L’acquisition, et après ? Comment la start-up Sunrise s’est intégrée chez Microsoft

pierre valade sunrise

partage(s)

Qui ?
Pierre Valade, co-fondateur de Sunrise, une application de calendrier au design remarqué, lancée en 2013.

Quoi ? 
Le récit des premiers mois de Sunrise chez Microsoft, après un rachat à 92 millions d'euros en février 2015.

Comment ?

- Débarquer dans un grand groupe comme Microsoft, ça se passe comment quand on est une start-up de 16 personnes ?

L'intégration se passe très bien, nous avons été agréablement surpris par l'ouverture de Microsoft à notre culture. Chaque acquisition a ses propres spécificités et un niveau d'incorporation au groupe différent. Par exemple Sunrise va garder son nom, mais devenir un produit labellisé "by Microsoft" alors qu'Accompli, l'autre start-up rachetée en même temps que nous, a été immédiatement rebaptisée "Outlook". C'est maintenant l'application Mail officielle de Microsoft. C'était la meilleure chose à faire pour eux.

- Sur votre blog, vous avez communiqué au moment du rachat sur deux ambitions : "construire une belle équipe et un beau produit". Comment Microsoft vous accompagne-t-il ? 

Nous n'avons pas d'objectif chiffré pour nos recrutements à venir. Il n'y a que 3 critères qui comptent : être bon dans son domaine, avoir un "fit" avec la culture de l'entreprise et une passion pour son sujet. Cela n'a pas changé depuis le rachat. Microsoft nous impose seulement quelques règles communes au groupe, comme par exemple un "background check", pour vérifier les références des candidats. Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on est une start-up, mais c'est plutôt une bonne habitude à prendre. Les équipes design restent dirigées par Jérémy, mon co-fondateur, et je suis à la tête des équipes produits, constituées d'ingénieurs et de talents en marketing.

Concernant le produit, notre rachat a signifié l'ajout d'éléments dans la roadmap, comme la conformité et la mise à niveau. A part ça, nous avons gardé la feuille de route que nous avions déjà tracée, avec par exemple le développement d'une application pour l'Apple Watch. Nous continuons de prendre les décisions tous les deux, Jérémy et moi, et souvent avec l'équipe.

- Vous avez donc consulté votre équipe avant de conclure la vente à Microsoft ?

Pour le rachat, nous avons fait le choix de ne pas en parler à notre équipe avant que la vente soit effective. Nous ne voulions pas créer de faux espoir. Quand on est aussi investi dans un projet, une mauvaise nouvelle peut créer de la déception mais aussi un sentiment d'échec, mauvais pour le moral d'une équipe.

- Plus généralement, qu'est-ce qui a changé dans l'organisation de Sunrise depuis son intégration dans le giron de Microsoft ? 

Notre organisation quotidienne est restée la même. Nous avons gardé nos bureaux à New York, nous n'avions pas envie de partir à Seattle au siège de Microsoft, ni même de rejoindre les bureaux de Microsoft à New York. Le lieu est important pour nous, c'est un espace qui est garant du bon fonctionnement des équipes. On aurait perdu une partie de notre esprit start-up et de notre culture en déménageant.

- Concrètement, en quoi consiste la transformation de Sunrise en "Sunrise, an Outlook app" ?

La première étape est d'abord de mettre notre produit à la hauteur des exigences du label. C'est une belle opportunité marketing pour nous, qui vient avec de grandes responsabilités : notamment celles  d'accessibilité, de sécurité et de conformité aux règles de l'ensemble des pays dans lesquels l'application est utilisée. Dans ce cadre, le soutien de Microsoft est précieux. Une start-up est obligée d'aller vite et de prioriser. L'accessibilité par exemple a toujours été un sujet important pour moi , concurrencée par le développement d'autres fonctionnalités. Nous avons un peu plus de temps désormais. Le voice-over pour les malvoyants vient d'être ajouté.

- Sunrise va donc rester un produit à part dans la galaxie Microsoft ?

Nous sommes aussi en train de nous interfacer avec les autres produits Microsoft, comme le Cloud (Microsoft Office 365).Après, nous réfléchirons aux synergies à créer entre Sunrise et Microsoft, mais il est trop tôt encore pour en parler. On va continuer de se familiariser avec les produits Microsoft et passer par des phases d'expérimentation pour réfléchir à la place de Sunrise dans l'écosystème et aligner les visions.

- Si vous ne deviez donner qu'un seul conseil à une start-up qui envisage une intégration dans un grand groupe ?

Il faut privilégier les acquéreurs pour qui la start-up représente de la valeur, pas ceux qui veulent investir dans une start-up sur une pulsion ou par intérêt purement financier. Nous avons choisi Microsoft parce que le groupe apportait un projet pour Sunrise. Au cours des discussions, nous avons rencontré l'équipe Corporate Developpement mais aussi les équipe des produit Outlook Calendar et Outlook exchange, qui étaient vraiment intéressées par Sunrise.

Nous voulions aussi trouver une entreprise qui partageait nos convictions. Nous ne voulons pas aller vers une monétisation des données des calendriers, comme Google pourrait l'envisager. Notre culture design aurait pu nous rapprocher d'Apple.  Mais cette dernière n'est pas un spécialiste de la productivité, qui est  au coeur du positionnement des produits et services de Microsoft. Et en plus nos applications étaient sur des OS complémentaires à ce que proposait Microsoft, c'était compatible.

Propos recueillis par Monelle Barthélemy 

Recevez La Lettre de Petit Web

Vous aussi, rejoignez les 40 000 professionnels qui nous reçoivent chaque lundi.

C'est promis, nous gardons précieusement cette adresse pour nous, elle ne sera transmise à aucun tiers.

Abonnez-vous