En direct de la foirfouille du CES : pourquoi la France ne doit pas crier victoire

georges edouard dias

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Qui ?
Georges-Edouard Dias, co-fondateur de la start-up Quantstreams, grand habitué du CES.

Quoi ?
Une vision du CES 2016, entre cocoricos et cocoricouacs.

Comment ?

Cela fait trois ans que nous, les Français poussons des cocoricos lors du CES : chaque année on essaie de faire mieux. A tel point qu’il y a désormais divergence sur le nombre de start-up Françaises présentes sur place : 120 selon le comptage officiel (celui de la French Tech) et plus de 200 selon les experts du circuit. Ces start-up sont nombreuses – première délégation après les Etats-Unis - certes, mais on ne sait pas toujours ce qu’elles font : visiblement, nous n'avons pas les meilleurs marketers de la planète pour faire des stands qui parlent par eux-mêmes(voir aussi cette vidéo parodique ici)  – à la différence d'autres nations, comme les israëliens.

Heureusement, les Français sont aussi là en nombre dans les allées pour les soutenir, Ministre et Medef compris. Mais tout de même pas ensemble, chaque délégation s’étant assurée qu’elle ne croiserait pas l’autre pour ne pas partager les caméras... Le ballroom du Linq ne suffit plus à contenir les énergies. Emmanuel Macron enflamme la France des start-up avec "France is back. Il y a dans ce pays de plus en plus de gens qui osent prendre des risques, des  entrepreneurs. Le succès ne vient pas du sommet, il est poussé par la base." Délire de la salle.

Pourtant, il faudrait redescendre sur terre : en se promenant au sein de l'Eureka Park,  on a l’impression de se retrouver au concours Lépine...  Pour un investisseur américain, ancien pilote d’American Airline  : "La France était autrefois le seul pays qui autorisait ses pilotes à dialoguer en Français avec le contrôle aérien, notamment sur le territoire Français. Quand je me rapprochais de Paris et que je commençais à écouter les conversations des autres avions avec le sol, il y avait plein de choses que je ne comprenais pas. A tel point qu’entre nous, on avait surnommé les pilotes Français les "kez ki dit". Et bien ici au CES, en voyant tous ces Français, cela me fait la même impression, je me demande 'kez ki fon'."

De fait, l’espace Cocorico (à l’emblème du Coq de la Frenchtech), c'est un peu la Foirfouille. Distinguées par nos soins  dans ce fourre-tout : Klaxoon réinvente l’apprentissage, en créant un cloud privé entre le professeur et ses élèves ; Smart-me- up fait de l’analyse d’image et détecte les émotions ; B-Sensory réinvente l’amour pour le partager à distance ; Creative Data remet la donnée consommateur au coeur de la création, Ubiant régule la consommation d’énergie dans la maison, Z#bre ré-intermédie l’entreprise avec ses consommateurs, La Clinique Digitale  fait l'état de votre peau et vous définit des parcours beauté, Belty veille à  votre tour de taille ; Wistiki vous aide à retrouver vos clefs, vos lunettes ou votre chat, ou enfin BlueFrog, propose un robot d’amour (My Buddy) pour prendre soin des personnes âgées.

A faire du CES un open bar où tout le monde peut s’inscrire et bénéficier du drapeau de la nation, certes, on fait nombre, mais on ne crée pas l’émulation, on ne distingue pas les meilleurs : au contraire, on les étouffe dans la masse. Et on crée tout un business parallèle qui accompagne, moyennant finances, tout ce petit monde de novices sans savoir les coacher. Bref, on ne favorise pas l'entrepreneuriat, on l’exploite, on le banalise.

Et ce, quand un pays comme Israël propose des stands normés, clairs et explicatifs où le visiteur peut scanner facilement toute une allée et trouver immédiatement ce qu’il cherche ; des entrepreneurs coachés qui sont accompagnés de représentant locaux (américains) pour permettre d’exploiter plus rapidement les contacts noués; et surtout des entrepreneurs aidés financièrement par leur gouvernement pour participer au CES.

Bien sûr, il faudrait  une sélection, mais cela forcerait chacun à se dépasser. A force de voir les start-up faire leur show, nos entreprises commencent à se sentir étrangères à cette nouvelle économie, faute de pouvoir comprendre les opportunités de business pour elles. Au cours des débriefings, et lors des conversations glanées en attendant l’avion de retour pour Paris, c’est clair : loin de rapprocher les grandes entreprises du monde des jeunes entrepreneurs, le déluge médiatique du CES focalisé sur les seules start-up a contribué à les en éloigner.

Lors d’un debriefing, Xavier Dalloz, essaye ainsi de motiver "ces messieurs-dames du CAC 40" (ils sont 180 sur place) à  prendre leur responsabilité sur la conquête de l’économie digitale. Henri Seydoux, invité, déclare tout de go "l’entreprise, je m’en fous. Ce qui compte ce sont les entrepreneurs et c’est ce que le chaos ambiant au CES permet de distinguer. Quand je suis venu pour la première fois au CES, ce n’était pas avec un business plan, mais avec de l’instinct. A cette époque là, des Français, j’étais le seul à oser. Et ça a marché : aujourd'hui, les drones, c’est pratiquement un business d’un milliard de dollars dans le monde. Le B to B, c’est mort, il n’y a que le B to C qui compte." Cette déclaration n'a pas empêché Yannick Levy, le patron B to B de Parrot, de montrer à la même audience comment l'entreprise était en train de révolutionner l’agriculture avec ses drones et ses logiciels de cartographie embarqués. L'Internet des Objet rapproche les entreprises de leurs clients et recrée des modèles économiques de proximité, qui évitent de voir la valeur des transactions ponctionnées par des acteurs globaux comme Google ou Facebook.

Si la France envoie la deuxième délégation en nombre de start-up au CES après les Etats-Unis, c’est aussi le pays qui a le moins de grandes entreprises exposantes, en proportion de sa délégation. Même si Eram exposait avec la start up lilloise bluegriot, qui a réalisé son proto de chaussure connectée...Même si  La Poste et Engie proposaient sur leur stand une plateforme montée en collaboration avec des start-up Françaises : La Poste crée un écosystème qui vise à restaurer les "liens sociaux", particulièrement dans les déserts de services  de nos régions et emmène des start-up à Vegas ; Engie,  une plateforme de gestion durable de l’énergie. Le tout monté en collaboration avec certaines de nos pépites. Tout cela nous fait encore une fois résonner le message prémonitoire de Lexie Hayden, qui signe l'hymne du CES 2016 : "When I am with you, I feel invicible". Il est temps que nous fassions une seule nation au CES.

Georges-Edouard Dias 

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