Comment Axa mène sa digitalisation : rencontre avec Véronique Weill, COO Group

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Qui ?
Véronique Weill, COO d’Axa Group.

Quoi ?
Un point sur les initiatives d’Axa pour mener à bien sa transformation digitale dans le monde. Une mue profonde, dans un secteur (la banque/assurance) dominé par le secret, où il faut apprendre à partager les connaissances.

Comment ?
La digitalisation du groupe est une affaire de moyens, mais surtout d’hommes. Côté moyens, Axa a débloqué une enveloppe de 600 millions d’euros sur trois ans pour prendre le virage numérique, alors que dans le même temps, un plan d’économies de 1.7 milliards d’euros est mené. Ces 600 millions sont affectés au niveau mondial au recrutement, à la formation, à l’IT et aux investissements dans la publicité digitale. C’est surtout un signal fort de l’implication du top management sur ce sujet.

Côté humain, le groupe a procédé à deux recrutements « digitaux » sur lequel il a abondamment communiqué : Frédéric Tardy, qui dirigeait l’atelier BNP Paribas à San Francisco, désormais Chief Marketing and Distribution Officer, et Guillaume Cabrère, ex-DDB, qui va ouvrir l’Axa Lab dans la Silicon Valley. « Le digital nous pousse à recruter des gens à l’extérieur, et nous accordons une attention particulière à leur intégration au sein des équipes existantes. C’est tout le travail des dirigeants, qui doivent faire en sorte que cet esprit d’innovation se propage » explique Véronique Weill. Il faut dire que la directrice des opérations du groupe, arrivée en 2006 chez Axa, a vécu de près l’époque de la bulle internet, dans sa précédente vie chez JP Morgan. « A l’époque, il y avait un réel cloisonnement entre les startups et le monde des grandes entreprises » se souvient-elle. Ce sont ces « ghettos » internet qu’Axa entend aujourd’hui briser.

L’Axa Lab, qui ouvrira ses portes à San Francisco au premier trimestre 2014 vise à rapprocher ces deux mondes, « parce que c’est là que se trouve l’innovation. Nous voulons être dans la Silicon Valley pour travailler aussi bien avec les start-up que les géants comme Google, Facebook ou Twitter. »

En France, pour se rapprocher des start-up, le groupe organise un hackathon avec Salesforce et a lancé en juin 2013 l’Axa Seed Factory, un fonds d’amorçage pour start-up doté d’un capital initial de 10 millions d’euros. L’Allemagne pourrait prochainement ouvrir un fonds similaire. En mars, un « Data Innovation Lab » ouvrira ses portes à Suresnes, « pour regarder des projets Big Data, mais toujours avec le souci de la protection du client. » L’assureur finance aussi une chaire à HEC sur la Big Data et un prix de start-up européennes, doté de 100 000€. En interne, les « Innovation Awards » destinés à distinguer les innovations passées vont disparaître, au profit d’un concours pour financer de nouvelles innovations portées par les employés.

Outre la France, trois pays ont aussi un rôle de pilote : l’Espagne, l’Inde et le Japon. « Il fallait que les CEO portent cette transformation : l’impulsion doit venir du haut tout en étant transversale. En 2014, nous allons accélérer le mouvement sur davantage de pays. » Quelques exemples : la Thaïlande va mener une expérimentation Big Data et Singapour lancera une application santé. La philosophie est simple : créer de petites entités, agiles, qui ont des projets pays précis, financés par le groupe.

C’est ainsi qu’a vu le jour l’application Axa Drive, lancée en Espagne, Belgique et en Suisse, pour aider les automobilistes à améliorer leur conduite. Devant le succès rencontré dans les appstores, elle va être proposée prochainement en France. « Nous souhaitons que les entités soient autonomes, tout en faisant en sorte que leurs applications puissent fonctionner dans plusieurs pays. Les gens se rendent compte que nous devons aller vite : ils sont moins soucieux de montrer leur différence et comprennent qu’il n’y pas de temps pour réinventer la roue, qu’il est plus utile de tirer parti de l’expérience des autres pays. »

Pour former ses managers, Axa a imaginé un Digital Leader Program de 4 jours, conçu avec l’IMD de Lausanne, un institut de management créé par Nestlé. « On y étudie Amazon, Google, Netflix, mais aussi BMW… avec tous les managers du groupe, pas uniquement les équipes commerciales et marketing. » Dans ses benchmarks, Axa regarde aussi de près les secteurs de la banque, du retail et des télécoms, pour observer leurs transformations et distinguer ce qui est transposable à l’assurance. « C’est le client qui va décider de la vitesse d’adoption. L’important c’est d’être prêt. »

Benoit Zante

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