Chine : les 5 tendances à suivre de près

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Qui ?
Laure de Carayon, organisatrice de China Connect, de retour de GMIC 2015 (Global Mobile Internet Conférence), qui réunissait 30 000 personnes à Beijing du 28 au 30 avril.

Quoi ?
Le point sur les tendances à suivre du web, de la tech et de l'entrepreneuriat chinois.

Comment ?

1/ Le vrai internet, c'est l'internet mobile

"Plus d'un milliard de personnes ont un mobile en Chine. L’internet mobile, c’est environ 600 millions d’utilisateurs. C'est lui le véritable internet", s'est exclamé Eric Li, le VP de Baidu, confirmant la tendance de l'an passé. La Chine est maintenant le plus grand marché pour les smartphones dans le monde. D'ailleurs, pour la première fois, avec le lancement de l'iPhone 6, Apple a pu commercialiser ses smartphones auprès des trois opérateurs mobiles chinois.

Selon tous les VC panélistes sur scène, c’est en Asie du Sud-Est qu’aura lieu la prochaine grande vague de croissance d’utilisateurs et d'investissement dans l'Internet mobile, ce que Sheng Fu, le PDG de Cheetah Mobile (dont 70% des utilisateurs sont hors de Chine) a résumé dans son keynote d'une phrase choc : "à l’avenir, les applications mobiles, comme les bols de riz, seront 'Made in China' !" En effet, les applications mobiles fleurissaient partout dans les halls de GMIC - dont le thème était cette année "Mobile Everything" - offrant moults services, des gardes du corps aux massages (testés et approuvés !).

Les cosmétiques sont une catégorie porteuse : lancée simultanément en mai 2014 en France, aux États-Unis et en Chine, l’application MakeUp Genius a été téléchargée 9 millions de fois à ce jour en Chine selon Asmita Dubey, CMO de L'Oréal Chine. Certainement parties intégrantes du succès, l'importance croissante des looks virtuels, ainsi qu’un très fort insight local: les femmes chinoises sont timides et n’osent pas essayer le maquillage en magasin, le mobile apportant ainsi ce qu’il faut d’intimité. A signaler dans ce secteur, l'émergence de services CtoC, comme cette appli, Lija,  qui permet de se faire faire les ongles au bureau. Le mobile first, c'est aussi se faire faire son repas du soir par son voisin, une application qui cartonne également.

2/ L'automobile, nouvel enjeu high tech

Tencent, AliMusic, Ford ou Kaola FM ont discuté de l'avenir de l'automobile connectée. "Il n'y a encore aucun business model, nous en parlerons dans quelques années. Pour le moment, nous voulons fournir des applications" considère Ji Mingzhong, directeur principal des produits chez Tencent. Le Shanghai Auto Show qui s’est tenu du 22 au 29 avril a aussi eu son lot d’annonces, telles que "Project N", un concept de "smart car" made in China.

Le géant du e-commerce Alibaba voit lui aussi des opportunités dans le secteur et a présenté une gamme de services web, allant du financement à l’assurance en ligne, en passant par la réservation des services de vidange et d'entretien ou la vente de voitures d'occasion. Dans ses tuyaux aussi, une application mobile appelée "Car Owner+" qui aidera les concessionnaires et autres marchands à fournir des services individuels aux clients. Les choses sont vraiment en train de bouger dans le domaine du e-commerce automobile, avec des marques de luxe telles que Jaguar, Land Rover ou BMW qui ont rejoint T-mall ces derniers mois, alors que le constructeur chinois Geely avait lancé le premier e-concessionnaire sur cette plateforme B2C dès 2010.

Autre enjeu dans le domaine de l'automobile : les applications de taxi et VTC. Si l'année dernière, l’application Yonche avait mis les moyens avec des limousines noires stationnant à l'entrée du National Convention Center, deux voitures rouges plus modestes siglées AA "Anytime Anywhere" accueillaient les visiteurs. Mais William Wang, PDG de AA est ferme: "notre principal concurrent, c’est Uber". Il devra surtout compter sur Kuadi Dache (soutenu par Alibaba) et Didi Dache (Tencent), qui ont fusionné en février dernier et contrôlent désormais 90% du marché. Comme ailleurs dans le monde, le marché des applications de taxi est en cours de régulation, avec une récente descente des autorités dans les bureaux Uber de Guangzhou.

