Comment ce roboticien a fait danser les arbres…

Guilhem Saurel

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Qui ?
Guilhem Saurel, chercheur en robotique au Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes du CNRS de Toulouse.

Quoi ?
A l'heure des véhicules autonomes, un roboticien revient sur la construction de trois "self-driving trees" pour Rêvolutions, l'oeuvre d'art de Céleste Boursier-Mougenot présenté à la Biennale de Venise en 2015.

Comment ?

Longtemps confinée aux laboratoires et aux industries lourdes, la robotique sort du bois. En 2015, elle investit les maisons, les hôtels, les magasins et même l'art contemporain avec la Biennale de Venise. "Le projet ne fait pas réellement avancer la recherche, explique le chercheur, mais il croise les disciplines de manière inédite". L'artiste Céleste Boursier-Mougenot, associé à la commissaire Emma Lavigne qui dirige le Centre Pompidou de Metz, est venu voir Guilhem Saurel et Jean-Paul Laumond, son directeur de thèse avec une idée farfelue : mettre des pins sylvestres en mouvement.

The work 'Revolutions' by Celeste Boursier-Mougenot is on display in the French pavilion at the Biennale in Venice, Italy, 06 May 2015. The 56th international art show 'La Biennale di Venezia 2015' runs from 09 May to 22 November 2015. Photo: FELIX HOERHAGER/dpa - NO WIRE SERVICE -

"Revolutions" par Celeste Boursier-Mougenot - Biennale de Venise, Mai-Novembre 2015. Photo: FELIX HOERHAGER/dpa

Transformer les arbres en robot, une idée geek ? "C'est vrai que le public n'a pas forcément compris l'oeuvre de prime abord. On n'a pas seulement greffé une plateforme robotique à roulette aux arbres. Nous avons imaginé comment bougerait un arbre s'il était possible de transcrire sa volonté de mouvement, la robotique n'était pas un moyen mais la finalité."

En discutant avec des biologistes, il est décidé que le flux de sève servirait de signal sensoriel pour capter le rythme de l'arbre : les aiguilles (Sondes Granier) plantées dans le tronc calculent le flux et alimentent un algorithme qui détermine le mouvement des roues, toutes connectées de manière indépendante. Chacune avance dans toutes les directions sans manœuvre."Leur laboratoire de biologie est à 20m du LAAS mais nous n'échangions jamais".

"Nous avions déjà travaillé avec Céleste Boursier-Mougenot trois ans plus tôt pour animer des pianos au Musée des Abattoirs à Toulouse", raconte Guilhem Saurel, l'un des deux chercheurs. "Participer à un projet artistique est une expérience particulière pour des chercheurs. Les contraintes sont inédites parce qu'on sort des cadres classiques de la robotique". C'est aussi une nouvelle manière de résoudre les problèmes. "Là par exemple il a fallu par exemple faire preuve d'ingéniosité pour bouger les arbres à la bonne allure, sans qu'ils se rentrent dedans ni n'essaient de s'évader en sortant de la zone d'exposition réservée à la France à la Biennale".

transhumus

Dans le monde des roboticiens, ces pins sylvestres itinérants ont plutôt été bien accueillis. "L'expérience n'a rien à voir avec ma thèse, mais il a permis de croiser la robotique avec de nouvelles disciplines". Mêlant la science de la mécanique, l'informatique, l'intelligence artificielle, les chercheurs se nourrissent de travaux dans tous les domaines, même de la danse. "Lorsque l'on fabrique des robots humanoïdes, on utilise la Notation Laban des danseurs, l'équivalent en danse de la portée de notes en musique. Cela nous aide à transcrire les mouvements des robots en série de postures."

L'entrée du CNRS dans le monde de l'art reste exceptionnelle. "Les artistes ont des cahiers des charges flous, avec des indications comme "les mouvements doivent être jolis". Et surtout il a une nouvelle idée tous les jours, ce n'est pas facile de suivre pour des chercheurs."

Monelle Barthélemy

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