A. Lalou, Web School Factory : « l’intelligence collective, ça s’apprend ! »

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Qui ?
Anne Lalou, Directrice de la Web School Factory et de l'Innovation Factory.

Quoi ?
Une interview, sur le modèle de cette école pas comme les autres, qui forme des étudiants et transforme les entreprises.

Comment ?

- D'où vient cette idée de créer une école pour former les futurs managers du digital ? 

J'ai travaillé pendant 20 ans au sein de grands groupes et j'ai souvent désespéré de la place des SI : le DSI ne doit pas être le seul décisionnaire des choix technologiques. Une illustration : les outils CRM de première génération sont souvent inutilisables, car pensées par la technique avant un objectif business ou d'usage. Un manager doit avoir une vision à 360° et comprendre à la fois les problématiques business et les nouvelles formes de marketing (incluant l'UX Design), tout en étant capable de faire des arbitrages sur la technologie. C'est le socle de notre ADN. Dans le supérieur, il faut être doctorant pour prendre la tête d'une école. Je ne l'étais pas, ne me restait qu'une solution : en créer une à ma façon, en rapprochant l'apprendre et le faire.

- En quoi la Web School Factory est-elle une école différente ?

La pluridisciplinarité est le premier des trois piliers de la pédagogie de l’école. La première année les étudiants découvrent trois domaines (business, UX et IT), avant de choisir une majeure en deuxième année. La collaboration est aussi au cœur de la maquette, car l'intelligence collective s'apprend, c'est un ensemble de méthodologies et de savoir-être. Les étudiants sont évalués sur leur capacité à s'organiser et trouver à chacun une place dans l’équipe, avec une logique : "si tu écrases tu perds". La troisième grande valeur de l'école est de proposer aux élèves de vrais projets, avec les entreprises partenaires, dans des délais réels.

- Comment les entreprises sont-elles intégrées à l'enseignement ?

L'école fait partie de l’Innovation Factory, une association à but non-lucratif à laquelle adhèrent des entreprises partenaires. Nos locaux dans le 13ème sont un espace de rencontre entre les groupes, les start-up, les PME et les étudiants, avec des espaces de travail et de coworking. Les partenaires interagissent aussi avec l’école dans le cadre d’anti-masterclasses hebdomadaires. Le principe du format est simple : une équipe opérationnelle vient confronter son idée à une classe d’étudiants pour la challenger, réfléchir aux usages. Les étudiants s’inscrivent en fonction de leurs centres d’intérêt. Ils doivent en faire trois dans l’année et s’engager à la confidentialité des sujets abordés pendant la séance.

- Les projets étudiants sont-ils ensuite mis en application au sein des entreprises ?

Les partenaires de l'Innovation Factory versent une cotisation annuelle de 10 000 à 100 000 euros, dont une partie est reversée à la Web School, pour mener à bien des projets à partir de leurs problématiques. Il arrive d'ailleurs que les projets débouchent sur une  "spin-off" rassemblant étudiants et équipes opérationnelles. Trois projets menés avec Accor, BPCE et PMU, encore secrets, sont actuellement "excubés" dans l’Innovation Factory. Le modèle donne à l'écosystème une position unique pour faire de l’open innovation - et non du consulting.

- Un exemple d'open innovation ?

Nous avons organisé en octobre un week-end challenge, un module proche d'un hackathon mais sans développement technique. Les étudiants de la Web School Factory travaillaient avec des élèves de Centrale Supelec venus faire une année de césure en transformation digitale et ceux de la Paris School of Business. Les profils internationaux venaient apporter des usages et des idées différentes. Au programme : "Quel objet connecté remet La Poste au cœur des foyers français au quotidien ?". Le projet qui a gagné est Digital Detox, une boite qui déconnecte et charge les smartphones qui y sont rangés, le temps d'un dîner en famille par exemple. Centrale Supélec va maintenant réaliser un prototype fonctionnel et toute l'équipe est invitée au CES 2016 sur le stand de La Poste.

- L'objectif est donc de contribuer à transformer les entreprises, comme La Poste ?

La transformation numérique de l’entreprise ne se limite pas à  changer d'outils. Ce qu'il faut changer avant tout, c’est l'organisation, le management, avec un système moins vertical, et surtout les silos à casser. Les étudiants sont des agents de la transformation des entreprises : ils sont au contact des équipes opérationnelles dans les projets et participent au "reverse mentoring" des membres des ComEx des entreprises partenaires. Par équipe de trois (un étudiant Designer, Business et IT), ils rencontrent les dirigeants de la FDJ, d'Accorhotels, Korian, PMU, Nexity, Pernod et bientôt Natixis et les familiarisent avec de nouvelles perspectives, telles que l'arrivée des imprimantes 3D dans les foyers.

- La génération qui va entrer sur le marché du travail est-elle différente des précédentes ?

Les modes de management évoluent avec le digital mais je ne pense pas que le manager va disparaître. La figure du leader reste importante, il doit être incarné. En revanche, les modèles d'organisation plus horizontaux s'imposent. Je le vois dans les retours de mes étudiants, il est important pour eux que brief de départ ne soit pas dilué par la multiplication des niveaux hiérarchiques. Celui qui donne l'ordre est directement celui pour qui on travaille.

- Quelles sont vos prochains projets ?

Le numérique est un lieu d'ascension sociale. En janvier, je lance la Fondation Factory qui financera 5 à 10 bourses au mérite pour les étudiants en 2016. Par ailleurs, l'école ne cherche pas à tout prix des profils Bac S mention très bien, nous cherchons des gens qui pétillent et qui veulent changer le monde. Certains sont en reconversion, après un cursus en droit ou une école d'infirmière.

- Pour transformer les entreprises, ne vaut-il mieux pas commencer par former les managers en place ?

L’école n’a que 4 ans et se concentre d’abord sur la formation initiale des étudiants. Les premiers diplômés n'arriveront sur le marché qu’en juin 2017, c'est là que nous tiendrons vraiment notre "proof of concept". Mais certains signaux ne trompent pas : l’école reçoit de plus en plus d’offres de stage et les retours des entreprises partenaires sont très positifs. La formation des managers est très demandée et j’ai dans la tête une vision très claire et disruptive de comment il faut faire bouger les gens. Cependant comme dans toutes les organisations, il faut les bonnes personnes pour mener à bien les projets. Pour la Web School Factory, je m'appuie sur le directeur pédagogique Bruno Faure avec qui je fonctionne en tandem. Je n’ai pas encore trouvé la personne qui incarnera le MBA Executive Transformation.

Propos recueillis par Monelle Barthélemy 

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