JBDV : « le nettoyage du web, c’est du fantasme »

Jean baptiste descroix vernier

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Qui ?
Jean-Baptiste Descroix-Vernier, PDG de Rentabiliweb, qui vient d'annoncer la création de Repu7ation, une joint-venture avec Image 7 dans la gestion de l'e-reputation, destinée aux grandes entreprises et à leurs dirigeants.

Quoi ?
Une interview détonante où sont évoqués, entre autres, la gestion de la e-reputation, "l'effet Flanby", le Conseil National du Numérique ou la création récente du Syndicat du marketing à la performance dont Jean-Baptiste Descroix-Vernier est président.

Comment ?

- Comment Rentabiliweb est-il passé du statut de client d'Image 7 à celui de partenaire ?

On ne l'a pas fait du jour au lendemain. Cela fait des années, 5 ou 6 ans, que je travaille avec Anne Méaux et ses équipes. Suffisamment pour savoir qu’il n'y a pas mieux sur le marché en termes de professionnels de la communication. L'offre commune est née des demandes de nos clients, dans nos deux entreprises. Nous, on fait du paiement bancaire : cela concerne de grosses entreprises, qui très vite ont commencé à nous consulter sur des logiques internet. En 2013, il y a énormément de problématiques pour de très grosses entreprises, de très grosses marques ou des dirigeants. Ce sont des sujets que Rentabiliweb seul ne peut pas gérer, parce que nous sommes des techniciens avant tout, des experts de l’internet, pas des experts de la com. Il fallait associer ces deux expertises, c'était obligé. D'ailleurs, si on regarde mon capital ou mon conseil d'administration, j’essaye de toujours m’allier avec ceux qui peuvent m’aider à avancer, qui sont les pros de leur secteur. Je suis le seul à avoir François Pinault et Bernard Arnault, par exemple.

- Comment s'organise la joint-venture ?

C’est une structure filiale des deux groupes, avec des équipes affectées. J’en assure la présidence et Pierre Vallet, ex-Image 7 en assure la direction générale. Il y a déjà eu des recrutements. Mais surtout, nous disposons des effectifs d'Image 7 et de Rentabiliweb en fonction des besoins, des dossiers et des clients. Au total, ce sont des centaines de personnes, avec de nombreuses expertises différentes. Ce qui fait que cette offre et unique et s'adresse à de très grosses entreprises, avec deux prestations totalement corrélées : d'un côté la e-réputation (la construction, la défense, selon les cas) et de l'autre une prestation de conseil, de cyber-sécurité et de cryptage de données.

- Qui sont les clients ?

Il y a une tradition commune chez Image 7 et Rentabiliweb : la discrétion. Nous ne parlons pas de nos clients, mais ce sont des grandes sociétés du Cac40, des marques internationales connues, des personnalités. Nous travaillons pour des chefs d'entreprises, leurs entreprises, pour le lancement d'un nouveau produit, la gestion d'une crise, d'une attaque, comme du piratage, etc.

- Vous allez nettoyer le web pour eux ?

Le nettoyage, c’est du fantasme, qu’on soit clair. Ça me fait doucement rigoler. Vous pensez qu’on peut nettoyer le web ? Qu'il y a un homme sur cette planète qui est plus fort qu’internet ? Je ne pense pas. Par contre dans un web démocratique, la meilleure arme, c’est une autre info et notamment une vérité. Quand on est face à une rumeur par exemple, on ne l'efface pas. Tout le monde connaît l’effet Streisand. Ou l’effet Flanby, sans connotation politique. Quand tu prends un Flanby et que tu veux le faire disparaître de la table, si tu tapes dessus, ça gicle de partout. C’est le dernier truc à faire. Le nettoyage du Flanby, c'est non, mais on va peut-être mettre une grosse charlotte à côté. Il ne faut pas emmener les clients dans des choses irréalistes : notre rôle est d'expliquer comment fonctionne internet, quels sont les moyens d’être présent de façon intelligente et comment répondre de manière efficace si demain on est face à la diffusion de telle ou telle information erronée. Nous ne sommes pas dans le fantasme, nous sommes dans l’efficacité. Cela va faire du bien qu’une société de cette taille arrive, avec l'alliance de deux sociétés reconnues sur la place.

- Comment expliquez-vous ces "fantasmes", tout ce qui a été dit et écrit sur Rentabiliweb ?

C’est internet. Ce n’est pas Rentabiliweb en particulier. C’est aussi parce que je ne suis jamais à Paris, qu’on me voit jamais, que je ne réponds pas tous les soirs à un journaliste à un cocktail. C'est parce que je suis quelqu'un d’isolé, de discret. Je vis sur une péniche. Le temps que les rumeurs arrivent jusqu'à mes oreilles, elles sont déjà éteintes. J’apprends un an après qu’on a dit des trucs. Si j’avais su, j’aurais gueulé. Mais bon, c’est trop tard. Il y a beaucoup de rumeurs, mais quand on gratte, on voit qu'il n'y a rien. Je ne me connais pas d'ennemis : je ne dois d'argent à personne, je n'ai jamais réussi en écrasant les autres.

- Donc vous ne regardez pas votre propre e-reputation ?

Elle me va très bien, je n'ai pas de souci avec. Internet, c’est un endroit de démocratie. Pour moi la liberté du net et de l’internaute, c’est sacré. Les gens qui veulent censurer le net n’ont pas ma sympathie : le mot "internet" et le mot "censure", ne vont pas ensemble. Quand j'étais vice-président du CNN, je me suis beaucoup battu pour que la liberté d’internet ne soit jamais remise en cause. Pour moi c’est essentiel.

