Julien Foussard, Oyst : « Beaucoup d’entrepreneurs du web sont encore invisibles »

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Qui ?
Julien Foussard, fondateur d’Iron Group, une start-up et un fonds d’investissement londoniens, qui vient de révéler sa nouvelle entreprise, Oyst, lors du salon E-Commerce Paris.

Quoi ?
L’interview d’un serial-entrepreneur discret, qui, d’un coup d’un seul, veut s’attaquer au e-commerce, au paiement et à la publicité...

Comment ?

- Vous êtes un entrepreneur plutôt discret…

Beaucoup d’entrepreneurs du web sont encore invisibles... Nombreux sont les webmasters qui font beaucoup d’argent dans leur coin et vivent sous le radar. J’ai commencé il y a 10 ans, avec une animalerie en ligne : c’était ma première boite, j’ai fait plein d’erreur. Ensuite je me suis lancé dans l’hébergement de site web et les noms de domaine. Puis j’ai imaginé un concept sympa : les photocopies gratuites pour les étudiants dans les universités, en échange de publicité sur le verso… mais on a jamais pu entrer dans une seule université. Aujourd'hui je m’y prendrais autrement. Ensuite, je me suis lancé dans l'aide à la création et gestion d’entreprise, un business qui a explosé avec le statut d’auto-entrepreneur. C’est là que j'ai découvert le modèle de l’abonnement.

- Pourquoi tout miser sur l’abonnement ?

C’est un modèle magique ! En m’associant avec différents entrepreneurs, on a monté quatre start-up sur ce modèle, puis on a décidé de les rapprocher, pour mutualiser les fonctions centrales. Chacune est devenue une business unit de l'ensemble, et c’est comme cela qu’Iron est né. Au sein de cette structure, nous avons lancé l'ID Lab Marketing, qui permet de tester des dizaines d’idées chaque mois, en les confrontant avec le marché : dès que c’est rentable, on lance le produit pour de vrai. Nous ne nous interdisons absolument rien. Souvent nos intuitions sont totalement fausses et on est surpris par le succès de certaines idées. Toute notre croissance repose sur ce lab.

- Pourquoi avoir choisi de passer la main à la tête d’Iron ?

Pour lancer Oyst, car c'est un projet auquel je pensais très souvent, qui commençait à me passionner. Iron avait grossi, pour dépasser la centaine d’employés. Le challenge devenait différent, je n’étais pas forcément le meilleur pour la suite. Il y a des gens qui sont capables de faire croître des start-up de 1 à 100 salariés et d’autres pour la porter de 100 à 1000. J'aurais pu apprendre, mais on n'avait pas le temps, vu notre rythme de croissance.

- Oyst, c’est quoi ?

C’est une solution de one-clic shopping, activable depuis n’importe quelle publicité, que ce soit du display, du natif ou du social, à partir du moment où il y a un cookie. En un clic, l’internaute peut commander, ses données bancaires et de livraison sont pré-remplies.

- Techniquement, comment c’est possible ?

Nous proposons une technologie de paiement sans commission pour les e-commerçants : lors du paiement sur leur site, un e-wallet est créé pour l’utilisateur, ce qui permet d’avoir ses informations pré-enregistrées. Oyst n’a pas vocation à être une marque connue du grand public : nous sommes avant tout une plateforme de conversion pour les distributeurs. Contrairement à tous les vendeurs de performance, nous vendons aux e-commerçants des ventes, pas des clics.

- DVous vous attaquez à trois secteurs : la publicité, le paiement et l’e-commerce… Avez-vous les moyens de vos ambitions ?

Oyst est entièrement financé par Iron Group. 3 millions d’euros ont été injectés à la création, qui seront complétés par 3 nouveaux millions l’an prochain. Le fait de s’attaquer à la plus grande chaîne de valeur du web et d’avoir trois petites boites en une – publicité, e-commerce, paiement – nécessite beaucoup de cash, dès le départ : c’est une vraie barrière à l’entrée. Nous voulons aller très vite : l’idée est de construire le "proof of concept" en France, puis de lever beaucoup pour conquérir l’international.

- C’est votre première entreprise en France… l’effet Brexit ?

Juridiquement, Oyst est britannique, mais la R&D est à Paris.  Iron Group a été montée à Londres parce que le family office qui a contribué à le financer souhaitait l’implanter là bas : quand on est dans une logique de croissance, avec des problématiques RH, tout est plus facile là-bas. On peut faire des erreurs, trouver des gens plus vite, avec des profils plus internationaux. Quant au Brexit, je n’en vois pas les effets négatifs, à court comme à long terme.

- Comment allez-vous convaincre les bonnes personnes de rejoindre l’aventure à Paris ?

Nous nous installerons en janvier prochain dans nos nouveaux bureaux, où nous allons mêler nature et technologie, sur 600 m2. Il y aura des massages, un sauna, une salle de sieste, des jeux vidéo. L’ambition est d’aller bien plus loin que ce que Google et Facebook peuvent faire pour rendre nos collaborateurs heureux. Aujourd’hui, notre principal enjeu est de recruter les meilleurs pour réussir.

- Donc Paris n’est pas si mal…

La ville bouge beaucoup. Une initiative comme la Station F de Xavier Niel va produire un boom énorme. L’écosystème est fort, nous avons les meilleurs ingénieurs du monde. C'est dommage, car avec une telle qualité de vie et le niveau des développeurs, la Silicon Valley devrait être ici. Il faut juste plus d'argent… Et s'il n’y a pas d’argent – en France, on arrive à lever 3 millions assez facilement, mais pas au-delà  – c’est parce qu'on fait peur aux investisseurs, en termes de fiscalité et de droit du travail. La France a aussi un souci, la taille de son marché  : on peut  se concentrer dessus pendant des années avant de penser à l'international... Mieux vaut penser comme un Suédois.

Propos recueillis par Benoit Zante

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