La Fintech, une bulle qui pourrait redonner du souffle aux banques

Anne-Laure Naveos

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Qui ?
Anne-Laure Naveos, Responsable acquisitions et partenariats de Crédit Mutuel Arkea (en photo), Jean-Michel Pailhon, expert FinTech et Patrice Bernard, consultant de Conix Consulting.

Quoi ?
Le point sur la vague "FinTech", à l'occasion de la journée consacrée au sujet par Octo Technology, où 18 start up "pitchaient" devant un parterre de banquiers.

Comment ?

La "FinTech" englobe toutes les start-up qui grignotent la pomme de la finance. Elles s’immiscent dans les moindres interstices du marché, ne laissant plus aux banques que le trognon peu rentable du "core banking system", c'est à dire les logiciels qui gèrent et sécurisent les services bancaires. Aux Etats-Unis, ces nouveaux entrants ont vu leur nombre quadrupler entre 2013 et 2014. En 2014, les FinTech ont levé près de 15 milliards de dollars dans le monde, soit cinq fois plus qu’en 2013 !

Le phénomène a émergé en 2008 : "la crise financière a été le déclic : le changement de comportement des consommateurs et le ras-le-bol général ont amené certains à penser qu’il était possible de créer des services financiers autrement, avec la technologie" explique Patrice Bernard. Perçant d’abord dans les domaines du paiement (Square, aujourd’hui valorisé à 6 milliards de dollars) ou de la gestion de budget (Bankin ou Linxo, en France), les FinTech s’attaquent désormais à tout,  en apportant un regard neuf sur les métiers. Bain&Company a cartographié la Fintech (voir notre article).

Les plateformes de crowdfunding comme Kickstarter ou encore Lending Club, une start-up américaine fondée par le Français Renaud Laplanche, sont les deux porte-drapeaux de ce mouvement. L'introduction en bourse de Lending Club, à une valorisation de plus de 4 milliards de dollars a fait office de détonateur. Le secteur cesse de regarder de haut les nouveaux entrants. Ainsi, alors qu'ils étaient financés à 100% par des particuliers il y a huit ans, les projets de la plateforme Lending Club sont aujourd'hui soutenus à 30% par des acteurs institutionnels.

En tirant partie de leur agilité et de leur culture digitale, les FinTech ont modifié en quelques années le rapport de force qu’elles entretenaient avec les banques. Les gouvernements ont déjà assoupli le cadre réglementaire, comme en France, avec la loi du 1er octobre 2014 et la future loi Macron II. Signe de l'intérêt du gouvernement pour le sujet, sept start-up de la Fintech étaient invitées à Bercy le 23 mars 2015. Outre-Manche, Boris Johnson, le maire de Londres, a  organisé des voyages en Asie ou aux Etats-Unis pour présenter les start-up londoniennes.

Loin d'y voir seulement une menace, des banques commencent à y voir des opportunités, et pas uniquement en termes d'investissements. Le britannique Barclays (lire notre article) ou l'espagnol BBVA, ont ainsi choisi de se rapprocher de ces nouveaux acteurs pour accélérer leur transformation digitale.

Jean-Michel Pailhon liste cinq options pour les banques :
- La fusion-acquisition "classique" qui permet de mettre la main sur une technologie innovante : en mars 2014, BBVA l'a fait avec Simple, banque mobile nouvelle génération et en décembre avec Madiva, spécialisée dans les Big Data.
- La création de fonds de Corporate Ventures pour prendre une participation minoritaire dans une FinTech, quitte à basculer plus tard vers une acquisition : BBVA Ventures possède aujourd'hui un fonds de 100 millions pour investir dans des services innovants.
- La création d’un incubateur interne pour héberger certaines FinTech :  stratégie adoptée par Barclays, à Londres et New-York, ou par le Crédit Agricole à Paris (lire notre article).
- L’intrapreneuriat, pour sortir les talents de l’entreprise de leurs silos et des process traditionnels, ainsi que les démarches d'open innovation, pour diffuser la culture digitale en interne (voir l'exemple de la Société Générale). Les FinTech ont pour la plupart été créées par des anciens banquiers ou financiers qui n’ont pas trouvé chez leurs employeurs les moyens de changer les choses...
- La signature de partenariats stratégiques, avec notamment une mise à disposition de services bancaires en marque blanche.

Cette dernière stratégie a été adoptée par Crédit Mutuel Arkéa (lire notre article), mais Anne-Laure Naveos, qui développe ces partenariats stratégiques met en garde :" Il ne faut pas se cantonner au seul rôle de fournisseur de système. " Mais faire évoluer nos activités cœur (banque, assurance). Les Fintech peuvent aider la banque à se transformer sur ces métiers."

Omis ou peu cités au cours de ce FinTech Day, les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et  les chinois Alibaba et WeChat ne cachent pas leurs ambitions. Leurs initiatives autour du paiement (ApplePay, AliPay, Google Wallet) et des services financiers se multiplient. Qui forcent des acteurs traditionnellement concurrents à s'unir...

Monelle Barthélemy

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