Les 7 leçons du CES 2013

Qui?
Les membres du club eG10 emmenés par Georges-Edouard Dias d. Internet et E Business de L’Oréal et ses invités surprises, comme Frédéric Tardy, de l'Atelier BNP Paribas, pour le debriefing quotidien : il faut au moins une douzaine de personnes pour faire le tour d'un événement aussi énorme.

Combien ?
150 000 délégués, 3 250 exposants, 7 000 journalistes et blogueurs.

Comment ?

Mega CES

Ce salon est ingrat : parcourir des kilomètres, assister à des keynotes ésotériques pour les non-technophiles, le tout en plein décalage horaire. Malgré tout, il est en train de supplanter les Cannes Lions et Ad:tech San Francisco comme évènement sur l'innovation. Alors que tout notre univers quotidien devient connecté, le CES prend une place centrale. "Le software et le hardware fusionnent" explique Frédéric Tardy de l'Atelier BNP Paribas dans la Silicon Valley. Même si ce sont surtout les fabricants qui prennent la parole, tout l'écosystème est là : le monde des logiciels, les acteurs du net, les agences (Publicis avait même prévu un guide papier de 50 pages pour ses clients) et les annonceurs. Salesforce organisait des keynote sur le cloud marketing. Google, Facebook et consorts reçoivent leurs clients dans les suites des grands hôtels. C'est là que se jouent les partenariats annuels et les discussions qui vont dominer l'année.

Le mobile, télécommande universelle

Olivier Ezratty, l'un des plus fins analystes du CES, en fait la première tendance. En effet, au CES 2013, il n'y a pas eu d'annonce tonitruante. Mais plutôt la disparition silencieuse de tout un secteur, celui des ordinateurs. Steve Balmer est devenu un figurant aux côtés du Pdg de Qualcomm, fabricant de composants pour mobiles, qui a pris le pas sur Intel, largué sur ce sujet. Le patron de Salesforce a d'ailleurs reconnu qu'il dirigeait aujourd'hui sa société depuis son téléphone mobile.

Ce qui compte c'est ce qu'il y a dans les mobiles

Pour Chris Anderson,que nous avons interrogé sur le stand d'AmEx, "la tendance majeure de ce CES, c'est ce qu'il y a dans les smartphones, qui rend tout possible." Sous le capot du mobile, ça bouge : les milliers de brevets des OS arrivent à terme. Et oui, le mobile a 20 ans cette année... Et l'internet des objets ouvre encore davantage le champ des possibles. Certaines fonctions changent d'usage : le NFC a du mal à convaincre pour le paiement, mais il pourrait s'avérer très utile dans l'Internet des objets. L'autre tendance majeure, ce sont ces imprimantes 3D, le futur cadeau de Noel en 2013, qui vont tous nous transformer en mini industriels. Chris Anderson y croit tellement qu'il a écrit un livre sur ce phénomène et a abandonné ses autres activités pour se lancer. La France ne devrait pas rester inactive. Stéphane Distinguin, est un grand adepte des tech shop, ces boutiques ouvertes qui permettent à leurs membres de tout fabriquer avec du matériel professionnel : l'une d'entre elles devraient donc voir rapidement le jour à Paris.

Les marques s'approprient les objets connectés

Les composants du mobile permettent de tout relier. Du distributeur de billets au podomètre, en passant par le vibromasseur, tout est connecté. Celui qui en parle le mieux est un chanteur. Will.I.am, le chanteur des Black Eyed Peas, était déjà venu il  a un an présenter son partenariat avec Intel. Il s’est converti à la technologie en 2003 quand il s’est aperçu que les gens filmaient ses concerts sur leur mobile. Il sort bientôt un appareil qui transforme le capteur de l’iPhone de 8M pixels en 14M pixels. Il a investi lui même dans le développement du produit. La start-up qu’il vient de lancer s’appelle i.am+, dans la droite ligne de Nike+. "La maison et la voiture sont les plus en retard. Aucune voiture n'est à la hauteur d'Apple. Bientôt, on ira chez le médecin et on pluggera son téléphone sur son ordinateur, ce qui lui donner le contexte et l'historique pour améliorer son diagnostic."

Pour Thomas Romieu directeur digital de LVMH, "le grand choc, ça a été de prendre conscience que dans 3 à 5 ans, le consommateur ne comprendra pas qu'il ne se passe rien quand il approche son mobile d'un objet". Des liens se sont d'ailleurs tissés lors de ce CES entre sociétés technologiques et grandes marques. Leurs bébés seront sans doute visibles au prochain CES. A noter, cette tendance mobile centric concerne également la publicité. Le système de reconnaissance vidéo sur mobile pourrait bien faire de Nantworks le prochain Google.

