Isabelle Vitali, Sanofi : « Nous allons ouvrir le premier lab e-santé de France »

Isabelle Vitali -185

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Qui ?
Isabelle Vitali, directrice innovation et business excellence de Sanofi France, depuis novembre 2016.

Quoi ?
Une interview, pour comprendre la stratégie d'open innovation du laboratoire pharmaceutique en France.

Comment ?

- Comment la transformation numérique impacte-t-elle un laboratoire pharmaceutique comme Sanofi ?

Elle a des effets un peu partout : dans le domaine de la pharmacie, mais aussi sur toutes les étapes de la santé. On voit à la fois des start-up qui se développent sur ces terrains, mais aussi des groupes qui n'y opéraient pas avant, comme Orange, Philips ou Dassault Systemes. C'est une chance : cela nous pousse à travailler autrement, en collaborant avec ces nouveaux acteurs.

- Les géants américains de la technologies, comme Google, Amazon ou IBM s'intéressent eux aussi de près au sujet de la santé : quels sont vos rapports avec eux ?

Il faut faire preuve de pragmatisme : soit on se met en opposition avec eux, soit on met en place un mode collaboratif. Sanofi a clairement fait le choix de la démarche collaborative. Nos équipes mondiales ont ainsi initié un rapprochement avec Verily [ex-Google Life Sciences] sur le sujet du diabète, dans le cadre d'une co-entreprise, "Onduo", dont le but est de proposer des solutions pour les patients diabètiques qui intègrent l'offre de soin, les médicaments et des services. Sanofi a l'expertise de l'approche légale, réglementaire, éthique. Nous sommes proches des patients et des professionnels de santé : nous avons donc un rôle à jouer auprès de ces nouveaux acteurs, qu'ils soient petits ou grands. Souvent, ces nouveaux entrants sont des entreprises d'ingénieurs, avec peu ou pas de médecins et de pharmaciens : notre complémentarité est particulièrement intéressante.

- Vous avez constitué une direction de l'innovation ouverte chez Sanofi France : combien de personnes la composent ?

Cinq personnes sont dédiées au sujet : il ne faut pas que ce soit une grande équipe, sinon on ne travaillerait qu'entre nous. Si on ne travaille qu'entre-soi, on perd en innovation. En plus de l'innovation ouverte, la direction que je dirige comporte aussi le digital multicanal, la stratégie des données et l'excellence opérationnelle : c'est important, car cela nous permet d'aller jusqu'à l'implémentation.

Sanofi

- Comment travaillez-vous avec les différents acteurs de l'e-santé en France ?

Sur les trois dernières années, Sanofi a mené un grand travail de compréhension de l'écosystème et de ses différentes parties prenantes. Beaucoup de contacts ont été établis avec des incubateurs et des partenariats ont été noués avec des lieux comme l’incubateur du Crédit Agricole, le Village by CA implanté à Paris et Bordeaux ou des événements comme Futur en Seine. Nous avons réalisé des actions concrètes, avec près de 30 sites internet et 10 applications créés... Par exemple DiabVoyages, qui est né à l'occasion d'un hackathon. L'équipe dédiée à l'innovation ouverte a beaucoup travaillé, beaucoup produit et nous voulons maintenant apporter encore plus de valeur. Nous avons défini cinq sujets que nous voulons traiter en profondeur, en étudiant les besoins ainsi que les technologies qui peuvent y répondre, pour ensuite co-construire des solutions. L'idée est de délivrerdes solutions qui vont apporter de la valeur pour le patient, les professionnels de santé et tout l'écosystème.

- Quels sont vos sujets prioritaires ?

Nous en avons identifié cinq : la pharmaco-vigilance, du rôle du pharmacien d'officine, l'errance diagnostique des maladies rares, le diagnostic des affections cutanées, et la vaccination. A chaque fois, il nous faut répondre à une question. Cette question est précise, mais nous voulons être très ouverts sur les façons d'y répondre, avec plusieurs partenaires : des start-up, d'autres grands groupes, des partenaires académiques, des étudiants... tout en continuant à travailler avec nos partenaires historiques, les médecins et les associations de patients. La réussite viendra probablement de ces rencontres.

visuel 3D Laboratoire 39BIS

- Vous avez annoncé la création d'un lab... quelle est son ambition ?

Nous allons ouvrir le premier lab dédié à la e-santé de France, le 39BIS, sur notre campus à Gentilly, en décembre prochain. L'idée a germé il y a plus d'un an, avec un premier groupe de collaborateurs qui a émis le souhait de créer un lieu d'innovation. Puis le projet a été repris par un autre groupe de travail, avant d'arriver à la direction de l'innovation ouverte. Plus de 100 personnes ont touché de près ou de loin au sujet, nous sommes aujourd’hui en plein dans la co-création, avec les équipes commerciales, R&D, Affaires industrielles... L'ambition est d'avoir un lieu ouvert à l'ensemble des collaborateurs Sanofi en France, quelle que soit l'entité, mais aussi à tout l'écosystème : PME, ETI, écoles, start-up,... Nous sommes aussi en relation avec la mairie de Gentilly, pour l'ancrer sur notre territoire local.

- A quoi servira-t-il ?

Il aura plusieurs espaces, sur 170 m² : un espace d'étonnement, avec un showroom pour exposer nos innovations et celles de nos partenaires ; un lieu d'itération, à la fois virtuel et physique ; une salle de co-construction, avec du matériel de fabrication et une agora, pour des meet-up. Au-delà du lieu, nous voulons aussi mettre en place une offre de services, avec des partenaires internes et externes. Nous allons nous appuyer sur nos collaborateurs qui travaillent sur les sujets d'innovation au sein de nos départements des systèmes d’information, Ressources humaines ou juridique, pour qu'ils viennent apporter leurs compétences, lors de rencontres et d'ateliers. Le 39bis ne sera pas un incubateur. Il aura vocation à compléter une offre de structures déjà existante.

Propos recueillis par Benoit Zante

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