Comment Icade veut transformer l’innovation en business

jean francois gallouin icade

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Qui ?
Jean-François Gallouin, directeur de l'innovation d'Icade, ex-directeur général de la structure d'incubation Paris & Co.

Quoi ?
Le point sur la stratégie de transformation de cette filiale de la Caisse des Dépôts, spécialisée dans l'immobilier.

Comment ?

"On a tendance à faire l'amalgame entre immobilier et immobilisme" : le directeur de l'innovation d'Icade, aussi professeur de l'école Centrale depuis 17 ans, a le sens de la formule et entend bien casser l'image d'un secteur qu'il a rejoint en juin dernier. Investissement, promotion, construction, architecture, commercialisation... : à l'écouter, toutes les étapes de la chaîne de valeur de l'immobilier sont en plein bouleversement.

"Regardez l'immobilier de bureaux : aujourd'hui, plus personne n'a envie d'avoir le même cadre de travail qu'avant. Mais dans les logements particuliers aussi, on voit arriver de nouveaux usages, en Suisse ou en Allemagne, autour de la co-location et la co-promotion. Ce sont les gens qui poussent l'immobilier à changer" explique Jean-François Gallouin, avant d'ajouter que "toute la difficulté est de distinguer dans l'innovation  l'anecdote d'un signal faible d'une tendance lourde."

Pour suivre ces tendances, il s'appuie sur un réseau interne de 40 "veilleurs", issus des différentes branches de l'entreprise – foncière de bureaux, promotion immobilière et foncière santé. "C'est une erreur d'avoir une direction de l'innovation : elle donne le sentiment aux équipes que l'innovation va venir de là, alors que les idées  viennent du terrain." Chez Icade, il ne dirige donc pas une "direction", mais un "collège" de l'innovation.

Au sein de la foncière, il est l'avocat d'une approche de l'innovation "pour le business", s'appuyant sur l'intrapreuneuriat. "Beaucoup d'entreprises veulent voir des start-up, font des hackathons, des projets d'innovation, mais ensuite ? C'est déjà un changement de posture, qui permet de desserrer un peu les boulons, mais ça ne suffit pas." Pour aller plus loin, Icade a donc décidé d'adopter la posture d'un investisseur, en misant sur des projets d'innovation interne, qu'elle finance comme s'il s'agissait de start-up. "Nous allons en choisir 8 ou 10. Deux ou trois d'entre eux vont compenser les échecs des autres, comme dans les fonds."

Les collaborateurs du groupe sont ainsi invités à "pitcher" leurs idées devant le comité d'innovation, qui dispose d'un budget d'1,5 million d'euros et de 10 équivalents temps plein à attribuer à des projets. L'un des premiers projets financé dans ce cadre est une application, KerForHome, co-conçue avec une start-up nantaise, pour gérer la relation client dans les deux années qui suivent la livraison d'un appartement neuf. Celle-ci est actuellement en test sur trois programmes immobiliers.

"En phase de déploiement, le business – la promotion en l'occurrence – financera cette étape. Nous, nous intervenons en amorçage, comme la love-money des start-up." Pour s'assurer que les projets "amorcés" pourront passer l'étape suivante en cas de succès, un membre du Comité Exécutif de la branche concernée est sollicité dès la phase de sélection.

L'entreprise développe aussi des liens avec les autres filiales de la Caisse des Dépôts, comme Transdev – dans les transports - ou Egis – dans l'ingénierie. "Nous nous posons tous les mêmes questions, et notamment celle de faire naître la culture d'entrepreneuriat au sein des entreprises. Tout commence dès l'embauche, dans la tête des collaborateurs et dans les organisations. C'est une question de ressources humaines."

Benoit Zante

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