faire confiance à nos employés.

- Que contient cette "KickBox" ?

Une carte bancaire avec 1000 dollars de crédit, utilisable sans approbation préalable des managers, une carte-cadeau Starbucks et une barre de chocolat, pour donner des forces dans le processus d'innovation, deux carnets de notes : l'un pour les idées générales, l'autre pour les "bad ideas", un chronomètre, pour mesurer les sessions consacrées à l'innovation, des post-it, etc. Ainsi que toute une méthodologie pour développer ses idées. Le tout est disponible en open-source et utilisable par d'autres entreprises.

- Et avec vos clients, comment innovez-vous ?

Nous organisons à travers le monde des "Customer Advisory Board" pour nos clients, dans lesquels nous les réunissons pour écouter leurs problématiques communes, mais nous ne prenons jamais la parole. L'année dernière, 1 600 clients ont participé à de tels ateliers. Cela nous permet ensuite d'améliorer nos offres et de mettre en place des prototypes avec ceux qui le souhaitent. Nous intégrons aussi de plus en plus dans le processus nos partenaires, comme Deloitte Digital, Accenture ou Publicis.

- Avec l'évolution de vos métiers, vous devez aussi intégrer de nouveaux profils à votre entreprise : quelle est votre stratégie pour être aussi séduisant que Google, Apple ou les start-up ?

Au cours d'une vie, on n'assiste qu'à un ou deux changements majeurs, comme la révolution industrielle, l'invention de l'automobile ou le développement de l'aéronautique. Depuis 1999, nous sommes dans une nouvelle révolution, celle de l'internet. En tant qu'individu, tout le monde veut y participer personnellement. Chez Adobe, nous révolutionnons complètement la façon d'interagir avec les consommateurs, c'est très excitant ! Pour montrer ce que nous faisons, nous allons dans les universités avec des cas clients et organisons des challenges pour que les étudiants y apportent des réponses. C'est un très bon moyen de recruter.

- Quels sont les nouveaux talents que vous cherchez à attirer ?

Si vous regardez la rubrique "recrutement" de notre site, vous verrez des centaines de postes dans les domaines de la donnée et de la data science. Nous avons besoin de ce type de profils pour répondre à la tendance principale du moment : produire des expériences utilisateur sans couture et contextualisées. Les consommateurs en ont assez des marques qui agissent comme si elles ne les connaissaient pas.

- Pourtant, les consommateurs sont aussi de plus en plus soucieux du respect de leur vie privée. Comment concilier exploitation des données et confidentialité ?

La "privacy" est LA question que se posent tous les directeurs marketing. C'est la raison pour laquelle les annonceurs doivent faire preuve de davantage de transparence, expliquer quelles sont les données qu'ils collectent, pour combien de temps et pour quoi faire. Et, bien évidemment, ne rien faire qui ne soit "opt-in". Les marques doivent apprendre à être honnête et à agir avec intégrité, en donnant la possibilité aux gens de contrôler l'usages de leurs données. Cela va devenir encore plus important, à mesure qu'elles rentrent de plus en plus dans l'intimité des gens - jusqu'à être présent à leur poignet avec les montres connectés. Que donnent-elles en échange ? Si vous négligez la privacy en vue d'un gain à court terme, vous perdrez beaucoup plus sur le long terme. Le retour sur investissement du respect de la vie privée est extrêmement élevé.

Propos recueillis par Benoit Zante

Adobe Kickbox

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