Derrière l’iPhone 5, une forêt en feu

tim cook

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Qui ?
Patrick Kervern, fondateur de Viuz décrypte pour Petit Web les enjeux de la rentrée d’Apple.

Quoi ?
Alors que tous les regards sont tournés sur le futur iPhone 5, cet été a donné lieu à une guerre feutrée entre Google et Apple et à un rapprochement discret avec Facebook.

Comment ?

Le silence du grimpeur
Le CEO de l’une des plus secrètes sociétés du monde affûte ses armes, contrairement à Steve Jobs qui voulait mener une guerre thermonucléaire contre son rival de Mountain View. Tim Cook, qui a racheté l’année dernière Chomp, un moteur de découverte d’applis, pour 50 millions de dollars, détricote patiemment la toile tissée par Google dans le mobile. Une maille par ci (j’enlève Google Maps d’iOS 6 – et prive ainsi l’appli de 40 % de son trafic), une maille par là (j’enlève aussi l’application Youtube).

L’Axe Apple-Facebook
Ce même été, Apple s’est montré étonnamment tendre avec Facebook, exécutant de jolis pas de deux aux répercussions plus profondes qu’il n’y parait : et si je t’intégrais en un clic dans iOS 6 a proposé Tim à Mark et que j’autorisais les post Facebook via Siri ? D’accord ! Et moi je lance à la rentrée une application iOS deux fois plus rapide, en oubliant Android…
Facebook est en effet un élément essentiel de l’écosystème mobile : le réseau compte 543 millions d’utilisateurs mobiles en hausse 43% sur un an (dont 102 millions d’utilisateurs mobiles exclusifs fin Juin 2012). Parallèlement, le réseau social de Mark Zuckerberg dirige directement 134 millions d’utilisateurs vers les applications iOS tandis que 7 des 10 premières applications iOS intègrent les fonctions sociales de Facebook.

Mais au-delà des effets d’annonces, pour Apple qui a mis 24 ans pour vendre 67 Millions de Mac et 2 ans pour vendre 67 millions d’iPads, l’enjeu de demain est simplement la domination de l’ére Post PC, un nouveau monde, où, que l’on se nourrisse de la vente de terminaux ou de la publicité (et de plus en plus des deux…) le succès passe par la domination de la chaine de valeur de l’Apps economy. Jusque là, et malgré les 68% de part de marché Android (données IDC), Apple tient fermement et à son profit les rênes financières du mobile, gagnant en moyenne 576$ par terminal vendu contre 1,70 $ pour Google (source Asymco) et s’arrogeant plus de 75% des profits du secteur. Le contexte reste donc sain et Apple peut se réjouir, à très court terme, de la victoire des « Valeurs » selon les termes de Tim Cook dans le verdict du procès qui l’oppose à Samsung pour violation de brevet. Mais le patient combat de Titan que se livrent Android et iOS à l’échelle de la planète se joue aussi auprès des développeurs mobiles chez lesquels Apple possède une petite avance en terme de préférence et de monétisation (les développeurs Android gagnent en moyenne 0,24$ pour 1$ sur iOS selon Flurry Analytics), doublée d’une faveur de plus en plus marquée dans le monde de l’entreprise.

L’Enjeu Terminal

La bataille des Appstores
Or tout est en train de changer : début 2012 les développeurs mobiles ajoutaient en moyenne chaque semaine 9000 applications sur Android contre 4600 sur l’Appstore d’Apple. Et Tim Cook sait, tout comme ses principaux rivaux de l’écosystème que les ventes de terminaux sont directement corrélées à l’offre d’applications présente dans les Appstores, un aspect tardivement compris et trop longtemps négligé par Nokia et RIM.

En d’autres mots, le succès des Appstores, un domaine dans lequel Google prend rapidement le leadership, détermine les ventes de smartphones et de tablettes. Alors que Juniper prévoit 66 milliards d’applications téléchargées en 2016 on comprend l’attention toute particulière et non dénuée d’arrières pensées d’Apple, de Facebook, d’Amazon et de Google pour les développeurs de jeux mobile. Les jeux représentent en effet 52% des sessions mobiles devant les réseaux sociaux à 22%.

Mobile as a service
Avec l’ensemble Google/Motorola qui poursuit sa marche forcée dans les terminaux intelligents et Microsoft en embuscade avec Windows 8 et Windows RT, on comprend pourquoi Tim Cook, adepte inconditionnel des « confcalls » du dimanche soir, envoie ses premiers mails à 4h30 chaque matin à ses troupes. Le PDG d’Apple, qui doit réinventer chaque trimestre un Dell pour satisfaire ses actionnaires sait, tout comme Larry Page de Google qu’il n’a tout simplement pas le choix de la distraction.

Autre mouvement stratégique de l’été : le lancement de Passbook en juin, qui agrège carte de fidélisation, coupons et billetterie, une épine dans le pied de Google, qui ne cache pas ses ambitions dans le domaine avec son Google Wallet. Prochaine étape, le paiement… La firme possède plusieurs brevets NFC et surtout 400 Millions de coordonnées bancaires faisant de la firme à la pomme un acteur incontournable du m-commerce et des paiements mobiles.

Dans cet écosystème changeant, l’équation de l’ère post PC n’est plus Terminaux ou Pub ou M-Commerce ou Paiements mobiles ou Contenus ou Services, c’est l’harmonie et l’exécution de l’ensemble qui déterminera le succès des grandes plateformes, un jeu dans lequel le duopole actuel ne commet que peu d’erreurs.

L’enjeu est de taille : garder à tout prix la première place de l’Apps Economy ou risquer l’obsolescence industrielle.

Patrick Kervern

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