F. Didier, Saint Gobain : « nous voulons rencontrer de nombreuses start-up, qu’elles soient dans notre domaine ou non »

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Qui ?
Fabrice Didier, Directeur Marketing Monde de Saint Gobain, membre du comité de direction du groupe.

Quoi ?
Une interview, pour comprendre pourquoi ce groupe industriel de 350 ans s'intéresse aux start-up et à l'open innovation.

Comment ?

- Quel est l'intérêt pour un groupe comme Saint Gobain de s'intéresser au monde des start-up ?

Personne n'est à l'abri de la disruption ! Les trois quarts de notre activité sert l'industrie de la construction, avec le vitrage, la laine de verre, le plâtre... Le dernier quart concerne l'automobile, le génie civil et les travaux publics ou l'industrie. Prenons l'exemple du bâtiment : c'est un secteur qui est entré dans une transformation digitale très importante, car la conception s'effectue de plus en plus avec des maquettes numériques, de la réalité virtuelle ou de l'informatique embarquée. Les acteurs comme nous sont donc confrontés à de nouveaux arrivants. Quant au marché du bâtiment résidentiel, toute une activité se développe actuellement pour accompagner les particuliers dans leur prise de décision, notamment en ayant recours au numérique. Dans ce domaine-là, comme dans d'autres, il peut y avoir de nouveaux intermédiaires qui apparaissent. La seule recette, c'est donc de faire les choses nous-mêmes, en développant davantage de services pour nos clients.

- Concrètement, comment vous-y prenez-vous ?

Nous sommes notamment l'un des huit partenaires "corporate" du Partech Shaker depuis janvier 2015. Cette démarche est complémentaire de celle que nous menons déjà avec notre Domolab d'Aubervilliers, centré sur les métiers de la construction. Nous avons constitué un groupe "open innovation" d'une vingtaine de personnes : ce sont des représentants de nos différentes activités, comme le vitrage, l'isolation, Placoplatre ou Lapeyre, ainsi que des fonctions centrales, comme le marketing, la R&D, les RH... Ceux-ci consacrent plusieurs journées par an à rencontrer des start-up et à faire avancer la transformation numérique de l'entreprise.

- Comment se déroulent les rencontres avec les start-up ?

La session se déroule sur une demi-journée et se conclue par un buffet. Au début, nous avions un format "speed dating" très court, mais nous avons évolué vers des échanges de 45 minutes, qui nous permettent de nous présenter et d'échanger avec les entrepreneurs pour imaginer des partenariats. Il nous arrive d'inviter des start-up qui ne sont pas hébergées au Shaker, mais aussi des entreprises qui ont quitté le stade de la start-up, comme Criteo. Nous avons pris le parti d'éliminer a priori aucune des start-up suggérées par Partech : nous voulons les voir toutes, quel que soit leur secteur. Cela nous ouvre l'esprit, car c'est en regardant ce qu'il se passe dans d'autres domaines que le nôtre que l'on peut innover, selon le principe de la serendipité.

- Quel bilan tirez-vous de ces rencontres ?

Sur la trentaine de start-up rencontrées, près de 20% des discussions ont débouché sur quelque chose, notamment des relations commerciales. Et pour beaucoup, nous n'aurions jamais imaginé au début pouvoir travailler avec. Certaines start-up nous ont dit qu'elles ne comprenaient pas trop pourquoi Saint Gobain tenait à les rencontrer, mais on leur explique que derrière l'open innovation, il y a l'ouverture d'esprit. Les échanges initiés lors de ces rencontres se poursuivent et peuvent parfois se concrétiser deux ans après, il ne faut donc pas se fermer de portes.

- Au-delà de la relation commerciale, cherchez-vous à développer des projets communs avec les start-up ? A investir ?

Ce n'est pas encore arrivé dans le cadre du partenariat avec le Partech Shaker, mais cela se fera. Nous l'avons déjà fait avec d'autres : Nova External Venturing, notre fonds d'investissement corporate existe depuis dix ans et oeuvre à développer les partenariats avec les start-up à travers le monde. Le Partech Shaker héberge aussi des entreprises comme Pinterest ou Dropbox, ce qui crée un mélange intéressant qui nous aide beaucoup à progresser dans l'inspiration et l'infusion de la culture digitale, notre but premier. Toutes nos initiatives d'open innovation nous ont permis de passer un palier dans la transformation numérique du groupe.

- La culture d'innovation du groupe, historiquement centrée sur la R&D interne, est donc bien en train de changer ?

Saint Gobain n'est pas qu'un groupe industriel : n'oubliez pas qu'il s'est diversifié dans la distribution en 1996 [avec l'acquisition de Lapeyre et Point P.]. Aujourd'hui, le chiffre d'affaires se réparti à 50-50 entre industrie et distribution, ce qui est atypique dans notre domaine. Mais effectivement, ce mouvement n'a que 20 ans à l'échelle d'un groupe de 350 ans et ces deux activités restent très séparées. Pour autant, le monde d'aujourd'hui est difficile pour les ingénieurs et le groupe a compris qu'il fallait bouger. Le changement culturel est en route.

Propos recueillis par Benoit Zante

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