O. Delabroy, Air Liquide : « notre ambition : faire de la donnée un actif clé de l’entreprise »

OlivierDelabroy VP Digital transformation Air Liquide

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Qui ?
Olivier Delabroy, VP Transformation Digitale chez Air Liquide, le leader mondial des gaz et services dans l'industrie et dans la santé.

Quoi ?
Une interview pour en savoir davantage sur la transformation d'Air Liquide, de retour du CES de Las Vegas.

Comment ?

- En quoi un groupe industriel comme Air Liquide est-il touché par de la transformation numéirque ? Quelle(s) transformation(s) anticipez-vous pour Air Liquide ? 

Nous sommes à la croisée des transformations énergétique, numérique et de la santé. Air Liquide est un groupe très technologique, qui s'appuie sur son portefeuille de molécules de gaz, au cœur de toutes les chaines de valeur de l'industrie et de la santé. Depuis février 2016, je suis donc en charge de la transformation numérique du groupe, après avoir dirigé pendant 5 ans le département R&D. Il y a 3 ans, j'avais créé iLab, un laboratoire centré sur les usages que j'ai conservé dans mon périmètre. Regarder les usages n'était pas dans notre ADN. C'est maintenant une démarche complémentaire pour mener notre transformation, nous apprenons à nous centrer sur nos clients et patients.

- Quel est votre mission chez Air Liquide ? 

Elle se structure en trois axes : la transformation des métiers par la valorisation de nos actifs, la réinvention de l'expérience client et patient et la mise en oeuvre d'une approche écosystème. La data est un sujet transverse : notre ambition est de faire de la donnée un actif clé de l'entreprise.

- Pour la première fois, Air Liquide était présent officiellement au CES, avec un stand. Quels étaient vos objectifs ? 

Nous avons fait le choix de partager notre stand avec 5 start-up avec lesquelles nous travaillons déjà. C'est une vitrine pour notre démarche d'open innovation, comme pour ces jeunes pousses. Notre CEO, Benoit Potier a fait le déplacement pour les rencontrer. Le CES est aussi un lieu pour capter les tendances. Notre stand se situait au cœur de l'innovation, dans la zone des start-up, l'Eureka Park.

- Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ? 

La révélation de ce CES pour moi, c'est la voix qui devient une nouvelle interface. Amazon et son service d'assistance vocale Alexa étaient partout. Chaque objet connecté du salon ou presque, du frigo au volet roulant était estampillé "powered by Alexa". Google, et d'autres grands du web sont aussi sur le pont. Au-delà d'Alexa, c'est surtout une nouvelle capacité d'interagir par la voix avec l'intelligence artificielle. Elle nous ouvre de nouvelles perspectives sur la relation client, sur nos actifs. Amazon a un coup d'avance mais j'ai aussi été bluffé par la démonstration d'une fintech, Clinc, qui a perfectionné ses technologies d'apprentissage et de reconnaissance de la voix.

- Quelles sont les autres tendances du salon selon vous ? 

Mon premier constat, c'est que tout est connecté, "connected by design". L'augmentation de la puissance de calcul autour de l'intelligence artificielle nécessite toujours plus de données pour l'alimenter. Pour Air Liquide c'est clair, tous nos actifs doivent être connectés. Dans la même lignée, le salon met en lumière la mise en place d'écosystèmes : celui de la smart-home, celui de la mobilité, et celui de la santé. Sur le salon, on ne voit pas Netatmo mais Netatmo + Legrand, Netatmo + Velux, ou encore Withings+ L’Oréal/Kerastase. La mobilité est aussi un domaine qui nous intéresse, notamment la mobilité hydrogène. On avait l'impression d'être au salon de l'auto, c'était très impressionnant.

La dernière tendance, c'est la réalité virtuelle et la réalité augmentée. L'an dernier, nous avions le sentiment qu'elles allaient devenir "mainstream", et cette année c'est clair : les technologies sont prêtes. A nous de trouver les cas d'usage. Nous avons récemment lancé un nouvel outil de formation pour nos chauffeurs de livraison d'oxygène avec le casque de réalité virtuelle HTC Vive. Le produit est fait en France et on le déploie déjà à Singapour. Nous attendons maintenant les technologies pour compléter l'expérience sensorielle. GoTouch VR explore le toucher par exemple. J'ai aussi été impressionné par SIMFOR Health. La start-up bordelaise réalise des formations pour tous les acteurs de la santé, avec une scénarisation complète des situations et des interactions avec des avatars.