Dans cet internet des objets, les Français ont tiré leur épingle du jeu. Notamment Henri Seydoux de Parrot et Fabrice Boutain d'Anxa-Hapilabs avec sa fourchette connectée, qui ont émergé dans cette grand messe mondiale. Withings, l'inventeur de la balance connectée, était interviewé pendant le keynote de Cnet. Eric Carreel parle Anglais, mais ses propos étaient sous titrés ! Gary Shapiro, le patron du CES, a demandé à une délégation de Français présents ce qu'il fallait faire pour attirer d'autres Français. Nous lui soufflons une idée : les faire parler sur scène ! Nicolas Halftermeyer , le directeur marketing et communication de Parrot, qui lançait son flower power, explique qu'on "ne sait pas, jusqu'au dernier moment, si l'on sera dans les 30 sélectionnés par le NYTimes. Mais le dimanche soir, quand nous avons vu débarquer la télévision japonaise, lors du preview organisé pour les médias, nous savions que c'était gagné".

La télé, un iPad géant

Pour Frédéric Tardy, "c'est la fin du petit écran avec télécommande. La télécommande devient l'individu et son téléphone. La télé devient un iPad géant, un écran parmi d'autres." Pour le Pdg de Samsung "toutes les surfaces seront des ordinateurs. Mieux, toute surface devient une télé potentielle." Sur les stands, tous les postes de télévision sont équipés de la Google TV, qui sert d'interface avec le mobile. Sur le stand Verizon, une démonstration très convaincante d'enrichissement d'une course automobile en live, avec la possibilité d'interagir à 8 tablettes autour de l'écran. Autant dire que l'interdiction franco-française de superposer de l'information sur les signaux des chaines est une ligne Maginot, ce qu'admet discrètement Bernard Benhamou, le délégué interministériel aux usages d'internet, qui emmenait pour la première fois 8 start up au CES (voyage et hôtels payés). Pour Georges-Edouard Dias, de L'Oréal, "c'est la fin de la télévision linéaire".

L'écologie de comportement

Du côté des consommateurs, ils doivent apprendre à ne pas se gaver de données. "Dans  cette salle, vous faites partie des 1% des utilisateurs qui consomment 30 % des données. Il faut apprendre au public à avoir un comportement responsable avec les réseaux, qui sont un bien rare " a expliqué Sheryl Connelly, la responsable innovation de Ford.Elle souligne que le règne des objets connectés va conduire à mieux filtrer l’information, pour ne délivrer que le bon message au bon moment. Une parcimonie qui peut aider à résoudre les problématiques liées à la vie privée et à la big data. Du côté des marques, il faudra aussi penser à collecter suffisamment de données, mais pas trop, pour pouvoir mieux les gérer, et surtout, ne pas provoquer de réaction violente du public.

Les voitures ne sont pas (encore) dignes d'Apple.

Ce n'est pas nous qui le disons, mais le chanteur Will.I.am... Pour Patrick Pelata, ex-numéro 2 de Renault, passé chez Salesforce : "Toyota n’est pas si en avance. Audi et Volkswagen sont les plus avancés". Mark Benioff, le patron de Salesforce a d'ailleurs conseillé au patron de Volkswagen de "transformer sa voiture en app." Chez Audi, avec son véhicule autonome, en ville, on ne s’occupe plus de rien. L’éclairage au LED permet de conduire plein phare tout en épargnant la voiture qui arrive en face. Le laser à l’arrière de l'Audi permet de se signaler dans le brouillard. La voiture devrait mettre cinq ans à être homologuée. Dans son livre Digital Wisdom, Shelly Palmer se demande si on aura toujours envie de posséder une voiture, quand celle-ci débarquera toute seule sur un simple appel. En tout cas, le système de démarrage à distance de la Prius de Toyota est très utilisé par les Canadiens, qui chauffent leur voiture avant d'y entrer en plein hiver. On vous a épargné l'aspirateur commandé à distance sur smartphone, ou le frigo qui fait les courses. Tous les fabricants promettent, un trémolo dans la voix, un monde meilleur. Reste à savoir s'il ne se transformera pas en meilleur des mondes...

[Photo : Olivier Ezratty]

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