Journalisme : des chiffres et des lettres

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Qui ?
Emily Bell (en photo), directrice du centre de journalisme numérique à Columbia, ex-The Guardian et Dawn Williamson, de NewsBeat/Chartbeats, ex- NYT.

Quoi ?
Une matinée de réflexion à Sciences Po autour de l’innovation journalistique et du rapport des journalistes à leur audience. Et une série de retours d’expérience sur l’usage des analytics, que les médias Français commencent à adopter eux aussi, à l’image de Melty.

Comment ?
Emily Bell a travaillé 10 ans au Guardian avant de rejoindre l’Université de Columbia. Pour elle, le web social et les analytics en temps réel donnent un nouveau pouvoir aux journalistes : celui d’être en prise directe avec leur audience pour mieux travailler. Désormais, chaque journaliste doit se poser la question de l’audience. Elle n’est plus entre les seules mains du marketing. « Nous devons apprendre à utiliser tous ces feedbacks pour produire des contenus plus intéressants et pertinents. » Les chiffres ne doivent pas pour autant devenir une obsession : « oui, au Guardian, on regardait l’audience, mais on n’était pas pour autant à American Idols. » Le nombre de lectures ou de partages ne fait pas tout : il faut aussi analyser des retours qualitatifs.
Les analytics permettent aussi d’évaluer les centres d’intérêts montant, pas assez traités par les rédactions mais susceptibles d’intéresser les gens. Durant l’un de ses cours, elle a du convaincre ses étudiants de l’intérêt de couvrir le mouvement « Occupy Wall Street » alors même que leur blog était focalisé sur Brooklyn, car le mouvement a eu des implications sur Brooklin (blovcage du pont, etc).

Les journalistes doivent se pencher sur le domaine jusque là réservé au marketing et aux études : l’analytics est vital pour mieux coller aux attentes des lecteur. Avec son intégration de Facebook, The Guardian a ainsi pû toucher une audience beaucoup plus jeune. « Ecouter le public, ça ne veut pas dire écrire moins sur la crise de la dette et plus sur Britney Spears. C’est aussi un moyen de créer davantage d’engagement ». Reste à standardiser les metrics, car actuellement, « les gens ont tendance à utiliser les mesures qui les arrangent le plus ». Le « time on site » , mesure la plus courante, n’est pas suffisant. L’activité sur site (visionnages de vidéo, partages, commentaires) est plus pertinente, car elle mesure l’engagement. L’ »engagement », la nouvelle monnaie commune au journalisme et au marketing ? A Columbia, les étudiants en journalisme apprennent le fonctionnement de la publicité en ligne et des adnetworks…

Pour aider les journalistes à analyser leur audience, ChartBeats propose un Google Analytics pour journalistes, en temps réel, « NewsBeats » (à partir de 199 dollars par mois). Pour Dawn Williamson, qui a passé 8 ans au New York Times, il fallait trouver de nouveaux moyens de présenter les datas  à des gens qui ne maîtrisent pas les tableurs Excel. Avec ce dashboard, les journalistes peuvent suivre en temps réel la consultation de leurs articles, les sources de trafic, les mots clés cherchés, les interactions. Un compteur indique le nombre de visiteurs présents sur le site. « A la différence de Google Analytics qui  ping les visiteurs toutes les 5 minutes, nous le faisons toutes les 7 secondes ».

Le site sportif américain ESPN utilise cet outil pour éditorialiser sa home page et mettre en avant les informations qui intéressent le plus. Fox News étudie les mots clés de recherche sur son site  pour trouver de nouveaux angles pour couvrir les sujets. Quand la députée américaine Gabrielle Giffords a reçu une balle dans la tête lors d’un meeting en janvier 2011, la chaîne a noté que les visiteurs cherchaient à en savoir plus sur la famille de la victime et a pu produire un article en conséquence. L’animateur de radio Glenn Beck suit le trafic en temps réel pendant ses émissions. « C’est à la fois un outil business et journalistique », qui permet de promouvoir des sujets et de prendre des décisions en temps réel. Cette journée a montré le chemin de l’évolution du métier, qui passe par un effort de formation important : les journalistes, hommes et femmes de lettres, doivent aujourd’hui impérativement passer aux chiffres.

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