3/ L'O2O, nouveau visage du commerce chinois

L'O2O, pour "Online To Offline" est LE sujet qui agite les e-commerçant. En effet, pour Edward Feng, co-fondateur de l'application d'avis consommateurs Dianping, "la fièvre du O2O est en cours et va durer. Dans un restaurant de notre plate-forme, vous pouvez réserver une table, utiliser des iPads pour commander, scanner pour payer : il n'y a pas besoin de parler aux serveuses."

Zheng Howe, directeur général adjoint de Tenpay (Tencent) va dans le même sens : "Nous avons 100 millions de clients Tenpay, le paiement relie le online et le offline. Mais nous voulons être social, nous voulons que les gens partagent : nous les encourageons à utiliser WeChat." Malheureusement rien n'a été revélé des avancées concrètes de "Wanda e-commerce", l'association Tencent, Baidu, Wanda annoncé en août dernier pour mieux rivaliser avec Alibaba en O2O.

4/ 49 nouvelles start-up, chaque jour : un nouveau culte de l'innovation

Selon le ministère des Sciences et de la Technologie, "les nouvelles entreprises se multiplient à un rythme record : la Silicon Valley Chinoise a donné naissance à 49 start-up par jour en 2014 et 1 000 organisations investissent dans des start-up avec un capital supérieur à 56 milliards de dollars". Abandonner les emplois gouvernementaux pour chercher fortune dans les start-up ou le secteur privé est un changement majeur en Chine, alors que l'économie ralentit et que les entreprises d'Etat vacillent. Dans le même temps, la répression de la corruption rend moins prestigieux et lucratif d'être un serviteur d’état... "Les plus brillants de notre génération aspirent à ne plus être dans le système. Tant que vous avez l’envergure, vous avez une réelle chance de réussite. Les gens brillants ne renoncent jamais" expliquait ainsi Nymar Li, 34 ans, à ChinaDaily.

Sur ce marché (chinois) très évolutif, il y a un moto: changer, évoluer. Eric Li, VP de Baidu, a donné sa version de l'innovation : "vous ne pouvez pas juste faire tourner une entreprise, vous devez continuer à innover. Nous craignons ces patients qui ne craignent pas de mourir." Mais comment changer? Dans son keynote "Disrupt or Die, re-inventing the Media Agency Business" Alvin Foo, Head de Airwave/OMG Mobile Business, a d'abord rappelé que la capitalisation boursière d'environ 80 milliards de dollars des quatre plus grands groupes de publicité mondiaux représente un tiers de celle de Facebook. Alors que les agences sont encore à se demander ce qu'est le changement, Facebook est constamment en train de penser et développer de nouveaux business modèles disruptifs. En Chine, OMD a lancé un fonds d'innovation, organisé un hackathon et imaginé "un programme pour encourager ses employés à libérer leur esprit d'entreprise et être créatif avec leurs idées, afin de construire le prochain grand projet dans les médias et le marketing." L'agence s'est aussi associée avec Chinaccelerator : le 4 juin 2015 à Shanghai, 10 start-up présenteront leurs business plan lors d'un Demo Day et trois seront sélectionnées pour recevoir un investissement conjoint d’OMD et Chinaccelerator pour faire grandir leur entreprise.

5/ Neuro-sciences, IA, réalité virtuelle et robotique : les sujets émergents

Lors d'un keynote intitulé "How Our Brain Drives Our Judgment on Brands", Roy Tang, la fondatrice et CEO de la société de neurosciences Brain Intelligence, a commencé par diffuser des images d’un discours de l'ancien président Hu Jintao, suivies de scènes de films érotiques et d’action, avant de demander au public celles les ayant le plus excité. Rires timides et mains levées... Roy Tang a ensuite raconté comment elle a coopéré avec Tencent pour évaluer en temps réel les réactions des joueurs sur les jeux vidéos mobiles et PC, afin d’améliorer les niveaux et retenir les joueurs le plus longtemps possible. Elle explique aussi grâce au neuromarketing le succès de Xiaomi, la marque chinoise n°1 des ventes de smartphones, devant Apple et Samsung, alors que l'entreprise ne communique pas en TV et concentre son discours uniquement sur ses produits.

Une journée entière était aussi consacrée aux robots, à l’intelligence artificielle et à la réalité virtuelle. Le professeur japonais Hiroshi Ishiguro, l’un des 50 scientifiques les plus influents d’Asie était de retour à GMIC pour la 2ème fois, nous transportant dans l'avenir un pas plus loin, avec l’arrivée de l'androïde Yangyang sur scène. Pour Eric Li, VP de Baidu, "la robotique est le prochain sujet populaire, mais cela prendra du temps. Pour le moment, nous devons continuer à permettre aux gens de gagner du temps, les rendre paresseux".

Laure de Carayon

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