- Justement, qu’avez vous retenu de votre passage au CNN ?

C’était un passage dans le monde réel. Je l’ai fait bénévolement pour faire avancer le secteur du numérique. J'ai réussi à obtenir de n’être jamais présent qu’en conf call, depuis ma péniche. Je n’ai raté aucune réunion, mais par contre je n’étais présent physiquement à aucune. J’aime bien l’isolement.

- Quelles sont les activités de Rentabiliweb aujourd'hui ?

Notre activité de base, c’est la monétisation, rentabiliser le web. Sur l'activité édition, nous avons eu pas mal de sites de rencontre à un moment donné, là j’avoue que c’est un peu en déclin. Nous sommes pas mal sur l’astro, sur le féminin/bien-être avec Clicbienetre repris au groupe Yves Rocher. Nous avons des services de jeux et autre qui nous ont permis l’année dernière d'investir plusieurs millions d’euros en monétique. J’ai vraiment mis en place ce que je voulais faire au cours des dix-huit derniers mois [dans la monétique, avec l'obtention du statut d'établissement de crédit et le lancement de la solution be2bill, NDLR], cela m'a coûté cher, mais c’est ce que je voulais faire. Aujourd'hui, on se concentre sur les services aux entreprises et à leurs dirigeants : le paiement, le marketing direct, la réputation,... tout ça, c’est un panel de services que nous sommes capables d’offrir à des entreprises du Cac 40.

- L'édition BtoC représente quand même toujours une grande partie de votre activité ?

Je suis un indépendant, j’aime la liberté. En tant qu’entrepreneur, qui peut te couper ta liberté ? Un banquier, à qui tu aurais emprunté de l’argent, et qui te tient. La bourse, parce que tu auras fait différentes levée de fonds et la dilution fera qu’ils te tiennent. Moi j’ai pris une autre optique : je me suis dit que j'intégrerai le temps qu’il faudrait dans mon groupe une partie d’édition dont on sait que ce sont des cash machine, pour m'éviter d’aller voir des banquiers et la bourse. Résultat : nous avons zéro dette depuis notre création.

- Pourtant Rentabiliweb est coté en Bourse ?

C’est fait. C’est fait.

- Si c’était à refaire ?

Je ne sais pas. Je pense que pour l’entreprise c’était une bonne chose. Mais est-ce que pour moi, à titre personnel, ça l’était ? C’est différent. C’est du stress, des contraintes, des obligations de répondre à des gens, des journalistes, des financiers... Pour un type qui aime être tout seul sur un bateau avec ses chats c’est un peu contraignant. Après j’ai une mission un mandat, j’essaye de l'exercer au mieux. Au tout début, quand je suis arrivé à Image 7, j’avais rencontré Anne Méaux en la suppliant d’une seule chose : dire non à tout sans vexer personne. Bref, de gérer la non-relation presse. Elle m’a répondu "on va trouver une autre solution" et elle m’a appris aussi que, parfois, c’était nécessaire. On n'est pas obligé de devenir une bête de scène, ce ne sera jamais mon cas. Aujourd'hui, je suis une journée à Paris, c’est une fois par an. Je fais parler de mon entreprise, j’en suis fier, c’est une belle réussite. Aujourd'hui on a 170 personnes à Levallois, des bureaux en Belgique, à Irkoutsk, en Bulgarie,... Nous avons 23 filiales et une présence physique sur 8 pays. Et un effectif de 1 à Amsterdam.

- Comment gérez-vous tout cela depuis Amsterdam ?

Bien mieux que l’interview. Je suis à mon aise, j’ai mes écrans, je vois tout le monde. Si je veux parler à un salarié, boum je clique. Moi ça me va bien, j’ai une capacité de travail beaucoup plus importante que si j’étais dans les embouteillages matin, midi et soir.

- Vous venez d'ajouter la présidence du Syndicat du marketing à la performance à vos activités. Pourquoi ?

Ce qui m’a plu dans la création de ce syndicat, c’est l'aspect éthique, avec l'édition de chartes, de best practices déontologiques, etc. Ce syndicat, c'est 1/ Des best practices avec un label 2/ Une représentation et donc une défense quand c’est nécessaire 3/ Une structuration et une organisation pour un secteur aujourd'hui plus que mature, si on compte les milliards d’euros qu’il génère. Parmi les sujets qui seront abordés, il y a les cookies, le respect de la vie privée, la gestion des données personnelles, etc. On va établir une doctrine. Il était temps en France.

- Que pensez-vous du projet de taxe sur les données personnelles ?

Je ne juge pas l'émission d’une nouvelle taxe, je voudrais seulement qu’elle soit égalitaire. C'est à dire que si Google paye moins que moi, ça me dérange. Il ne faut pas que les acteurs français soient plus pénalisés que les autres. Point final. Parce que sinon on ne s’en sortira jamais. Maintenant, on n'a plus droit à l'erreur : nous sommes au fond de la crise, il ne faut pas pénaliser les acteurs français. Nous sommes dans un secteur qui n’est pas simple et suscite un peu d'angoisses. On s’obstine à sauver des hauts fourneaux à Florange où nos enfants ne voudront jamais travailler, alors qu'ils voudront travailler dans le marketing à la performance, sur internet. Il faut les former à ça, il faut des écoles, préparer l'avenir. Internet c’est le futur de l’industrie.

 

Propos recueillis par Benoit Zante

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