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Comment les start-up bousculent la banque et la finance


Comment les start-up bousculent la banque et la finance

Qui ?
Une vingtaine d'entreprises à travers le monde (liste non exhaustive !), start-up, géants du net et acteurs bancaires qui repensent les métiers de la finance.

Quoi ?
Un tour d'horizon des start-up qui repensent le système bancaire traditionnel et poussent les acteurs établis à innover à leur tour.

Comment ?

1/ La gestion des comptes au quotidien

Lancé en 2007 aux Etats-Unis et au Canada par Aaron Patzer (en photo), Mint.com est l'une des premières start-up à avoir investi avec succès le domaine de la banque. Avec ses tableaux de bord bien plus sexy que les traditionnels relevés de compte des banques, sa catégorisation automatique des transactions ou ses outils malins pour gérer impôts, épargne et crédit, il facilite la vie de 7 millions de clients aux Etats-Unis et au Canada. Mint se connecte à plus de 16 000 institutions bancaires américaines pour centraliser tous les comptes détenus. En 2010, Mint.com a été racheté par Intuit, le leader des logiciels de finance personnelle. En France, Boursorama s'en est inspiré pour son MoneyCenter. Et des start-up "mobile first" comme Linxo ou Bankin lui doivent beaucoup. Pour des clients encore plus exigeants, la start-up SigFig a appliqué ce modèle au monitoring des investissements. Dans le même esprit, BNP Paribas a récemment lancé la catégorisation automatique des dépenses et des revenus synchronisée sur internet, tablette et mobile avec des présentations très graphiques.

2/ Le paiement et l'achat

Dans le monde, le nombre de transactions dématérialisées a augmenté de 7% par an entre 2001 et 2010, selon Cap Gemini. Une tendance qui devrait encore s'accélérer avec le développement du paiement mobile, un marché évalué à 1000 milliards de dollars en 2017 par le cabinet IDC. Pour la première fois, les banques et les organismes de paiement voient apparaître de nouveaux acteurs dans leur pré carré : des start-up très offensives, des géants du net en embuscade (Amazon, Paypal, Google, Facebook) ou des opérateurs télécom. Le m-paiement est encore une véritable nébuleuse, où co-existent de nombreuses technologies : e-wallet, NFC, QR code, add-on à plugger sur les mobiles, et même... ultrasons. Les start-up américaines qui font référence dans le domaine, comme Square, auront du mal à transposer leur modèle à l'Europe, où la réglementation est différente et le marché fragmenté. En France, les acteurs émergents du secteurs se nomment Buyster (lancé en février 2011 par Orange, Bouygues, SFR et Atos), Flashiz (opérationnel au Luxembourg et prochainement lancé en Espagne, France, Allemagne et Belgique), Lydia ou Skimm. Le paiement de personne à personne devient mobile et gratuit avec l'application "Mes Transferts" de BNP Paribas ou Kwixo (Crédit Agricole). Mais dans le domaine du paiement, l'initiative la plus innovante reste celle d'Amex, qui permet d'acheter directement via Twitter ou encore BitCoin, la monnaie P2P virtuelle qui pourrait être à l'origine d'une nouvelle bulle.

3/ Le CRM et la fidélisation

Les frais de transaction perçus par les intermédiaires de paiement sont en baisse constante, conduisant à réinventer le modèle du secteur : derrière le paiement, le véritable enjeu réside dans le CRM et la connaissance client. L'exploitation des data ouvre la voie à de nombreux services à destination des commerçants et des enseignes : data-mining, offres ciblées, programmes de fidélisation... Walla.by, par exemple, propose de sélectionner automatiquement le moyen de paiement le plus avantageux pour le client, afin d'optimiser les gains de miles et les réductions. Quant à la start-up Bync, elle centralise toutes ses cartes de crédit pour adresser à ses utilisateurs des offres ciblées, à partir de leurs habitudes de consommation. Dans ce domaine, les acteurs de la distribution, pour la plupart déjà reliés à des activités bancaires, ont une vraie carte à jouer.

4/ L'accès aux financement et la rémunération de l'épargne

Le crowdfunding révolutionne depuis quelques années l'accès aux fonds. Que ce soit pour du micro-crédit solidaire (Kiva, MicroPlace, BabyLoan), des prêts entre particulier (Pret-d'union), des projets entrepreneuriaux (Kickstarter, le pionnier, ou KissKissBankBank) ou des oeuvres culturelles (MyMajorCompany), le financement participatif a ouvert la voie à de nouvelles formes de crédit et d'investissement, désintermédiés. En parallèle, il permet de nouveaux modes de rémunération de l'épargne, où le taux d'intérêt n'est plus le seul élément pris en compte par les investisseurs. Au Etats-Unis, les investisseurs sur les plateformes de crowdsourcing peuvent désormais entrer au capital des entreprises qu'ils financent : un créneau sur lequel se sont lancés les site Fundable ou Circle Up.

5/ L'expérience client

Simple a provoqué une petite révolution aux Etats-Unis avec son design plus proche d'AirBnB que de Bank of America, la transparence érigée en dogme et sa volonté de "remplacer la banque" par une expérience utilisateur plus pratique. Juridiquement, il ne s'agit pas d'une banque. Néanmoins, Simple propose les services de base que l'on peut attendre d'une banque en ligne, une carte de crédit et des outils simples et multi-device pour gérer ses dépenses, inspirés par Mint. Le service a été annoncé en beta au printemps 2010. 20 000 inscrits ont dû attendre près de deux ans avant de pouvoir ouvrir y un compte. En juillet 2012, près de 125 000 candidats étaient en attente... Aujourd'hui, victime de son succès et bénéficiant de premiers retours enthousiastes, Simple est toujours en mode "invite only".

6/ La bourse

L'arrivée de Twitter a bouleversé le travail des traders, en accélérant l'accès à l'information, au point que certains analystes se demandent si leur métier a encore un sens. Aujourd'hui, un simple tweet peut influencer le cours de bourse des entreprises... L'analyse des tweets permettrait même de prédire les évolutions des actions à l'avance. Des entreprises se sont positionnées sur le créneau de l'analyse des "big data" appliquée au trading. DCM Capital propose ainsi une plateforme s'appuyant sur Twitter et Facebook. De son coté, Saxo Bank propose un Tweet Index, qui détermine en temps réel la tonalité haussière ou baissière du sentiment exprimé sur Twitter sur les valeurs du CAC 40, de l’or, du pétrole ou de l'euro/dollar. Cortal Consors a développé une communauté, Hopee, qui permet aux investisseurs d'échanger entre eux leurs conseils. Autre innovation dans le domaine boursier : Loyal3, qui propose aux particuliers d'investir dans leurs entreprises favorites, à partir de 10$. Une idée que l'on retrouve dans le dispositif "SnapStock" mis en place par Ameritrade dans son application mobile : en scannant le code barre des produits du quotidien, le client de cette plateforme de trading accède à la cotation de l'entreprise qui le produit.

Réputés très conservateurs, les banquiers d'aujourd'hui sont plutôt en phase d'ébullition créative !

Benoit Zante