- Quelles étaient les start-up du stand AirLiquide ?

Trois d'entre elles nous aident à transformer nos actifs. Nous réfléchissons par exemple à la connexion des bouteilles de gaz - nous en avons 22 millions dans le monde - avec Ubleam, une start-up toulousaine spécialisée dans la réalité augmentée. La réalité augmentée arrive aussi dans nos usines avec Diota, tandis qu'avec Imag'ing nous avons mis en place un procédé de scan 3D. Nous avons aussi collaboré avec SpeachMe, implantée à Nantes et à Austin, sur le lancement d'une plateforme peer to peer de partage de connaissances sur 22 sites industriels en France. Désormais, les employés se filment pour expliquer comment changer une vanne par exemple. C'est une nouvelle manière de faire de la formation. TAMR, la cinquième start-up du stand, est américaine. Elle nous permet de faire de la curation de la donnée, en associant machine learning et nos experts au coeur du système.

- Quelles sont les perspectives pour Air Liquide dans le domaine de l'internet des objets ? 

C'est le premier axe de notre transformation. On parle beaucoup d'uberisation et de la croissance exponentielle des start-up sans actif comme Uber ou Airbnb. Mais il faut faire attention. Chez Air Liquide, nous voulons nous transformer avec nos actifs, en mettant l'humain au centre. Nous stockons par exemple des données sur nos 400 usines depuis 10 ans. L'enjeu est maintenant de les exploiter. En France, grâce à la maintenance prédictive, on peut savoir plusieurs mois à l'avance si un compresseur va tomber en panne. Nous allons aussi inaugurer à la fin du mois de janvier 2017 le premier centre d'opération et d'optimisation à distance à Lyon. Il connectera et pilotera nos 22 usines françaises. Nos terminaux de santé aussi sont connectés, nous avons 150 000 objets connectés de santé déployés, avec Nowapi qui accompagne le patient dans son traitement contre l'apnée du sommeil.

- Comment Air Liquide transforme les interactions avec ses clients et ses patients ? 

Le digital est un levier pour augmenter la rétention et l'adoption. Quelle que soit la taille de nos clients, du grand industriel au petit artisan qui utilise nos bouteilles de gaz, il y a un enjeu d'expérience client. En septembre 2016, Air Liquide a acheté Airgas, une référence ecommerce multicanal dans tout le domaine BtoB, pour 12 milliards d'euros. Cette acquisition nourrit notre approche en Europe.

- Qu'entendez-vous par "approche écosystème" ?

Un de mes rôles est de faire en sorte que l'on travaille différemment, que l'on collabore mieux ensemble en interne, mais également que l'on s'ouvre en externe, à la co-innovation avec des start-up et d'autres groupes. Je pense que la collaboration est un moyen et une finalité pour renouveler les métiers.

- Quelle forme prend cette approche collaborative dans le groupe ?

Air Liquide a été l'un des premiers groupes industriels à basculer sur l'espace collaboratif Google il y a presque deux ans. Nous avons aussi une plateforme pour partager toutes les initiatives en local et au corporate, organisée par usages et "use cases". Il faut à tout moment que les opérations aient une parfaite connaissance de ce que fait le siège et inversement.

Par ailleurs, l'objectif est d'avoir 5 ou 6 digital Fabs travaillant sur des sujets stratégiques, comme l'expérience client. Elles réunissent des responsables des opérations, du marketing stratégique, le pôle des data sciences et l'IT. C'est primordial de travailler main dans la main avec le CIO car sinon les solutions développées ne seront pas "scalables" ni "safe by design". Nous associons aussi des designers, des développeurs et des profils issus des sciences humaines, comme l'ethnologie et la sociologie. Ces collaborateurs sont détachés de leurs tâches opérationnelles et sont dédiés à 80% ou 100% au projet. Nous avons trois lieux : la Factory à Paris, à côté de l'iLab et à une distance "saine" du siège, mais aussi à Houston et Singapour pour une "fab" en réseau. La notion de réseau est importante dans les grands groupes. AirLiquide c'est 68 000 personnes dans 80 pays, il faut se donner les moyens d'apprendre en écosystème et en réseau.

Propos recueillis par Monelle Barthélemy

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